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Me Bertrand implique lourdement le notaire Gauthier

07/06/2013 03:48 EDT | Actualisé 06/08/2013 05:12 EDT
Capture d'écran

EN DIRECT - Le représentant officiel du parti du maire Gilles Vaillancourt a insisté lourdement sur l'importance du notaire Jean Gauthier dans la gestion des fonds occultes du PRO des Lavallois. Me Jean Bertrand, qui vient de terminer son témoignage, a dit avoir agi à plusieurs reprises comme collecteur de fonds pour le notaire Gauthier et avoir par ailleurs bénéficié, par deux fois, des largesses du PRO pour son travail de bénévole, grâce encore à ce même notaire réputé proche du maire déchu.

Un texte de Bernard Leduc

Lire aussi : La version des faits de Jean Gauthier

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Me Bertrand soutient que lors d'une de ses dernières conversations avec Jean Gauthier, le 13 décembre 2012, soit le jour même où il a reçu un subpoena de la commission Charbonneau, il lui a dit qu'il entendait tout dévoiler.

« J'ai dit à Me Gauthier que j'étais pour dire toute la vérité et il m'a dit : ''t'es pas obligé de toute la dire'' », a soutenu me Bertrand, qui a ajouté, peu après : « mais c'est peut-être un réflexe, ça veut pas rien dire d'après moi ... ».

Me Bertrand, collecteur pour le notaire Gauthier

Me Bertrand soutient avoir été à été chercher une dizaine de fois des enveloppes d'argent d'ingénieurs entre 2005 et 2010 pour le financement occulte du PRO des Lavallois, chaque fois à la demande du notaire Jean Gauthier.

La première fois, en 2005, M. Gauthier l'appelle et lui dit qu'un ingénieur le contacterait pour lui remettre de l'argent. C'est alors Marc Gendron qui l'appelle et lui donne sa contribution pour le parti que Me Bertrand remet alors au notaire.

En 2006, il rend un service similaire à Jean Gauthier et se rend cette fois rencontrer Roger Desbois, successeur avoué de M. Gendron chez Tecsult pour la collecte de la ristourne de 2 % auprès des entrepreneurs collusionnaires.

Il dit avoir rendu par la suite ce même service à M. Gauthier, en 2007 et 2008, auprès de Louis Farley de Cima+ et Yanick Bouchard de Genivar et dans un de ces cas, avoir pris de l'argent d'une des enveloppes pour financer le système de prête-noms. À partir de 2009, Me Bertrand se rendra désormais voir Me Pierre Lambert, à la demande du notaire Gauthier, pour recevoir de l'argent comptant.

Me Bertrand ignore ce que faisait le notaire de cet argent qu'il lui remettait.

« Je n'étais pas le collecteur des ingénieurs », soutient Me Betrand qui insiste sur le caractère ponctuel de ces gestes.

Selon Roger Desbois, le notaire Jean Gauthier, proche du maire, jouait auprès des firmes ce même rôle de collecteur de fonds qu'il jouait auprès des entrepreneurs.

Des avantages financiers d'être bénévole

Me Jean Bertand soutient avoir été payé 40 000 $ en argent comptant pour organiser l'élection de 2009. Il avait déjà fait bénévolement celle de 2005, mais ne voulait pas faire cette dernière, en raison de la lourdeur de la tâche. Il accepte finalement après avoir échoué à se trouver un successeur. Le maire Gilles Vaillancourt lui suggère de demander 100 000 $ pour ce travail, mais il trouve le montant excessif et s'entend pour 40 000 $ avec le notaire Jean Gauthier.

Il se paiera lui-même une première tranche de 20 000 $ fin 2009 à même sa malette qui contient l'argent liquide fourni par M. Gauthier. La seconde tranche lui sera remise par Me Pierre Lambert en 2010. Il admet qu'il aurait pu être payé légalement, mais a préféré de l'argent comptant par « cupidité » et appât du gain ».

Me Jean Bertrand a aussi expliqué que le notaire Jean Gauthier aurait payé pour la réfection de l'escalier intérieur de son bureau d'avocat en 2004-2005. Selon Me Bertrand, le notaire Gauthier, mis au courant qu'il voulait faire ces travaux lui aurait dit : « je vais te le payer », faisant valoir son bon travail de bénévole pour le parti. Les travaux ont bel et bien été faits par l'entrepreneur Jacques Cloutier, mais il en ignore le montant, n'ayant jamais vu la facture. M. Gauthier lui a simplement dit : « ça a coûté cher ».

Me Bertrand dit n'avoir jamais parlé au maire de l'entente de 40 000 $ avec M. Gauthier mais estime qu'il devait savoir.

Me Betrand au coeur du système de prête-noms du PRO

Le témoignage de l'ancien représentant officiel du défunt PRO des Lavallois Jean Bertrand, dont les allégations ont précipité la mise sous tutelle de la Ville de Laval,se poursuit lundi à la commission Charbonneau. Il sera suivi à la barre par des conseillers municipaux de Laval.

Le témoignage de M. Bertrand a débuté après 10 h. La commission a d'abord tenu un débat sur une requête en non-publication déposée par le Directeur des poursuites criminelles et pénales concernant le témoignage de l'entrepreneur Ronnie Mergl. Ce débat, qui implique les avocats des médias, n'a pas diffusé à la télévision, puisqu'il est lui-même frappé d'une ordonnance de non-publication.

Avant que la commission ne fasse relâche le 30 mai dernier, Me Jean Bertrand a reconnu avoir joué un rôle clé dans un système de prête-noms qui impliquait la quasi-totalité des conseillers élus sous la bannière du PRO depuis 1997, dont l'actuel maire Alexandre Duplessis et l'ensemble de son comité exécutif. M. Duplessis a réfuté les allégations à son endroit, sans plus d'explications.

Me Bertrand soutient avoir remis, au fil des ans, des centaines de milliers de dollars à des conseillers qui, en retour, faisaient des chèques à l'ordre du parti de Gilles Vaillancourt ou recouraient à des proches pour le faire. L'argent utilisé pour financer ce système provenait du notaire Jean Gauthier, proche du maire, qui l'obtenait de firmes de génie-conseil actives à Laval.

Me Bertrand soutient les avoir tous avertis du caractère illégal de leur acte. Un seul conseiller, année après année, a refusé de jouer le jeu : Robert Laplante. Deux conseillères, élues pour la première fois en 2009, n'y seront tout simplement pas introduites. À noter que l'ex-maire Gilles Vaillancourt, lui, n'a jamais eu recours à ce système, mais il en connaissait bien l'existence.

Selon Me Bertrand, ce système de prête-noms avait été implanté au parti bien avant qu'il ne s'en occupe. L'ancien agent officiel du PRO a raconté en avoir appris l'existence en 1995 lors d'une réunion avec le notaire Jean Gauthier et l'entrepreneur Jean-Louis Lesaux, très influent au parti, où il a été décidé qu'il le prendrait désormais en charge.

« Ils m'ont dit : tu vas continuer à le faire avec les conseillers, parce que les conseillers veulent continuer à faire ça », a soutenu Me Bertrand à la commission.

C'est alors que le notaire Gauthier lui apprend que l'argent vient des ingénieurs, qui souhaitent ainsi donner au PRO sans eux-mêmes faire du prête-nom, par crainte de se faire pincer.

Me Gauthier, qui devrait témoigner sous peu à la commission Charbonneau, a rejeté les allégations de Me Bertrand à un journaliste de l'émission Enquête, il y a quelques jours.

Me Bertrand contredit par Enquête

Celui qui, en tant que représentant officiel, contrôlait la caisse du parti, a d'autre part défendu la légalité des autres modes de financement du PRO et soutenu notamment n'avoir jamais été témoin de cas de prête-noms lors de cocktails-bénéfices pour le parti. Le reportage d'Enquête diffusé le 6 décembre dernier fait cependant résonner un autre son de cloche.

Grâce au témoignage d'un prête-nom repentant, Radio-Canada a appris que Me Bertrand avait sollicité un entrepreneur vivant hors de Laval pour un cocktail-bénéfice en 2009, lui indiquant dans une lettre de passer par un résident de Laval pour faire sa contribution.

Me Bertrand a alors refusé de commenter ce cas avec l'équipe d'Enquête, en plus de nier avoir utilisé des élus comme prête-noms - ce qu'il reconnaît maintenant.

« Je n'ai jamais parlé d'argent avec M. Vaillancourt 

Dès son arrivée à la barre des témoins le jeudi 30 mai, celui qui était depuis 1984 agent officiel du PRO a démenti avoir été un intime du maire.

Il soutient ne l'avoir rencontré que pour lui présenter les états financiers, et encore, seulement lors des premières années de Gilles Vaillancourt à la mairie. L'ex-maire, dit-il, ne s'occupait pas du financement du parti.

Il soutient n'avoir jamais été payé pour son travail d'agent officiel du PRO des Lavallois, sauf en 2009.

 Me Bertrand est au nombre des 37 personnes arrêtées par l'UPAC le 9 mai dernier. Il est accusé de complot pour corruption, de fraude envers le gouvernement, d'abus de confiance, d'acte de corruption dans les affaires municipales, de recyclage des produits de la criminalité et de possession de biens criminellement obtenus.