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« Les barrières sont tombées » - Claire Williams

08/06/2013 12:27 EDT | Actualisé 08/08/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Une première femme à la tête d'une écurie de Formule 1, une autre directrice générale adjointe et une troisième dans le cockpit comme pilote de développement. Un boys club, la Formule 1? Plus maintenant...

« Notre présence est signe que des barrières sont tombées. Mais il y a tellement de femmes à la tête de compagnies dans le monde. Des femmes dirigent des pays depuis des années. Ce n'est rien de nouveau », note Claire Williams, numéro deux de l'écurie Williams.

Rien de nouveau, certes. Sauf en Formule 1, où il a fallu attendre la saison 2013 pour voir une écurie menée par une femme. L'heureuse élue : Monisha Kaltenborn, nommée patronne de Sauber l'automne dernier, à 41 ans.

« Il y a toujours eu des femmes en F1. Elles avaient simplement des emplois moins en vue. Maintenant, nous occupons des positions que le monde entier est en mesure d'observer », fait valoir Mme Kaltenborn.

Question de performance

Selon elles, le fait d'être une femme ne les a ni avantagées ni ralenties.

« Ce n'est pas une question de genre, tranche Mme Williams. Suis-je capable de faire le travail? C'est la seule question qui compte. Tout le monde doit se prouver, n'est-ce pas? Je ne pense pas à avoir eu à me prouver plus qu'un homme. »

Même réalité dans le cockpit, à en croire Susie Wolff, pilote de développement chez Williams. « La F1, c'est un sport de haute performance, rappelle-t-elle. Sur la piste, comme dans le paddock, tu occupes un poste clé seulement si tu es suffisamment qualifié. Si tu ne l'es pas, ça paraît rapidement et tu te fais sortir tout aussi rapidement. »

La Britannique de 30 ans, pilote DTM de 2006 à 2012, compte mettre la main sur sa super-licence FIA pour ensuite obtenir un volant dans la meilleure série automobile au monde. Cinq femmes ont réussi cet exploit avant elle. La dernière, Giovanna Amati, n'a jamais franchi les qualifications en trois essais en 1992.

Aucun sexisme?

Comme Claire Williams et Monisha Kaltenborn, Susie Wolff affirme n'avoir jamais été victime de sexisme.

« J'ai grandi dans le monde du sport automobile, que je pratique depuis l'âge de 8 ans. Je cultive les mêmes rêves et aspirations que les autres pilotes. Je ne me suis jamais vue comme différente. »

Sauf que pour un pilote masculin, Bernie Ecclestone ne se permettrait probablement pas les commentaires qu'il a tenus à son endroit.

« Si Susie est aussi bonne en piste qu'elle est belle, elle sera un atout important pour n'importe quelle équipe », avait déclaré le grand manitou de la F1 après l'embauche de la Britannique par Williams.

Chez les pilotes, la présence féminine en piste ne fait pas l'unanimité. Pour un Jenson Button, qui affirme n'avoir jamais réfléchi à la question, on trouve un Mark Webber aux opinions bien arrêtées.

« Serena Williams n'affronte pas Roger Federer, plaide le pilote Red Bull. Rares sont les sports qui opposent hommes et femmes. Nous sommes faits différemment, voilà tout. Je ne vois pas pourquoi on revient toujours avec ces questions. »

« Serena Williams, physiquement, ne peut frapper la balle aussi fort que Roger Federer parce que sa masse musculaire est 30% moins imposante, rétorque Mme Wolff. Dans une voiture, c'est différent. Tout le monde a droit à son opinion, mais je ne serais pas ici si je ne croyais pas que c'est possible pour une femme de courir aux côtés des hommes. »

Elle se cite en exemple pour répliquer à Webber. « J'ai eu du succès dans ma carrière, sinon je ne me serais pas rendu si loin. »

Papa ne voulait pas

Les deux autres visages féminins du grand cirque ont eux aussi défriché leur propre chemin.

Claire Williams est peut-être la fille du patron et fondateur de l'écurie qui porte son nom, mais elle a dû commencer au bas de l'échelle. Embauchée comme agent de communication en 2002, elle a occupé ce poste jusqu'en 2010 avant d'obtenir sa première promotion en tant que directrice des communications. Depuis ce temps, son titre a gagné en importance chaque année.

« C'est important pour moi de savoir que ce sont d'autres membres du conseil d'administration que mon père qui voulaient que j'aie l'emploi que j'occupe. Mon père, en fait, n'a jamais été le premier à faire ma promotion chez Williams, au contraire. »

Son père s'est montré réticent à son embauche chez Williams ainsi qu'à sa nomination en tant que directrice générale adjointe, cette saison. Mais il s'agissait d'un cheminement naturel pour celle qui a toujours traîné dans les paddocks et qui, enfant, « faisait du thé pour l'équipe ».

Monisha Kaltenborn, elle, a abouti en F1 par hasard, au détour d'une carrière d'avocate.

Sans le formuler ainsi, les trois sentent qu'elles jouent un rôle d'ambassadrice.

« La présence de femmes, c'est bien pour le sport, de l'intérieur, estime Claire Williams. Mais également, peut-être pourrons-nous encourager des petites filles à faire carrière en F1. »

Et tranquillement, les mentalités changeront.

À propos des femmes au physique avantageux, souvent utilisées pour les activités promotionnelles en marge des Grands Prix ou même sur la grille de départ :

« Ça fait partie de l'image de notre sport, conclut Mme Kaltenborn. Les femmes qui sont là sont libres d'occuper l'emploi qu'elles désirent. »

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