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11/06/2013 03:39 EDT | Actualisé 11/08/2013 05:12 EDT

Le fédéral finance la promotion de l'histoire du Canada, dont des prix scolaires

GATINEAU, Qc - Alors que le gouvernement fédéral annonce une série de mesures pour promouvoir l'histoire du Canada, dont des prix d'excellence pour les élèves et des échanges scolaires, Québec le somme de sortir des salles de classe.

Au total, 12 millions $ seront investis annuellement dans les diverses mesures.

Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, a fait l'annonce de plusieurs mesures mardi à l'emplacement du futur Musée d'histoire canadienne, l'actuel Musée des civilisations à Gatineau.

Ainsi, plus de 10 millions de $ seront investis au cours des deux prochaines années dans le «Fonds pour l'histoire du Canada», qui remettra notamment des prix pour les élèves du secondaire et leurs enseignants. Appelés «Prix d'histoire du gouvernement du Canada», leur attribution sera gérée par l'organisme «Histoire Canada». Les prix seront de 1000 $ pour les élèves et 2000 $ pour les enseignants.

Le programme «Échanges Canada» recevra 3,6 millions $ pour «offrir aux jeunes Canadiens un plus grand nombre de possibilités de participer à des activités axées sur l'histoire».

Le ministre Moore a insisté qu'il n'entend pas s'immiscer dans l'éducation, qui est de compétence «entièrement provinciale».

«Soyons clairs: nos mesures n'enfreindront d'aucune façon la compétence provinciale ni la façon d'évaluer la manière dont les provinces engagent l'histoire de leurs citoyens», a déclaré d'entrée de jeu le ministre dans son discours.

Mais il croit que «(le) gouvernement doit faire plus en tant que pays». Car il s'agit d'ici de connecter les gens de partout avec l'histoire du Canada.

Il se défend de vouloir favoriser l'histoire canadienne au détriment de l'histoire provinciale. Et souligne qu'il n'est pas question d'utiliser des fonds gouvernementaux pour orienter ce qui sera enseigné.

«Il ne s'agit pas de favoriser l'enseignement. Il s'agit de célébrer les élèves et les enseignants», dit-il. Le choix des récipiendaires sera fait de manière complètement indépendante du gouvernement, précise-t-il.

Malgré ses assurances, il y aura néanmoins une incursion fédérale dans les salles de classe. Avec un projet dont le financement est doublé, un plus grand nombre d'anciens combattants et de membres des forces armées canadiennes pourront visiter les élèves dans leurs écoles. Ainsi, le financement fédéral du «Projet Mémoire» passera de 100 000 $ à 200 000 $.

James Moore a souligné que ces visites se feront uniquement si les écoles le désirent.

Mais le ministre québécois des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier, ne voit pas cela d'un bon oeil.

«On constate qu'on a un gouvernement obsédé par le militaire, par la monarchie et il se donne les moyens de venir s'ingérer dans l'histoire du Québec», a-t-il commenté au sujet des visites des vétérans.

Peu importe que le système soit volontaire, tel qu'expliqué par le ministre Moore: le fait que les fonds du programme soit doublé se traduit par une présence accrue des militaires, juge M. Cloutier.

Il croit que le gouvernement fédéral utilise l'argent, le nerf de la guerre, pour influencer l'histoire.

Il déplore de plus qu'Ottawa n'ait jamais consulté Québec sur ses mesures, qui touchent à l'éducation. Surtout qu'il juge que le fédéral n'a aucune expertise sur la question.

«Le gouvernement fédéral tente désespérément d'entrer dans les écoles secondaires pour influencer l'histoire», soutient-il.

«Qu'il se retire!», lance-t-il à l'adresse du gouvernement conservateur. Et s'il a trop d'argent, qu'il transfère les sommes au Québec, suggère le ministre Cloutier.

Les annonces de mardi prévoient aussi que la période du 1er au 7 juillet sera dorénavant la semaine de l'histoire du Canada, a indiqué M. Moore. Il y voit pour preuve que le fédéral ne va pas s'ingérer dans les programmes scolaires puisque l'événement a lieu lorsque les écoles sont en congé estival.

Les «minutes du patrimoine» seront aussi de retour à la télévision: il y en aura deux nouvelles par année d'ici 2017, histoire de marquer le 150e anniversaire du pays en 2017. Quelque 400 000 $ sont accordés pour cette initiative.

Le Fonds du Canada pour les périodiques sera bonifié de 375 000 $ par année pour encourager la promotion de magazine et de contenu axé sur l'histoire.

À Ottawa, la méfiance était aussi de mise chez l'opposition.

Le député néo-démocrate Pierre Nantel, porte-parole du parti en matière de patrimoine et de culture, juge que le gouvernement de M. Harper n'en finit plus de s'ingérer, sans consulter personne.

Il se dit particulièrement inquiet des prix qui seront remis aux enseignants.

«Parce que là on rentre vraiment dans une forme d'évaluation de ce qui est bien ou moins bien et là on rentre dans la compétence de l'éducation», fait-il valoir.

«Une vision éditoriale bien typique de ce qu'on a vu jusqu'ici, dit-il. La fascination de réécrire l'histoire», tel que vu notamment avec ce que le gouvernement a fait avec la guerre de 1812.

A priori, M. Nantel dit ne pas être contre la promotion de l'histoire, mais il redoute la propagande conservatrice.

De son côté, le chef du Bloc québécois, Daniel Paillé, n'a pas mâché ses mots.

Il dénonce l'ingérence du fédéral dans la juridiction du Québec en éducation.

Il estime que les prix d'histoire sont moins innocents qu'ils ne pourraient le paraître à première vue.

«C'est qu’avec le pouvoir de dépenser, on veut orienter les cours d’histoire. C’est comme les bourses du millénaire, c’est comme la minute du patrimoine», a-t-il dit au sujet des fonds versés pour les initiatives fédérales annoncées mardi.

«Ce n’est pas au gouvernement fédéral à dire quelle sorte d’histoire, quelle sorte de cours d’histoire on doit enseigner aux Québécois et aux Québécoises, c’est de juridiction du Québec», a-t-il dit, tranchant.

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