DIVERTISSEMENT

Documentaire sur le Montréal musical underground (ENTREVUE)

22/06/2013 12:41 EDT | Actualisé 22/08/2013 05:12 EDT
Montreal Underground

Si la musique de Tutu Blang, Leamers, Jesuslesfilles, Parlovr, Crabe, Bad Uncle et Unsettlers ne vous dit strictement rien, vous risquez de découvrir tout un pan de la culture montréalaise en visionnant le documentaire Montréal Underground, réalisé par Giuliano Bossa et Mélanie Parent.

Braquant leur caméra sur les partisans du DIY (« Do It Yourself » ou « Fais-le toi-même »), les documentaristes ont mené à bien leur projet en se passant eux aussi de subventions et du soutien des structures traditionnelles. « Nous avons tout financé de notre poche et de nos cartes de crédit, affirme la productrice Mélanie Parent. Avec l'achat d'une caméra, d'un programme de montage et de micros, la facture s'est élevée à près de 25 000 $. On voulait tout acheter, car on veut faire d'autres projets plus tard. »

Les deux complices n'ont pas hésité à investir un an et demi de leur vie afin de faire le portrait d'un univers dans lequel ils évoluent depuis environ 10 ans. « Quand j'ai connu Giuliano, il chantait dans un band. Les spectacles-partys dans les lofts, les sous-sols et les petites salles, on a grandi là-dedans. Pratiquement tous les intervenants du documentaire sont des amis. On s'est adressé à des gens qui n'avaient pas peur d'exprimer leurs opinions. On voulait qu'ils se sentent libres de dire ce qu'ils pensaient du milieu. »

Montréal a-t-elle vraiment un « son » ?

Montréal Underground relate la mauvaise presse faite à la scène musicale punk rock, dont les spectacles sont marqués à l'occasion par un esprit de violence, des bouteilles lancées sur scène et de la bière répandue partout. Le documentaire s'attarde également à cette idée voulant que Montréal ait un « son » qui se démarque du reste de la planète musicale. Pour la majorité des gens questionnés, l'intérêt pour la métropole réside principalement dans l'attrait médiatique qui lui a été donné et par la quantité de musiciens qui y déménagent pour créer, en profitant du coût de la vie relativement bas. À leurs yeux, il serait plus juste de parler d'un esprit créatif effervescent, plutôt que d'un son généralisé.

Giuliano Bossa et Mélanie Parent ont également donné la parole à plusieurs connaisseurs du Montréal underground, qui témoignent de la difficulté à trouver des lieux pour produire leurs spectacles. Ceux-ci font d'ailleurs allusion à l'ironie voulant qu'un groupe comme Arcade Fire ait été célébré lors d'un concert offert gratuitement sur la Place des festivals par les mêmes personnes qui ont causé des problèmes à la Casa del Popolo, l'un des lieux où le groupe a fait ses débuts.

« Avec toutes les lois contre le bruit, on est en train d'étouffer le mouvement créatif présent depuis 20 ou 30 ans, avertit Mélanie Parent. On sent une certaine mélancolie chez les musiciens, comme s'ils étaient en train de perdre quelque chose. Je pense que ça transparait dans le film. »

Une maison de disque, pour quoi faire ?

Les documentaristes soulignent également la perception des musiciens qui voient les maisons de disque comme une contrainte et qui considèrent que ceux qui ont pour seul objectif d'être signés par un « label » ne font pas de la musique pour les bonnes raisons. La plupart d'entre eux autofinancent leurs albums, louent à bas prix le studio d'enregistrement d'un ami et acceptent souvent des cachets dérisoires pour leurs prestations. À titre d'exemple, le duo Crabe n'a reçu que 100 $ pour avoir assuré la première partie de Jello Biaffra, lors d'un spectacle présenté devant plus de 1000 spectateurs.

Même si les deux têtes derrière le documentaire Montréal Underground préfèrent de loin le circuit indépendant et DIY, ils ne se gênent pas pour dire qu'ils veulent que leur film soit vu par le plus de personnes possible. « Maintenant que la projection au Rialto est faite (le 19 juin dernier), on veut s'inscrire à plusieurs festivals, qui sont dans la même ligne de pensée que nous, affirme Mélanie Parent. On est des gens ambitieux et on veut diffuser notre message le plus possible. Mais pas à n'importe quel prix. »