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Erdogan attendu de pied ferme par les manifestants en Turquie

06/06/2013 06:47 EDT | Actualisé 06/08/2013 05:12 EDT
AP

Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan doit rentrer jeudi en Turquie après trois jours de visite au Maghreb, attendu de pied ferme par des dizaines de milliers de manifestants qui exigent toujours sa démission au septième jour de leur mouvement.

De retour de Tunis, le chef du gouvernement islamo-conservateur retrouve son pays toujours en pleine agitation, au lendemain d'une journée de forte mobilisation syndicale et de nouveaux affrontements entre la police et les contestataires à Ankara.

Depuis le début vendredi de la fronde sans précédent qui le vise, M. Erdogan a affiché, à l'inverse du président Abdullah Gül et du numéro 2 de son gouvernement Bülent Arinç, une fermeté sans faille face aux "extrémistes" qui lui reprochent sa dérive autoritaire et l'accusent de vouloir islamiser la société turque.

En visite lundi à Rabat, le premier ministre avait défié les manifestants en affirmant que la crise était "en train de se calmer". "A mon retour de cette visite, les problèmes seront réglés", avait-il lancé, provocateur.

Mais mercredi encore, des dizaines de milliers de personnes ont défilé dans les rues des grandes villes du pays à l'appel de deux puissantes centrales syndicales de gauche, notamment à Istanbul et Ankara, pour exiger la démission de M. Erdogan.

Et dans la capitale turque, la police a fait une nouvelle fois usage de gaz lacrymogènes et de canons à eau mercredi pour disperser des milliers de manifestants.

Aucun incident violent n'a par contre été signalé dans la nuit à Istanbul, pour la première fois depuis le début de la contestation née du refus d'un projet d'aménagement urbain de la place Taksim, au coeur de la mégapole turque.

Des incidents ont été signalés mercredi à Rize, une localité des bords de la mer Noire (nord-est), entre des contestataires et des partisans du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002. Selon la chaîne de télévision CNN Türk, des centaines de personnes s'en sont pris à un groupe de 25 jeunes qui préparait une manifestation contre le gouvernement.

Les défenseurs de M. Erdogan sont jusque-là restés discrets mais le premier ministre s'est targué à plusieurs reprises du soutien d'une large partie de la population --l'AKP a rallié 50% des suffrages lors des élections générales de 2011-- et donné rendez-vous à ses adversaires aux élections locales de 2014 pour exprimer leurs doléances.

Exigences

Pour éviter une confrontation, le vice-premier ministre Huseyin Celik a exhorté mercredi les partisans de l'AKP à ne pas accueillir leur champion à l'aéroport, probablement celui d'Istanbul, à son retour de Tunisie vendredi soir. "Le premier ministre n'a pas besoin de faire étalage de sa puissance", a dit M. Celik.

Samedi, M. Erdogan lui-même avait pourtant envisagé ce scénario. "S'ils veulent organiser des rassemblements, si c'est un mouvement social, eh bien quand ils réuniront 20 personnes, j'en réunirai 200.000", avait-il prévenu, "et quand ils seront 100.000, je mobiliserai un million de membres de mon parti".

Malgré le discours conciliant tenu depuis deux jours, en l'absence de M. Erdogan, du vice-premier ministre Bülent Arinç, les manifestants sont restés très déterminés.

Mercredi, une délégation de représentants de la contestation a remis à M. Arinç une liste d'exigences, parmi lesquelles le renvoi des chefs de la police de plusieurs grandes villes, dont Istanbul et Ankara ou la remise en liberté des personnes interpellées.

Mardi, M. Arinç avait présenté ses excuses aux victimes de violences policières et assuré que le gouvernement avait retenu les "leçons" des événements.

Deux personnes, des manifestants, ont été tués depuis le début du mouvement et 4 177 autres blessés, dont 61 très gravement, dans le pays, a rapporté mercredi soir le secrétaire général du syndicat des médecins d'Istanbul, Ali Cerkezoglu. Le dernier bilan des autorités faisait état de "plus de 300" blessés à peine.

L'usage jugé excessif de la force par la police turque a continué à susciter de nombreuses critiques, notamment à l'étranger.

Piqué au vif, le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a assuré mardi soir à son homologue américain John Kerry que son pays n'était pas "une démocratie de seconde zone", selon un diplomate turc.

Deux grandes voix turques sont montées au créneau contre le pouvoir. Le prix Nobel de littérature 2006 Ohran Pamuk, pour dénoncer son attitude "répressive". Et le pianiste Fazil Say, récemment condamné à dix mois de prison pour des "tweets" moquant la religion musulmane, qui s'est joint à un "concert" de casseroles à Izmir (sud).

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