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Construction: Pauline Marois donne une autre chance à la négociation

24/06/2013 05:53 EDT | Actualisé 24/08/2013 05:12 EDT

QUÉBEC - La première ministre Pauline Marois a déclaré lundi qu'elle est prête à attendre jusqu'à la semaine prochaine avant de forcer un retour au travail dans le secteur de la construction, paralysé par une grève depuis sept jours.

Alors qu'une entente de principe est intervenue lundi entre l'Alliance syndicale et les représentants patronaux du secteur du génie civil, Mme Marois a annoncé plus tard lors d'un point de presse à Québec qu'un médiateur spécial avait été nommé par le gouvernement afin de dénouer l'impasse dans les deux autres secteurs de la construction.

«J'invite les parties à travailler avec diligence, à trouver un terrain d'entente parce que je le répète: mieux vaut une entente négociée qu'une loi spéciale où on impose les conditions de travail», a-t-elle dit.

Selon la première ministre, les députés péquistes sont prêts à revenir en Chambre pour voter une loi spéciale. Mais Mme Marois, qui part en mission économique au Mexique ce mercredi, a écarté la possibilité de recourir à cette mesure cette semaine.

«Ce serait après la fin de semaine prochaine, ou à la fin de semaine prochaine, a-t-elle dit. C'est sûr qu'après une dizaine de jours de grève — de jours ouvrables, on s'entend —, c'est absolument le dernier délai à ne pas dépasser.»

Jeudi dernier, Mme Marois avait pourtant esquissé un ultimatum en exprimant le souhait qu'une entente soit conclue au début de cette semaine, afin que les travailleurs retournent sur les chantiers.

«J'ai évidemment pesé sur le crayon (jeudi), souhaitant, comme on avait quatre jours devant nous, qu'on puisse aller le plus loin possible», a-t-elle dit.

Mme Marois a confirmé qu'une entente de principe était intervenue lundi entre l'Alliance syndicale et les représentants patronaux du secteur du génie civil.

«Ç'a été, ç'a fonctionné: 41 000 travailleurs seront au travail demain matin (mardi)», a-t-elle dit.

Les discussions entre les parties syndicales et patronales sont bloquées à la table du secteur institutionnel, commercial et industriel, mais se poursuivent à celle du secteur résidentiel.

Mme Marois a affirmé que l'ancien sous-ministre du Travail Normand Gauthier aura le mandat de rapprocher les parties au cours des prochains jours.

«J'ai donné au médiateur la possibilité qu'il puisse travailler jusqu'à la fin de la semaine, a-t-elle dit. Il pourrait ne pas y avoir aucune loi spéciale, et je le souhaite. Je ne souhaite pas de loi spéciale.»

Les syndicats sceptiques

Prenant la parole quelques minutes après la première ministre, le porte-parole de l'Alliance syndicale, Yves Ouellet, a bien accueilli la nomination d'un médiateur spécial mais s'est montré fort sceptique quant à un espoir de règlement sur la base des discussions tenues jusqu'ici avec l'Association de la construction du Québec (ACQ), qui représente les employeurs du secteur industriel, commercial et institutionnel.

«Dans ce secteur, nos négociateurs ont fait un travail extraordinaire. Malheureusement, la partie patronale a clairement montré sa mauvaise foi dans la négociation. Contrairement à ce qu'ils annoncent aujourd'hui, les demandes patronales sont restées intactes», a soutenu M. Ouellet, précisant que la partie syndicale avait essuyé un refus à chacune de ses propositions sans en obtenir de nouvelles en retour.

Toutefois, même s'il veut donner une chance à la médiation spéciale, Yves Ouellet a averti que ses membres ne sont pas prêts à obtenir à n'importe quel prix un règlement négocié, notamment sur les questions du travail le samedi, l'élargissement des plages horaires de travail, les primes au surtemps et la mobilité provinciale.

«Nous sommes prêts à collaborer (avec le médiateur spécial) pour en arriver à une entente. Cependant, nous ne changerons pas notre position. C'est celle de nos travailleurs et celle de leur famille», a-t-il indiqué.

L'entente du secteur du génie civil a été conclue moins d'une heure avant le point de presse de Mme Marois. Les négociations dans le secteur institutionnel, commercial et industriel ont été rompues, elles, dans la nuit de lundi.

Du côté du génie civil, l'entente prévoit notamment, sur le plan salarial, des augmentations de 2,0 pour cent cette année, 2,1 pour cent l'an prochain, 2,2 pour cent l'année suivante, et 2,3 pour cent à la quatrième année du contrat.

La question de la mobilité de la main-d'oeuvre, qui ne présentait pas le même niveau de difficulté que dans le secteur industriel, commercial et institutionnel, a également été réglée.

Les syndiqués et les membres de l'Association des constructeurs de routes et grands travaux du Québec, qui représente ce secteur, doivent se prononcer sur cette entente prochainement.

L'Opposition blâme Mme Marois

Du côté politique, les réactions n'ont pas tardé à venir, libéraux et caquistes blâmant la première ministre pour ce nouveau délai.

«On a le résultat d'un gouvernement qui manque à la fois de fermeté et de direction», a déclaré le chef libéral, Philippe Couillard. «Ça fait plus d'une semaine qu'on a demandé la nomination d'un médiateur spécial avec un échéancier fixe pour en arriver à une entente et, au besoin, à une législation.»

M. Couillard a rappelé que le conflit coûte extrêmement cher à l'économie québécoise. «On perd un milliard de dollars par semaine au Québec. Mme Marois et son gouvernement sont 2 milliards $ en retard.»

Le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, abondait dans le même sens. «Mme Marois et son gouvernement manquent de leadership depuis le début. Elle n'a pas été capable de fixer un échéancier», a-t-il reproché.

M. Legault, qui affirme que les membres de sa formation sont prêts à revenir d'urgence à l'Assemblée nationale dès mardi pour adopter une loi spéciale, a rappelé que la première ministre disait vouloir régler le conflit avant son départ pour le Mexique ce mercredi.

«Maintenant, elle parle de la fin de semaine prochaine. Donc, elle parle d'une deuxième semaine de conflit. C'est vraiment de l'improvisation», a laissé tomber le chef caquiste.

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