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Le syndicat de la SRC dénonce la nouvelle appellation «Ici» du diffuseur public

06/06/2013 03:28 EDT | Actualisé 06/08/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - La Société Radio-Canada a tenté de calmer la grogne grandissante soulevée par ses efforts de redéfinition de son image de marque à la suite de plaintes provenant de l'ensemble de son organisation.

Radio-Canada a publié un communiqué, jeudi après-midi, après avoir reçu des plaintes de la part du cabinet fédéral, mais également de ses propres employés, alors que l'un des syndicats de la SRC a condamné le geste qui a également provoqué une série de réactions en ligne portant au ridicule.

Le diffuseur a notamment insisté sur le fait que sa célèbre identité demeurerait bien en vue.

Dans un communiqué, le vice-président principal de Radio-Canada, Louis Lalande, a invoqué l'«univers médiatique en pleine transformation», la prolifération des chaînes spécialisées et la place occupée par le web et le web mobile au sein de cette modification.

M. Lalande affirme lui aussi que l'adoption d'«Ici» comme identité de marque et comme «dénominateur commun» à toutes les plateformes de Radio-Canada «s'impose pour assurer la place du diffuseur public et des contenus qui le distinguent».

Pas question, cependant, précise M. Lalande, de faire disparaître la molécule rouge associée depuis des lustres à Radio-Canada, «l'un des symboles les plus universellement reconnus au pays».

«J'ai la conviction qu'au fur et à mesure où elle se concrétisera à la télé, à la radio et sur le web, il ne subsistera aucun doute dans l'esprit des francophones d'un bout à l'autre du pays: Ici, c'est Ici Radio-Canada.»

Plus tôt jeudi, Guylaine Bergeron, directrice des communications et image de Radio-Canada, avait assuré sur les ondes du diffuseur que la marque «Radio-Canada» allait demeurer. Elle a nuancé en mentionnant que le «Ici» agira comme un «dénominateur commun» pour faire en sorte de ne plus semer le doute dans le public et unir, en quelque sorte, toutes les chaînes de radios, télévisions et sites Web à Radio-Canada.

L'opération de marketing a par ailleurs provoqué une importante confusion. Les employés de la SRC n'ont pas échappé à la vague d'incompréhension.

La veille, la chaîne d'information continue RDI affichait le bandeau «Bye Bye Radio-Canada».

Également jeudi, le Syndicat des communications de Radio-Canada n'avait pas caché son mécontentement devant l'initiative du diffuse. Avec son «Ici», selon le syndicat, Radio-Canada ne fera au contraire qu'entretenir plus de confusion chez le public. Aussi, il a demandé l'abandon immédiat de ce qu'il présente comme une opération coûteuse et inutile.

Alors que la société d'État fait face à des compressions budgétaires qui risquent de se traduire par des réductions de postes, le syndicat s'oppose fermement à cette dépense de 400 000 $ pour un changement d'appellation jugé «malvenu» et «inapproprié».

Les plaintes concernant le changement d'appellation sont aussi venues des échelons supérieurs de la société d'État. Le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, s'est mêlé au dossier à la Chambre des communes, jeudi, affirmant avoir discuté de la question avec le président de la SRC, Hubert Lacroix.

Il a ajouté que les Canadiens financeront leur diffuseur dans la mesure où il demeure canadien, dans les deux langues officielles.

Selon le ministre Moore, la loi encadrant le fonctionnement de la société d'État est d'ailleurs claire en ce sens, puisqu'elle indique que le diffuseur public s'appelle Société Radio-Canada en français et Canadian Broadcasting Corporation en anglais.

Le ministre d'État pour les Petites entreprises et au Tourisme, Maxime Bernier, a émis une opinion similaire, se disant même «insulté et outragé» par la décision «unilatérale» de Radio-Canada.

«La Société relève du gouvernement du Canada et son nom est inscrit dans la législation — dans la législation canadienne [...] et j'espère bien que les gens à Radio-Canada vont réviser leur décision», a-t-il déclaré lors d'un bref point de presse à la suite de la période de questions.

Les partis d'opposition ont aussi manifesté leur opposition.

Aux dires du député libéral québécois Marc Garneau, les gens seront nombreux à s'opposer au changement de nom de la société d'État, mais comme le diffuseur public jouit d'une certaine indépendance par rapport au gouvernement, rien ne l'empêche d'aller de l'avant.

M. Garneau dit toutefois préférer que le nom demeure identique, une position partagée par Pierre Nantel, porte-parole néo-démocrate en matière de patrimoine.

M. Nantel met par ailleurs en garde les conservateurs de ne pas profiter du changement d'identité et des critiques qui en découlent pour tirer avantage de la situation et menacer de réduire le financement public.

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