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Le premier ministre turc adopte un ton plus modéré face aux manifestants

06/06/2013 07:27 EDT | Actualisé 06/08/2013 05:12 EDT

ANKARA, Turquie - Le premier ministre turc a adopté, jeudi, un ton moins agressif face aux manifestants qui dénoncent son gouvernement, tout en affirmant qu'il irait de l'avant avec le projet de restauration d'une place d'Istanbul qui a provoqué des manifestations dans tout le pays depuis une semaine.

Lors d'une conférence de presse en Tunisie, dernière étape de sa tournée de quatre jours en Afrique du Nord, Recep Tayyip Erdogan a admis que certains citoyens s'étaient joints aux manifestations pour d'autres raisons que la protection de l'environnement, mais a insisté pour dire que des groupes terroristes étaient impliqués dans le mouvement.

Les commentaires du premier ministre ne semblent toutefois pas avoir apaisé les manifestants. Des milliers de personnes étaient réunies jeudi sur la place Taksim d'Istanbul pour la sixième journée consécutive, tandis que 10 000 manifestants se sont rassemblées dans une rue très fréquentée d'Ankara, la capitale.

La contestation n'a apparemment pas érodé la base d'appuis du premier ministre. À son retour à Istanbul, jeudi soir, il a été accueilli à l'aéroport par des milliers de partisans qui scandaient «Nous sommes avec vous!», dans la première manifestation populaire d'appui à M. Erdogan depuis le début de la crise.

Des dizaines de milliers de citoyens sont descendus dans les rues de plusieurs villes de Turquie au cours des derniers jours, après que la police eut violemment réprimé des manifestants qui campaient sur la place Taksim d'Istanbul pour s'opposer à l'abattage d'arbres dans le cadre d'un projet de restauration. Les manifestations se sont rapidement transformées en déversement de colère contre le premier ministre, jugé de plus en plus autoritaire et incapable de faire des compromis.

Le mécontentement populaire s'est également dirigé vers la police pour son usage répété de gaz lacrymogènes et de canons à eau. Des groupes de défense des droits de la personne ont affirmé que des milliers de personnes avaient été blessées à travers le pays au cours des derniers jours.

En Tunisie, M. Erdogan a déclaré qu'il avait «de l'amour et du respect» pour les manifestants qui défendent l'environnement.

«Mais comme je l'ai dit plus tôt, certains terroristes sont impliqués», a-t-il déclaré, en affirmant qu'un groupe d'extrême gauche tenu responsable de l'attentat-suicide de février devant l'ambassade des États-Unis à Ankara était lié au mouvement de protestation.

«Ils sont impliqués. Ils ont été attrapés dans les rues et sur les médias sociaux», a-t-il dit.

M. Erdogan a déclaré que son gouvernement s'était déjà excusé pour la répression policière sur la place Taksim, tout en soulignant que les gaz lacrymogènes étaient utilisés partout dans le monde pour disperser les manifestations.

«Les demandes ne peuvent être satisfaites par des moyens illégaux», a-t-il poursuivi. Le premier ministre fait valoir que la démocratie ne s'exprime que par le biais des urnes, associant les manifestants à des extrémistes.

Il a également annoncé que le gouvernement n'annulerait pas ses projets de restauration du centre d'Istanbul, affirmant que cela améliorerait l'image de la ville. Le projet comprend la plantation d'autres arbres et la construction d'un théâtre et d'un opéra, a-t-il dit. Il avait précédemment affirmé que le projet prévoyait la construction d'un centre commercial.

Certains manifestants de la place Taksim se sont montrés sceptiques face à ce ton apaisé.

«Je ne crois pas à sa sincérité», a déclaré un manifestant, Hazer Berk Buyukturca.

Par ailleurs, un policier turc a fait une chute mortelle jeudi alors qu'il tentait de réprimer un rassemblement dans le sud du pays, portant à trois morts le bilan des manifestations antigouvernementales qui ont touché environ 70 villes turques depuis une semaine.

Le policier est mort à l'hôpital après être tombé dans un passage souterrain en construction dans la ville d'Adana, sur la côte méditerranéenne, a précisé le gouverneur Huseyin Avi Cos.

Deux autres personnes ont perdu la vie depuis le début des manifestations, vendredi. Une autre est maintenue en vie artificiellement à l'hôpital.

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