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Turquie : les excuses d'Ankara n'apaisent pas les tensions

05/06/2013 08:07 EDT | Actualisé 05/08/2013 05:12 EDT

Des dizaines de milliers de personnes ont répondu à l'appel des syndicats turcs, se joignant aux manifestants qui réclament depuis six jours la démission du premier ministre Recep Tayyip Erdogan.

La Confédération des syndicats du secteur public (KESK) et la Confédération syndicale des ouvriers révolutionnaires (DISK) ont organisé des défilés à Istanbul et à Ankara. Dans la capitale, la police a tiré des grenades lacrymogènes et fait usage d'un canon à eau pour disperser les manifestants.

Les excuses présentées mardi par le gouvernement aux victimes de brutalité policière ne semblent donc pas avoir calmé le mécontentement.

Des contestataires ont soumis mercredi une liste de demandes au vice-premier ministre, Bülent Arinç. Ils exigent que les chefs de la police responsables de la répression soient remplacés.

Ils réclament également la libération des manifestants incarcérés, l'abandon du projet d'aménagement de la place Taksim qui a mis le feu aux poudres, l'interdiction des gaz lacrymogènes et la levée des restrictions sur la liberté de parole et de rassemblement.

Mercredi matin, 25 personnes ont été arrêtées pour avoir appelé à des manifestations sur le réseau social Twitter. De plus en plus de Turcs se tourneraient vers les réseaux sociaux pour s'informer, reprochant aux principaux médias turcs une couverture déformée des événements des derniers jours. Une grande manifestation a eu lieu devant le siège d'une chaîne de télévision à Istanbul.

Dans la soirée, un groupe d'une trentaine de personnes se qualifiant de « musulmans anticapitalistes » a été ovationné par les manifestants du parc Gezi à Istanbul après avoir lu des versets du Coran à l'occasion d'une fête religieuse et avoir conspué le gouvernement turc.

Une jeune femme voilée a lu quelques versets, en arabe puis en turc, pour célébrer la nuit sacrée du Miradj, qui marque selon la tradition musulmane le voyage céleste du prophète Mahomet.

De son côté, l'écrivain turc Orhan Pamuk, prix Nobel de littérature en 2006, a dénoncé l'attitude « répressive » du gouvernement islamo-conservateur turc et rendu hommage aux manifestants stambouliotes, dans un texte publié mercredi par le quotidien Hürriyet.

Le premier ministre Erdogan, qui doit revenir jeudi soir d'un voyage officiel au Maghreb, a refusé de voir le début d'une crise sociale à la manière du « printemps arabe » et a estimé que les troubles commençaient déjà à s'estomper. Il a ajouté que les Turcs jugeraient le gouvernement lors des prochaines élections, en 2014.

Le vice-président des États-Unis, Joe Biden, a demandé mardi au gouvernement turc de respecter les droits des manifestants. « L'avenir de la Turquie appartient au peuple turc et à personne d'autre », a-t-il dit devant une organisation de défense des relations commerciales américano-turques.

Des dizaines de milliers de Turcs participent depuis six jours à de vastes manifestations, dans plusieurs villes du pays, contre le gouvernement. Deux personnes sont mortes et plus de 2800 ont été blessées depuis le début de la contestation, selon des ONG de défense des droits de l'homme.

Si à l'origine, les manifestations visaient à sauver un parc d'Istanbul menacé par un projet d'urbanisme qui prévoyait l'abattage de centaines d'arbres, devant la force de la répression policière, la protestation s'est changée en un mouvement de rejet du gouvernement qui s'étend maintenant à plusieurs villes du pays.

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