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10/06/2013 04:14 EDT | Actualisé 10/08/2013 05:12 EDT

Le secrétaire général de l'OCDE reproche à ses membres d'avoir oublié le peuple

MONTRÉAL - Le secrétaire général de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) a appelé les pays membres et leurs acteurs économiques à se préoccuper davantage des populations, en leur reprochant du même souffle d'avoir négligé celles-ci au cours des dernières années.

«Ce que nous avons, c'est un nouveau paradigme, une nouvelle situation économique à la suite de la crise, où nous devons placer les populations avant tout», a lancé Angel Gurria devant les participants du Forum économique de Montréal, lundi.

«Nous avons probablement oublié qu'à la fin, tout cela concerne les gens. Nous avons oublié qu'à la fin, si cela n'aide pas les populations, ça ne vaut pas grand-chose.»

M. Gurria a livré une analyse sans complaisance sur l'état du monde, indiquant que le ratio d'inégalité entre les riches et les pauvres se situe maintenant à 9. Cela signifie que les dix pour cent les plus riches ont un revenu neuf fois plus élevé que les dix pour cent les plus pauvres, en moyenne. Or, ce ratio était de 7 il y a une génération et atteint 14 aux États-Unis, 25 dans des pays comme le Mexique et le Chili et 50 au Brésil.

«Ce ratio évolue dans la mauvaise direction, et ce, très rapidement», a déploré M. Gurria, expliquant qu'il n'y a «rien comme une bonne crise de six ans (comme celle que nous venons de vivre) pour exacerber cette tendance».

En même temps, il a fait valoir que les gouvernements avaient épuisé toute marge de manoeuvre en termes de politiques monétaire avec des taux d'intérêt frisant les zéro pour cent et avaient fait de même avec les politiques fiscales en augmentant à la limite leur niveau d'endettement pour contrer la crise.

Selon M. Gurria, les gouvernements et acteurs économiques «doivent absolument faire le douloureux exercice de repenser leurs façons de faire», sinon leurs efforts ne serviront à rien.

Pour ce faire, l'OCDE estime qu'il faut suivre quatre axes d'intervention, soit de se concentrer sur les structures socio-économiques que sont l'éducation, l'innovation et la compétitivité; investir davantage dans les programmes sociaux pour venir en aide aux quelque 14 millions de victimes de la crise dans les pays membres; adopter des pratiques plus «vertes» dans tous les domaines car l'humanité se dirige droit vers une collision irréparable avec son environnement; et enfin se concentrer sur les institutions afin de rétablir le lien de confiance brisé entre la population et ses dirigeants, ses institutions politiques, le système bancaire et autres.

Pauline Marois

La première ministre Pauline Marois, qui avait pris la parole tout juste avant M. Gurria, avait elle-même abordé la question des iniquités dans un discours où elle faisait la promotion du Québec.

«Le Québec est l'endroit en Amérique du Nord où la richesse est la mieux partagée», a-t-elle affirmé.

À l'issue de la rencontre, Mme Marois a soutenu que le Québec, lui, n'avait pas oublié sa population.

«Au Québec, il me semble que ce que nous faisons c'est au contraire d'essayer justement de se préoccuper des gens de toutes les façons possibles pour qu'il y ait une meilleure qualité de vie.»

La première ministre a avancé que les politiques familiales qu'elle avait elle-même amorcées et qui ont été poursuivies par le gouvernement Charest sont enviées partout et ont amené une qualité de vie chez les familles parmi les meilleures au monde.

«C'est au Québec où l'on a le moins d'inégalités et, donc, que la lutte contre la pauvreté a eu le plus d'impact», a-t-elle conclu.

Devant l'auditoire international du Forum, Mme Marois a fait valoir plusieurs arguments en faveur du Québec, invitant les décideurs étrangers à venir s'y installer et à y faire des affaires.

Elle a notamment répété que le Québec demeurait fermement opposé au protectionnisme et en faveur d'un traité de libre-échange avec l'Europe. En point de presse par la suite, toutefois, elle a réitéré l'appui inconditionnel de son gouvernement en faveur du système de gestion de l'offre en agriculture, qui demeure un des principaux points de litige dans les négociations avec l'Union européenne.

«Nous restons derrière le système de gestion de l'offre. La plupart des pays européens ont des mesures de protection de leur agriculture. (...) Cela a permis à une classe agricole de vivre convenablement de sa production et je crois qu'on a tout intérêt à travers le monde à s'assurer que la classe agricole va être en bonne santé et c'est le cas au Québec», a dit la première ministre.

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