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Mort d'un militant antifasciste: la France veut sévir contre l'extrême droite

07/06/2013 08:01 EDT | Actualisé 07/08/2013 05:12 EDT

PARIS - Les groupes d'extrême droite ont opéré dans l'ombre pendant des années en France, mais ils sont de plus en plus visibles sur la place publique.

Depuis la mort d'un jeune universitaire cette semaine après une bagarre entre des skinheads et des militants d'extrême gauche, le gouvernement français a annoncé son intention d'interdire les groupes d'extrême droite, une tâche difficile compte tenu de la nature complexe du noyau dur de la droite.

Cinq personnes liées à des groupes d'extrême droite étaient toujours interrogées vendredi en lien avec la mort de l'étudiant à Paris, selon le bureau du procureur. Huit personnes avaient initialement été arrêtées.

Une autopsie a été réalisée vendredi sur le corps de Clément Méric, 19 ans, qui étudiait à l'Institut d'études politiques de Paris, l'un des établissements universitaires les plus prestigieux de France. Il a succombé à ses blessures à l'hôpital après la bagarre de mercredi.

Les enquêteurs tentent de déterminer si le suspect qui aurait infligé le coup fatal était membre des Jeunesses nationalistes révolutionnaires, un groupe d'extrême droite violent dirigé par l'extrémiste Serge Ayoub, ou d'un autre groupe semblable.

Lors d'une entrevue sur la chaîne BFM-TV, Serge Ayoub, un ancien skinhead, a nié que les personnes impliquées dans la bagarre faisaient partie de son organisation, mais a admis que ces personnes l'avaient contacté après l'incident pour lui demander des conseils.

«Ils ont paniqué. Bien entendu, ils regrettent», a-t-il dit.

Des chaînes de télévision françaises l'ont ensuite montré à sa sortie d'un commissariat de police, où il aurait été interrogé en tant que témoin de l'incident à cause des liens entre son groupe et certaines des personnes arrêtées.

La cause de la bagarre n'est pas très claire. Mais la mort de Cédric Méric a provoqué une vague d'indignation, d'accusations entre politiciens et d'appels à l'interdiction des groupes d'extrême droite.

Les organisations d'extrême droite ont récemment attiré l'attention dans plusieurs pays européens, notamment en Grèce, où le parti Aube dorée, critiqué pour son penchant néo-nazi et ses actes de violence contre des immigrants, détient des sièges au Parlement.

Le principal parti d'extrême droite en France, le Front national, a exclu les extrémistes violents de ses rangs, mais s'inquiète de la multiplication des mouvements extrémistes indépendants.

Le gouvernement «fera tout ce qu'il peut pour dissoudre ces groupes», a déclaré le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, en précisant qu'il fallait du temps pour établir les faits et récolter des preuves.

Nicolas Lebourg, un expert de l'extrême droite à l'Université de Perpignan, souligne que la structure de ces groupes complique la situation.

«Les mouvements sont subdivisés en plusieurs autres mouvements. Cela leur permet d'éviter leur dissolution par le gouvernement», a-t-il dit lors d'une entrevue téléphonique.

L'extrême droite était une importante force politique en France dans les années 1930 et formait de véritables milices armées.

Des groupuscules se sont fait remarquer pour leurs actes violents il y a une vingtaine d'années. Ils sont presque disparus du paysage jusqu'à ce que le Front national entame une purge contre les extrémistes, dans le cadre du changement d'image du parti sous la gouverne de Marine Le Pen.

«Le Front national accueillait autrefois tout le monde», souligne M. Lebourg. Mais en tentant de se créer une image plus acceptable au yeux des électeurs, le parti a expulsé les militants les plus radicaux. Le nombre de groupuscules s'est mis à augmenter et ces groupes se sont radicalisés, affirme l'expert.

Au cours des derniers mois, les groupes d'extrême droite sont devenus plus visibles dans le cadre des manifestations contre le mariage homosexuel en France, qui a été légalisé en mai.

M. Lebourg estime qu'il y a environ 3000 militants d'extrême droite en France.

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