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11/06/2013 06:31 EDT | Actualisé 11/08/2013 05:12 EDT

Une suspension prolongée de la FSQ aurait un impact concret sur bien des gens

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MONTRÉAL - Si elle se prolonge, la suspension de la Fédération de soccer du Québec (FSQ) par l'Association canadienne de soccer (ACS) pourrait avoir des conséquences très concrètes pour des dizaines d'équipes, d'organismes et de tournois dans la province.

Le Royal de Beauport, qui a remporté le championnat canadien des clubs en senior masculin l'an dernier, en est un exemple. Non seulement une suspension prolongée de la FSQ pourrait l'empêcher de défendre son titre en octobre, mais elle pourrait aussi le forcer à annuler le match international contre la sélection nationale d'Haïti qu'il prévoit disputer à la fin juin.

L'International de soccer Jean-Yves Phaneuf de Granby, l'un des plus importants tournois au Québec, pourrait se voir privé de plusieurs équipes visiteuses, notamment de l'Ontario, si l'impasse perdure jusqu'en septembre.

Et l'Association régionale de soccer de l'Outaouais (ARSO) doit mettre un frein à ses nombreuses ententes de collaboration avec ses voisins ontariens, ce qui a comme conséquence d'affecter son fonctionnement immédiatement, au quotidien.

«Ceux qui sont les plus touchés, c'est nous. Depuis 35 ans qu'on fait des affaires avec la région d'Ottawa-Carleton, a noté Richard Gravel, le directeur général de l'ARSO. Il s'est développé une symbiose entre notre région et la leur.

«Ça affecte des ligues, des matchs, des tournois, des sélections et des ententes bipartites, comme par exemple en vue de l'organisation des Coupes du monde de soccer féminin de 2014 et 2015. Il y a un paquet d'ententes du genre qui sont en jeu. On parle de choses qui se passent à tous les jours.

«Même s'il s'agit de deux provinces, c'est seulement une rivière qui nous sépare, a fait remarquer M. Gravel. Il y a des milliers de personnes qui traversent le pont d'un côté comme de l'autre à chaque jour. C'est comme si on nous disait que demain matin, on tranchait une région en deux et que c'est fini.

«Ce n'est pas majeur, c'est énorme comme décision.»

Jean-Yves Phaneuf, le directeur d'un tournoi qu'il a fondé il y a 36 ans, a déclaré qu'il respectera la décision de la FSQ peu importe le dénouement du dossier.

«C'est encore loin, alors j'aime autant ne pas y penser, a déclaré M. Phaneuf. J'espère que ça va tourner pour le mieux, sinon ce sont les jeunes qui vont payer pour ça. Je serais la personne la plus déçue au monde si ça ne se réglait pas avant (le tournoi).

«Les enfants c'est ma vie, j'ai toujours travaillé pour eux», a affirmé cet ancien policier qui, à sa retraite, est devenu bénévole «à temps plein» pour le soccer juvénile à Granby.

Même si le Royal de Beauport risque de voir deux des faits saillants de sa saison être bousillés par une suspension prolongée de la FSQ, l'entraîneur-chef de l'équipe, Samir Ghrib, s'est dit en accord avec la décision de la Fédération d'interdire le port du turban. Selon lui, il s'agit d'une position «cohérente».

«J'espère que ça va s'arranger», a dit ce Tunisien d'origine installé à Québec «depuis 30 hivers».

«En fait, je crois que ça va se régler. Je ne peux pas croire que ça va rester comme ça.

«Mais en tant que personne qui travaille dans le sport, je considère que le terrain de soccer doit rester neutre. La religion n'a pas sa place sur les terrains de sport. C'est ma conviction profonde, a dit M. Ghrib. Le terrain ne doit pas être un lieu d'affrontement (religieux, politique ou social).»

Par contre, selon lui, la FSQ n'a pas choisi les bons arguments pour défendre sa position.

«Je ne pense pas que c'est le mandat de la FSQ de parler de la laïcité, a-t-il noté. Le débat n'a pas été orienté de la bonne façon. Au lieu d'invoquer l'argument de la sécurité, il aurait fallu dire que c'est le règlement, un point c'est tout, et un règlement est fait pour être accepté — les gens y adhèrent ou non.»

Selon la façon dont l'interprète M. Ghrib, la règle actuelle de la FIFA interdit implicitement le port du turban, mais il reconnaît que celle-ci est floue et laisse place à d'autres interprétations.

«Il y a une brèche dans les règlements de la FIFA, et avec cette brèche on en a profité pour faire accepter le voile. Et je pense qu'il y a d'autres minorités religieuses qui cherchent à rentrer dans cette brèche-là», a-t-il dit.

«Ce que je n'aime pas, c'est que ce débat-là est en train d'être récupéré politiquement. C'est carrément en train de déborder. C'est le vieux débat des accommodements raisonnables qui ressurgit d'une autre façon.

«Et moi, je suis contre ce discours culpabilisant et larmoyant que des jeunes ne pourront pas jouer. Ce sont les parents qui font le choix (de faire porter le turban ou non à leurs enfants). Ce n'est pas vrai qu'à cet âge, les jeunes choisissent leur religion.

«C'est un débat de société qui n'a pas été réglé et qui ressurgit dans la sphère sportive. J'ai été étonné que les politiciens n'aient pas réagi jusqu'à mardi.

«Les deux camps se retrouvent dans un cul-de-sac et là, on est tous en train de perdre la face», a résumé M. Ghrib.

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