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13/06/2013 05:49 EDT | Actualisé 13/08/2013 05:12 EDT

Le marché des condos représente un risque pour l'économie, selon la Banque du Canada

Le marché canadien des condominiums est en proie à la surconstruction et à une surévaluation et il représente un risque pour les ménages canadiens, les banques et l'économie en général, a averti jeudi la Banque du Canada dans sa plus récente Revue du système financier.

La banque centrale a évoqué le marché des condos de Toronto en particulier, lequel continue à afficher un haut niveau de logements invendus avant la mise en chantier et avant l'achèvement des tours d'habitation, a-t-elle noté.

Dans l'ensemble, la banque centrale estime qu'autant les conditions financières mondiales que canadiennes ont connu une certaine amélioration malgré le rythme modéré de la reprise économique.

Au Canada, la croissance du crédit des ménages a continué de ralentir et est maintenant plus conforme à celle du revenu disponible, et l'activité sur le marché du logement s'est généralement modérée.

Mais la Banque du Canada conserve quelques inquiétudes quant au marché de l'habitation, en particulier en ce qui a trait aux condos à Toronto.

« Si les logements en chantier n'étaient pas absorbés par la demande lorsqu'ils seront terminés dans les 12 à 30 prochains mois, l'écart entre l'offre et la demande deviendrait plus prononcé, ce qui accroîtrait le risque d'une correction soudaine des prix et de l'activité dans la construction résidentielle.Toute correction de prix des logements en copropriété pourrait s'étendre à d'autres segments du marché de l'habitation, les acheteurs et les vendeurs adaptant leurs attentes », a-t-elle précisé dans sa revue.

Cela pourrait être le début d'un phénomène que la banque appelle « rétroaction défavorable ». Dans ce scénario, un plongeon des prix des maisons nuit à la valeur nette des ménages, atténue leur confiance et leurs dépenses de consommation, ce qui a un impact sur le revenu et l'emploi.

« Il s'ensuivrait un affaiblissement de la qualité du crédit des portefeuilles de prêts des banques et un possible resserrement des conditions du crédit pour les ménages et les entreprises. Cette chaîne d'événements pourrait avoir un effet de rétroaction défavorable sur le marché du logement, en y provoquant un rajustement excessif des prix », indique le document.

Cet avertissement survient alors que Statistique Canada faisait état, plus tôt jeudi, d'une hausse de 0,2 % des prix des maisons neuves à l'échelle nationale pour le mois d'avril par rapport au mois précédent. Les économistes s'attendaient à une progression de 0,1 %.

La banque précise en outre que le scénario qui se déroule actuellement ne semble pas être celui au sujet duquel elle fait sa mise en garde. En fait, elle prévoit toujours que la correction du marché immobilier se fera en douceur.

« Des indicateurs simples continuent cependant de tendre vers une certaine surévaluation dans le marché du logement: les prix des maisons sont élevés au regard du revenu et la question de l'accessibilité à la propriété pourrait devenir préoccupante lorsque les taux d'intérêt commenceront à revenir à la normale », dit-elle.

Les efforts continuellement déployés par la banque pour souligner les déséquilibres des ménages, malgré des précisions soulignant que les risques se sont quelque peu atténués ces six derniers mois, laissent croire que la banque centrale est toujours inquiète du fait que la faiblesse des taux d'intérêt, probable pendant encore un certain temps, fait croître le risque d'un éventuel déraillement.

La semaine dernière, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a nommé le Canada comme l'une des trois économies du monde développé où le marché de l'habitation est le plus surévalué.

Un certain nombre de chocs pourrait faire tomber le château de cartes immobilier du Canada, a indiqué la banque, notamment une hausse des coûts d'emprunt pour tout ménage déjà aux prises avec un fort taux d'endettement.

Une intensification de la crise dans la zone euro ayant des conséquences sur le Canada n'est pas à exclure, ajoute la banque, parce que les Européens semblent donner des signes de lassitude à l'endroit des réformes et de l'austérité.

« Dans une telle éventualité [...], les liens commerciaux et financiers existants pourraient propager le choc à d'autres régions et provoquer une baisse de la demande mondiale encore plus grave et prolongée. Cela pourrait entraîner à son tour une correction plus marquée sur le marché canadien du logement », peut-on lire dans le document.

Mais même si le scénario du pire ne se produit pas, poursuit la banque, il faudra un certain temps avant de voir une résolution aux déséquilibres du secteur immobilier qui se sont accumulés au cours des années.

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