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11/06/2013 06:32 EDT | Actualisé 11/08/2013 05:12 EDT

La police turque donne l'assaut sur la place Taksim bondée de manifestants

ISTANBUL - La police antiémeute turque, armée de gaz lacrymogènes et de canons à eau, a réinvesti la place Taksim d'Istanbul mardi soir, afin d'en déloger les milliers de manifestants qui y sont revenus par milliers après une première opération policière plus tôt dans la journée.

De grands nuages de gaz lacrymogènes ont recouvert la place Taksim, devenue l'épicentre des manifestations antigouvernementales depuis 12 jours.

La police a eu recours aux canons à eau pour forcer les manifestants à quitter les lieux, signe que le gouvernement du premier ministre Recep Tayyip Erdogan n'a plus l'intention de tolérer les manifestations dans la plus grande ville de Turquie et ailleurs dans le pays.

Plus tôt mardi, M. Erdogan avait accusé les manifestants de souiller l'image de la Turquie, des déclarations qui laissent croire qu'il a ordonné à la police de ne faire preuve d'aucune retenue pour nettoyer la place Taksim.

Dans le chaos de la confrontation, qui a commencé vers 20 h 45, plusieurs incendies se consumaient sur la place et des manifestants lançaient des feux d'artifice et des pierres.

Alors que des colonnes de policiers casqués avançaient vers la place, des canons à eau ont visé un homme en fauteuil roulant qui brandissait un drapeau turc. Des policiers en civil portant des masques à gaz arrachaient les bannières des manifestants.

Les manifestants sont revenus sur la place aussitôt que les gaz lacrymogènes se sont dissipés avec le vent. Ils se sont accrochés aux clôtures et ont érigé des barricades improvisées. À un certain moment, des manifestants ont allumé un immense brasier au milieu de la place.

Plusieurs personnes blessées ont été transportées en ambulance durant les affrontements.

Selon Selin Akuner, volontaire dans une infirmerie installée au parc Gezi, environ 300 personnes ont dû être traitées sur place mardi soir, principalement pour l'inhalation de gaz lacrymogènes.

Près de cinquante personnes ont été atteintes par des balles en caoutchouc ou des bombes de gaz lacrymogène, 12 ont subi un traumatisme crânien et huit ont été blessés aux bras ou aux jambes, a indiqué Mme Akuner.

Le bureau du gouverneur a indiqué qu'un manifestant et un policier avaient été hospitalisés.

Le mouvement antigouvernemental a commencé après une manifestation qui visait initialement à empêcher l'abattage d'arbres dans un parc d'Istanbul. Les manifestants accusent maintenant le premier ministre d'être de plus en plus autoritaire et de vouloir imposer un mode de vie religieux et conservateur dans un pays laïque. Les manifestations se sont propagées dans 78 villes en 12 jours.

Plus tôt mardi, plusieurs manifestants de la place Taksim s'étaient enfuis vers le parc Gezi situé à proximité, où des centaines de personnes campent pour empêcher l'abattage d'arbres. Alors que la police avançait vers la place, des bouteurs ont commencé à détruire les barricades et les abris de fortune des manifestants.

Au même moment, le premier ministre Erdogan, qui se trouvait à Ankara, a clairement laissé entendre qu'il n'avait plus de patience face aux manifestants.

«À ceux qui (...) se trouvent à Taksim et ailleurs pour participer aux manifestations avec des sentiments sincères, je vous demande de quitter ces endroits et de mettre fin à ces incidents, et je vous envoie mon amour. Mais à ceux qui veulent poursuivre ces incidents, je dis: "C'est terminé". À partir de maintenant, nous n'aurons plus de tolérance pour eux», a-t-il déclaré.

«Non seulement nous mettrons fin à ces actions, nous serons aussi à la gorge des provocateurs et des terroristes, et personne n'y échappera», a-t-il ajouté.

M. Erdogan a fait cette déclaration peu avant sa rencontre avec le président du pays, Abdullah Gul, pour discuter des manifestations. Il s'agit de la première réunion entre les deux hommes depuis le début du mouvement antigouvernemental. Contrairement au premier ministre, le président a défendu le droit des citoyens de manifester.

M. Erdogan a appelé ses partisans à se réunir en grand nombre le week-end prochain à Ankara et à Istanbul.

«Nous n'allons pas tenter de dire que nous avons une meilleure image ou que nous sommes plus nombreux. Nous organisons ces manifestations pour nous assurer que la voix des masses silencieuses est entendue», a expliqué le premier ministre.

Le gouvernement avait annoncé lundi soir que M. Erdogan rencontrerait des manifestants du parc Gezi mercredi, mais que les autorités ne toléreraient plus les manifestations «illégales».

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