POLITIQUE
11/06/2013 01:39 EDT | Actualisé 11/08/2013 05:12 EDT

Maternelle quatre ans: course contre la montre avant l'ajournement d'été

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youth getting off of school bus

MONTRÉAL - À quelques jours de la fin de la session parlementaire, directions d'établissements scolaires, syndicats et parents d'élèves exhortent les députés à adopter sans plus tarder le projet de loi 23 sur la maternelle quatre ans à temps plein en milieu défavorisé.

Le temps presse: en théorie, plusieurs centaines de bouts de chou devaient faire leur entrée à l'école en septembre prochain en vertu de ce nouveau programme mis de l'avant par la ministre de l'Éducation, Marie Malavoy.

Les libéraux souhaitent qu'il soit écrit noir sur blanc, à l'article 3 du projet de loi, qu'un second adulte fera son entrée en classe à partir du moment où le cap des 10 élèves sera franchi — il s'agit là d'une «pierre angulaire» pour le système des maternelles quatre ans, a plaidé mardi la députée libérale Francine Charbonneau, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'enseignement primaire et secondaire.

Dans le camp péquiste, on accuse les libéraux d'avoir trouvé là un prétexte pour faire de l'obstruction législative à la commission parlementaire de la culture et de l'éducation.

Selon l'attaché de presse de la ministre Malavoy, Mathieu LeBlanc, les libéraux insistent pour inclure dans la loi un ratio enseignant-élève. Or, cette disposition relève plutôt des conventions collectives, a-t-il fait valoir en entrevue téléphonique.

La députée Charbonneau, qui siège à la commission parlementaire, balaie cet argument du revers de la main et suggère plutôt que le gouvernement péquiste refuse d'inclure des dispositions pointues au projet de loi pour éviter d'avoir les mains liées lorsque viendra le temps de délier les cordons de la bourse.

«La deuxième ressource, la ministre (Malavoy) dit qu'elle y croit et qu'elle s'y est engagée. Mais ce n'est écrit nulle part. Et si ce n'est pas écrit, il n'y a pas d'argent, a lancé Mme Charbonneau en entrevue téléphonique. Si ce n'est pas écrit, c'est la commission scolaire qui va ramasser la facture pour aider son enseignante.»

L'enjeu des ratios a déjà été soulevé par des spécialistes du milieu de la petite enfance. Le gouvernement préconise un nombre minimal de six enfants pour justifier l'ouverture d'une classe, et il fixe le seuil maximal de petits écoliers à 18.

Dans une lettre parue en mai, des chercheurs ont prévenu que «sans une réduction du ratio actuel», il y avait lieu de «s'interroger sur les résultats qui pourront être obtenus par cette mesure déployée par le gouvernement».

Reste que sur le terrain, l'inquiétude commence à être palpable. Surtout que certaines commissions scolaires ont déjà identifié les écoles de milieux défavorisés qui allaient recevoir une classe de maternelle quatre ans — et que les commissions scolaires ferment leurs portes pendant une bonne partie de l'été.

L'Association montréalaise des directions d'établissement scolaire a soutenu mardi que l'implantation de ces classes ne doit «souffrir d'aucun retard, encore moins à cause de raisons partisanes».

Le milieu scolaire n'est pas le seul à interpeller les élus. Les parents aussi sentent la soupe chaude.

«Il serait dommage, fort dommage de voir le projet sacrifié à l'étape de la commission parlementaire. Voilà pourquoi nous incitons les parlementaires engagés au sein de la commission à tout mettre en oeuvre pour mener le projet à bon port. Nous serons d'ailleurs présents, sur place, afin de suivre l'évolution des travaux», a déclaré par voie de communiqué Gaston Rioux, président de la Fédération des comités de parents du Québec (FCPQ).

Y a-t-il un risque de voir le projet de loi mourir au feuilleton? «On garde bon espoir de réussir, mais la balle est dans le camp des libéraux», s'est contenté de déclarer Mathieu LeBlanc.

La députée Charbonneau lui renvoie la balle, en prévenant au passage qu'il n'est pas impossible qu'elle s'oppose au projet de loi dans sa forme actuelle.

«Est-ce que ma tête dure et les valeurs que nous avons seront en opposition jusque-là? J'ose dire aujourd'hui que oui, peut-être», a-t-elle indiqué lorsqu'on lui a demandé si elle pourrait refuser d'accorder son soutien à un projet de loi exempt des modifications demandées à l'article 3.