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Manifestations au Brésil : lendemain de discours à la nation

22/06/2013 06:31 EDT | Actualisé 22/08/2013 05:12 EDT

RIO DE JANEIRO - Après trois jours de lourd silence, la présidente du Brésil Dilma Rousseff a finalement livré son message à la nation vendredi soir. Un appel marqué par une politique de la main tendue, jugée toutefois insuffisante par plusieurs manifestants.

Un texte d'Antoine Deshaies

La présidente propose plusieurs réformes, veut rencontrer les leaders des manifestations. Elle insiste aussi sur la fin de la violence, sans quoi « le Brésil pourrait passer à côté d'une occasion historique ».

Au lendemain du discours, l'organisation Rio de Paz tenait une manifestation visuelle sur la plage de Copacabana.

Placés en lignes, comme dans un cimetière, 500 ballons de soccer représentaient les 500 000 morts violentes au pays depuis 10 ans selon une statistique de l'Institut Sangari.

Aux deux côtés du cimetière improvisé, deux grandes affiches avec le même message écrit en anglais et portugais. « Nous voulons des écoles, des hôpitaux et un sentiment de sécurité d'aussi bonne qualité que les stades de la FIFA. »

Deux représentants de l'organisme étaient sur place. Les deux pensent que les manifestations doivent et vont continuer.

« On sent que le gouvernement a peur, explique Gabriel Felles. Nous sentons enfin que le peuple a un certain pouvoir. On doit continuer à manifester et le faire à long terme pour que le gouvernement devienne toujours imputable. »

« La présidente veut enfin nous rencontrer, mais ce n'est pas assez. Elle doit chiffrer ses promesses et surtout, donner un échéancier », ajoute Antonio Costa.

Après quelques heures, les deux hommes et leurs collègues ont remballé le décor. Aidés de quelques passants et sympathisants, ils ont ensuite botté les ballons en l'air, un peu comme quand une foule laisse aller des ballons à l'hélium ou encore des colombes dans le ciel.

Signe que le peuple est sur le point de prendre son envol? À vous de juger.

Aujourd'hui encore, des manifestations sont organisées dans quelques dizaines de villes du pays. À Belo Horizonte, une foule estimée à 60 000 personnes par les agences de presse a manifesté en marge du match Japon-Mexique.

Roussef et la violence

Dans son discours, Dilma Rousseff a dit que la violence de certains manifestants l'inquiétait.

Elle dit vouloir oxygéner le système politique et en améliorer la transparence, mais elle insiste sur le fait que les manifestations doivent être sans violence.

Ironiquement, dans une autre vie, Rousseff militait pour la guérilla sous la dictature militaire qui a régné sur le Brésil pendant une vingtaine d'années, jusqu'en 1985.

Elle a même été torturée et emprisonnée pendant deux ans. Aujourd'hui, certains rejettent son appel à la fin de la violence qui, faut-il le préciser, est utilisée par une minorité de manifestants.

Mais certains la trouvent légitime. C'est du moins l'opinion d'un chauffeur de taxi rencontré au centre-ville de Rio.

« La violence, c'est la seule façon pour nous prendre au sérieux, explique-t-il en conduisant à bonne vitesse. La violence doit se limiter aux édifices publics, et non pas aux commerçants qui paient des taxes et des impôts comme nous. »

Antonio Costa, lui, dit que la présidente devrait aussi condamner la violence policière. Plusieurs médias rapportent des sévices depuis le début des manifestations.

« Surtout à Rio, la police a un long historique d'abus de pouvoir, explique-t-il. Le calme doit venir des deux côtés. »

Pour l'instant, malgré les manifestations, Dilma Rousseff reste en bonne position pour être réélue à la fin de l'année prochaine. Sauf que la confiance du peuple est fragile.

« Elle vient du peuple, elle a fait la révolution pour nous, mais elle a changé, explique Gabriel Felles. Le Parti des travailleurs n'est plus le même depuis le départ de Lula (Luis Iniacio Lula Da Silva). »

Celui qui avait promis être le président des pauvres a tenu parole et a fait sortir des millions de Brésiliens de la pauvreté.

Aujourd'hui, c'est la classe moyenne traditionnelle, celle qui a financé en grande partie les réformes Lula, qui demande à son tour du changement, fatiguée de payer pour des services inadéquats.

Et par les dépenses somptueuses pour la Coupe du monde.

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