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11/06/2013 03:05 EDT | Actualisé 10/08/2013 05:12 EDT

Mergad, parent pauvre des collusionnaires de Laval

Capture d'écran

Mike Mergl reconnaît avoir fait de la collusion à Laval dès le début des années 2000 avec son entreprise Mergad. Il ne peut cependant dire pourquoi tel ou tel contrat lui était attribué par le système, mais estime que le gestionnaire de la collusion, le directeur de l'ingénierie Claude Deguise, lui donnait « les projets que personne ne voulait ».

Un texte de Bernard Leduc et François Messier

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Il admet avoir déjà passé son tour et refusé certains contrats que M. Deguise lui offrait en raison du budget trop serré proposé par la Ville qui empêchait de dégager un profit. Il finissait cependant par en accepter certains parce que c'était la seule façon d'avoir des contrats à Laval :« c'est lui qui gérait ça, je n'avais le choix ».

Les bons contrats, soutient-il, allaient à Poly-Excavation et Simard-Beaudry, notamment.

Mike Mergl explique que M. Deguise le convoquait à son bureau lorsqu'il avait des contrats truqués à lui offrir : « Il disait :''prend-le ou passe ton tour'' ». Il soutient n'avoir jamais tenté de l'acheter pour avoir de meilleurs contrats, soulignant son caractère difficile et changeant.

Selon Mike Mergl, « dans (s)on esprit, c'était Claude Asselin », le directeur général de la Ville de Laval, qui était le supérieur de M. Deguise dans le système de collusion. Il dit cependant n'avoir « jamais pu savoir » si quelqu'un d'autre à la Ville était impliqué dans le partage des contrats ou avoir chercher à s'y plaindre à quelqu'un de la qualité des contrats que lui octroyait M. Deguise.

Lorsqu'il prenait un contrat offert par M. Deguise, ce dernier lui remettait la liste de tous les soumissionnaires. Il appelait alors ces derniers pour leur dire de faire des soumissions de complaisance en leur précisant le montant à inscrire.  Les autres entreprises collusionnaires procédaient de même lorsqu'elles raflaient des contrats truqués.

Cette mécanique a déjà été décrite devant la commission par d'autres entrepreneurs collusionnaires, soit son frère René Mergl de Nepcon et le cadre Gilles Théberge de Valmont-Nadon.

Mike Mergl avertissait par ailleurs les compagnies de cautionnement lorsque lui-même faisait des soumissions de complaisance, pour qu'elles sachent que leur prise de risque était fictive dans ces cas.

L'entrepreneur à la retraite admet aussi avoir versé à Marc Gendron puis Roger Desbois de la firme de génie Tecsult une ristourne de 1% ou 2% - parfois rien - sur la valeurs des contrats obtenus auprès de Claude Deguise. Il soutient que c'est ce dernier qui établissait le pourcentage à verser aux deux hommes.

MM Gendron et Desbois ont tout deux admis avoir été les collecteurs de fonds occultes pour le PRO des Lavallois, le parti du maire déchu Gilles Vaillancourt, auprès des entrepreneurs collusionnaires.

Selon le procureur Cainnech Lussiaà-Berdou, Mergad a obtenu 36 contrats pour 20 ou 21 millions de dollars à Laval entre 1996 et 2012. Certains des contrats obtenus par Mergad, soutient ce dernier, n'ont pas été attribués en collusion.

Mike Mergl soutient n'avoir jamais entretenu de liens avec le maire Gilles Vaillancourt mais avoir cependant contribué le maximum légal chaque année à son parti, le PRO des Lavallois.Il admet incidemment aussi avoir contribué 5475 $ au PLQ et 2500 $ au PQ au fil des ans.

Il affirme enfin que les firmes de génie-conseil de Laval ne lui ont jamais accordé de faux extras sur des projets qu'il a exécuté.

Mergl Excavations puis Mergad bannies de Montréal

Mike Mergl a affirmé plus tôt lors de son témoignage que l'ancien propriétaire de Mivela Construction, Nicolo Milioto, avait interdit à Mergad de faire des soumissions pour des contrats publics de la Ville de Montréal au milieu des années 2000. Son ancienne entreprise, Mergl Excavation, avait déjà été bannie de Montréal dans les années 1990, dans d'autres circonstances.

Mike Mergl a cependant reconnu qu'il a persisté à soumissionner, en vain, pour des contrats à Montréal, pas moins de 42 fois, entre 1996 et 2012, bien qu'il ait admis avoir compris dès le milieu des années 1990 qu'il « n'était pas admis à soumissionner là ».

Il soutient qu'il déposait en fait systématiquement des soumissions surévaluées, pour être sûr de ne pas avoir de contrats, puisqu'il ne souhaitait qu'avoir une idée des prix du marché. Il ne peut expliquer pourquoi il a brusquement arrêté de soumissionner de 2005 à 2008, mais affirme que s'il a recommencé en 2009, c'est qu'il espèrait que les enquêtes policières en cours ont fait en sorte de rouvrir le marché. « Marteau était passé, c'était rendu plus libre », soutient-il. Il a d'ailleurs remporté trois des 20 soumissions faites à Montréal par Mergad entre 2009 et 2012.

Milioto met son veto

Mile Mergl soutient qu'il était allé voir M. Milioto vers 2006 ou 2007 pour lui « demander la permission » de travailler à Montréal. Mergad avait de la difficulté à obtenir des contrats à l'époque, une situation qu'il a imputée au fait que l'entreprise n'avait pas de « territoire attitré ».

Lorsque la commissaire France Charbonneau lui a demandé pourquoi il avait appelé M. Milioto pour discuter de la possibilité de percer le marché montréalais, il a répondu : « parce que c'est lui qui avait beaucoup d'influence à Montréal ». Les autres entrepreneurs, a-t-il ajouté, étaient « secondaires ».

Il a ajouté que Nicolo Milioto « faisait tous les travaux de trottoirs et bordures à Montréal », qu'il était un homme « puissant » et qu'il avait « beaucoup d'autorité sur les entrepreneurs ».

Mike Mergl a précisé qu'il connaissait Nicolo Milioto parce qu'il lui avait déjà demandé de faire du travail en sous-traitance pour lui à Laval, ce que le patron de Mivela avait refusé. 

Un chantier de Mergl vandalisé

M. Mergl avait déjà eu des contrats à Montréal à partir du milieu des années 1980 avec Mergl Excavation mais a cessé d'y être actif à partir du milieu de la décennie suivante.

« Je n'étais pas admis à Montréal [...] j'ai vite compris que je ne pouvais pas jouer là », a-t-il conclu à l'époque, après que tous ses tuyaux aient été « cassés » sur un projet qu'il avait à Rivière-des-Prairies.

L'entrepreneur avait déclaré au préalable qu'il avait constaté dès 1992 ou 1993 que des entreprises en construction se répartissaient des territoires particuliers. Cela se vérifiait notamment à Montréal, dans des villes de sa banlieue nord, et même pour certains contrats de Laval, a dit M. Mergl.

Mergl Excavation a cessé ses activités vers 1998. Ce n'est que par la suite qu'il a créé Mergad, dont il était actionnaire avec sa femme et sa fille. Mergad a elle-même déclaré faillite en juillet dernier. Gestion Mergad, toujours active, servait à gérer les immeubles occupés par Mergad.

Mike Mergl est aussi propriétaire de Sichel Construction, une entreprise qui a fait, par le passé, des travaux notamment pour Hydro-Québec, mais n'a plus d'activité propre pour l'instant.

L'entrepreneur en construction fait face à six chefs d'accusation dans la foulée du projet Honorer, soit fraude, fraude envers le gouvernement, complot pour fraude, complot pour corruption, acte de corruption dans les affaires municipales et abus de confiance.

Mike Mergl est le frère d'Anthony et de Ronnie « René » Mergl, de Nepcon, qui font face aux mêmes chefs d'accusations. Ronnie Mergl a déjà été entendu par la commission. Il a reconnu sa complicité dans le système de collusion implanté à Laval. 

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