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Le vol inaugural de la CSeries de Bombardier pourrait raviver l'intérêt

24/06/2013 01:06 EDT | Actualisé 24/08/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le vol inaugural du nouvel appareil CSeries doit avoir lieu très prochainement, mais le fait que Bombardier soit rentré du salon aéronautique du Bourget, en France, sans aucune commande pour ce nouvel avion soulève des questions quant à la capacité du constructeur de susciter suffisamment d'intérêt pour faire de ce programme un succès.

À l'issue de cette grande foire commerciale, l'entreprise québécoise a été doublée par ses rivaux Boeing, Airbus et Embraer, qui ont mis la main sur plus de 1200 commandes fermes ou potentielles.

Selon certains analystes, la société brésilienne Embraer a «volé la vedette» en dévoilant certains détails sur sa famille d'appareils régionaux E-Jet, des avions propulsés par des turbines à engrenages de Pratt & Whitney similaires à celles des CSeries. Embraer a reçu 365 commandes et des lettres d'intérêt pour ses trois modèles d'appareils.

RBC Marchés des capitaux estime que le plus imposant des appareils d'Embraer pourrait rivaliser avec les CSeries, mais que les commandes dépendront des besoins des clients. Alors que les CSeries ont une portée plus large et sont dotées de cabines plus larges, l'E2 E-195 d'Embraer propose des prix moins élevés pour des vols moins longs.

«Dans l'ensemble, nous croyons que la concurrence sera saine sur le marché des appareils de 110 et 130 sièges, mais il est difficile de prédire qui en sortira gagnant», ont estimé les analystes Walter Spracklin et Derek Spronck dans un rapport.

Les deux spécialistes jugent que le passage de Bombardier (TSX:BBD.B) au salon aéronautique français a été décevant. La compagnie québécoise espérait séduire une compagnie aérienne chinoise, un transporteur commercial international reconnu ou encore une compagnie internationale de location d'avion.

Bombardier a plutôt annoncé quelques commandes commerciales évaluées à près de 400 millions $ US aux prix du catalogue. L'avionneur a aussi obtenu des commandes d'avions d'affaires totalisant environ 1,8 milliard $ US.

Richard Aboulafia, de la société d'analyse Teal Group, aime bien la CSeries, mais il croit que Bombardier n'est pas assez agressive du point de vue commercial pour tirer profit des quelques années d'expérience que son avion va détenir par rapport à ceux de la concurrence.

L'analyste s'inquiète aussi du fait que Bombardier n'a pas les ressources financières suffisantes pour proposer des rabais assez intéressants sur ses avions pour séduire les lignes aériennes.

Les dirigeants de Bombardier ont insisté pour dire qu'ils compteraient au moins 300 commandes fermes lorsque l'avion entrerait en service l'an prochain, sans avoir besoin d'énormes rabais. Des 388 engagements reçus jusqu'à présent, seulement 177 sont des commandes fermes.

Selon le président du transporteur Porter Airlines, Robert Deluce, un vol inaugural de la CSeries couronné de succès pourrait agir comme catalyseur et contribuer à garnir le carnet de commandes des CSeries.

«Une fois que l'appareil sera en vol, je soupçonne qu'il y aura un tas d'usagers potentiels qui se manifesteront et qui voudront mettre un pied dans la porte pour s'assurer d'avoir une place sur la liste des commandes», a-t-il avancé.

Porter a passé une commande pour 12 avions CS100 sous certaines conditions, avec 18 options, pour une valeur qui pourrait atteindre 2,08 milliards $ US aux prix du catalogue. La commande est controversée parce qu'elle dépend de l'obtention, par Porter, de la permission de faire décoller et atterrir les avions à l'aéroport du centre-ville de Toronto.

Des observateurs de l'industrie espèrent que le vol inaugural permettra d'éliminer les inquiétudes de certains, qui craignent que l'avion ne vole pas comme prévu ou qu'il ne livre pas les économies de carburant et de coûts promises.

«Historiquement, ce que nous avons observé, c'est que le vol inaugural et l'entrée dans les programmes d'essais semblent être de ces moments clés où le carnet de commande commence à se construire», a affirmé Chris Murray, de PI Financial.

Le CS100 doit entrer en service dans un an, suivi du CS300 d'ici la fin de 2014. Selon M. Murray, il n'est pas inconcevable que ces dates soient reportées de plusieurs mois.

De tels délais sont tellement devenus monnaie courante de la part des constructeurs d'avion qu'ils ont fini par rendre sceptiques les acheteurs potentiels vis-à-vis des promesses de disponibilité. Boeing a reporté de plusieurs années l'arrivée de son 787 Dreamliner en raison d'une série d'incidents, dont un incendie pendant un vol d'essai en 2010.

Bombardier a tenté de tirer des leçons de ces délais en effectuant des tests intensifs avant même le premier vol de la CSeries et en mettant à contribution l'expérience de chaîne de fourniture pour ses précédents programmes d'avions d'affaires et commerciaux.

«(Ils) veulent s'assurer que l'essai est complété de façon sécuritaire (...) pour éviter quoi que ce soit qui pourrait significativement retarder l'entrée en service», a noté M. Murray.

M. Aboulafia croit pour sa part que Bombardier pourrait éviter de longs délais si elle peut remplir son carnet de commande.

«Je crois qu'un retard de 18 mois est toujours correct. Diable! Boeing était même quatre ans en retard et ils n'ont pas vraiment perdu de commande de leur carnet», a-t-il déclaré depuis Paris.

Bombardier s'attend à ce que la CSeries l'aide à doubler ses revenus d'ici cinq ans et génère assez d'argent pour augmenter le dividende et améliorer sa note de crédit.

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