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Manifestations en Turquie : la police reprend par la force la place Taksim (PHOTOS)

11/06/2013 05:36 EDT | Actualisé 11/08/2013 05:12 EDT

ISTANBUL - La police turque a repris mardi matin le contrôle de la place Taksim d'Istanbul aux manifestants qui exigent depuis douze jours la démission du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, à la veille de sa rencontre annoncée avec des représentants de la contestation.

Lundi 9 juin, un texte controversé sur la limitation de la consommation d'alcool a été promulguée. La loi fait partie des principaux griefs des manifestants, qui sont nombreux à boire de la bière dans la rue pour braver l'ordre moral que tente, selon eux, d'imposer le gouvernement.

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Place Taksim: la police intervient

Peu avant 8h, les forces de l'ordre en tenue anti-émeutes ont repris le contrôle manu militari de la place emblématique du centre de la mégapole turque, repoussant quelques dizaines de protestataires qui y avaient passé la nuit en tirant plusieurs salves de grenades lacrymogènes et en utilisant des canons à eau.

Sitôt réinstallés au centre de la place, les policiers ont dispersé dans les rues environnantes des centaines de jeunes manifestants casqués et équipées de masques à gaz, qui ont riposté par des jets de pierres et de cocktails Molotov.

"Nous allons nous battre, nous voulons la liberté. Nous sommes des combattants de la liberté", a déclaré à l'AFP l'un d'entre eux, Burak Arat, 24 ans, qui a passé la nuit dans le parc Gezi, ce petit jardin public dont la destruction annoncée a donné le coup d'envoi le 31 mai à la fronde antigouvernementale qui agite aujourd'hui toute la Turquie.

Des manifestants font face à la police anti-émeutes sur la place Taksim

Des échauffourées étaient toujours en cours en milieu de matinée sur la place, où la police repoussait régulièrement les manifestants en tirant des grenades lacrymogènes et des petites billes en plastique ou en faisant usage de canons à eau. Un cordon de policiers protégés par des boucliers a encerclé la statue qui trône au centre de la place, dépouillée des tentes et des nombreux drapeaux qui la hérissaient depuis plusieurs des jours.

Des pelleteuses ont démantelé mardi les barricades érigées autour de la place Taksim d'Istanbul, dont la police a repris le contrôle au douzième jour de la contestation antigouvernementale qui agite la Turquie, ont constaté des journalistes de l'AFP.

En milieu de matinée, les forces de l'ordre sont parvenues, à grand renfort de gaz lacrymogènes et de canons à eau, à éloigner de la place les centaines de jeunes manifestants casqués et protégés de masques qui se sont opposés à leur intervention par des jets de pierre et de cocktails Molotov.

La police n'est pas intervenue pour évacuer le parc Gezi, adjacent à la place, dont la destruction annoncée a donné le 31 mai le coup d'envoi des manifestations dirigées contre le gouvernement islamo-conservateur du premier ministre Recep Tayyip Erdogan. Recep Tayyip Erdogan, qui doit rencontrer mercredi des représentants de la contestation, doit s'exprimer à la mi-journée, comme chaque semaine, devant les députés de son Parti de la justice et du développement (AKP) à Ankara.

"Une barricade tombe, la police pourchasse des groupes de manifestants dans les rues alentour"

Une opération coup de poing pour "ôter les pancartes et les dessins"

La police s'est jusque-là contentée d'occuper Taksim mais n'est pas intervenue dans le parc, où les centaines de militants qui l'occupent ont été réveillés, incrédules, par l'intervention des forces de l'ordre, ont constaté des journalistes de l'AFP. "Notre intention est d'ôter les pancartes et les dessins sur la place. Nous n'avons pas d'autre objectif", a assuré le gouverneur d'Istanbul, Hüseyin Avni Mutlu, sur son compte Twitter.

La police s'est adressée aux occupants du parc par mégaphones pour leur confirmer qu'elle n'entrerait pas dans le parc.

Les forces de l'ordre avaient quitté la place Taksim le 1er juin, après vingt-quatre heures presque ininterrompues d'affrontements violents avec des centaines de manifestants, ameutés par les réseaux sociaux pour dénoncer la brutalité avec laquelle la police avait évacué le parc Gezi à l'aube du 31 mai.

Plusieurs centaines de militants associatifs l'occupaient depuis plusieurs jours pour dénoncer l'arrachage des 600 arbres du parc dans le cadre d'un projet contesté d'aménagement de la place Taksim.

Des milliers de personnes chaque soir

Depuis le retrait de la police, la place Taksim a accueilli tous les soirs des milliers de personnes, certains jours des dizaines de milliers, qui exigent la démission du chef du gouvernement islamo-conservateur, accusé de dérive autoritaire et de vouloir "islamiser" la société turque.

La reprise, symbolique, de la place Taksim intervient au lendemain de l'annonce d'une rencontre, prévue mercredi, entre M. Erdogan et des représentants de la contestation, qu'ils a présentés à longueur de discours comme des "pillards" ou des "extrémistes". "Notre premier ministre a donné rendez-vous à certains des groupes qui organisent ces manifestations", a déclaré lundi soir le vice-premier ministre Bülent Arinç à l'issue du conseil des ministres, "notre premier ministre écoutera ce qu'ils ont à dire".

"Si vous continuez comme ça, j'utiliserai le langage que vous comprenez parce que ma patience a des limites"

En même temps que ce premier geste concret d'apaisement du chef du gouvernement, M. Arinç avait ajouté que "les manifestations illégales ne (seraient) plus tolérées en Turquie", ouvrant la porte à l'intervention de mardi matin.

Dimanche, M. Erdogan avait nettement durci le ton en multipliant les harangues publiques contre les manifestants, devant des milliers de partisans de son Parti de la justice et du développement (AKP) . "Ceux qui ne respectent pas le parti au pouvoir dans ce pays en paieront le prix", a lancé le dirigeant turc à Ankara à une foule chauffée à blanc. "Si vous continuez comme ça, j'utiliserai le langage que vous comprenez parce que ma patience a des limites".

Sûr du soutien d'une majorité de Turcs, le premier ministre a adopté un ton très ferme depuis le début de la crise, en renvoyant les contestataires aux élections municipales de 2014 pour exprimer leur mécontentement.

3 morts et 5 000 blessés

En 2011, son Parti de la justice et du développement (AKP), issu de la mouvance islamiste, avait recueilli 50% des suffrages.

Son intransigeance a valu à M. Erdogan de nombreuses critiques dans le monde entier, notamment de la part de son allié américain, de l'Union européenne (UE) et des organisations de défense des droits de l'Homme, qui ont dénoncé le recours excessif à la force par la police turque.

Les manifestations contre le gouvernement ont fait en tout quatre morts, selon un nouveau bilan annoncé par le premier ministre, Recep Tayyip Erdogan mardi 11 juin. Près de 5 000 personnes ont été blessées, dont plusieurs dizaines très grièvement, depuis le début des manifestations.