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Gaudreault doit défendre la nomination de l'administrateur de la tutelle à Laval

05/06/2013 04:29 EDT | Actualisé 05/08/2013 05:12 EDT

QUÉBEC - Le ministre des Affaires municipales et des Transports, Sylvain Gaudreault, a défendu la nomination de l'administrateur chargé de la tutelle de Laval, Florent Gagné, qui avait pourtant été la cible de critiques de la part du Parti québécois parce qu'un rapport exposant un cas de collusion, dans l'attribution d'un contrat de déneigement, n'avait pas été transmis à la police.

M. Gagné, qui a notamment été directeur général de la Sûreté du Québec, sous-ministre aux Affaires municipales, aux Transports et à la Sécurité publique, a été nommé lundi par la Commission municipale du Québec, à la suite d'un décret du conseil des ministres décidant de la mise en tutelle de Laval.

M. Gaudreault, qui a été consulté avant la nomination de M. Gagné, s'est montré convaincu que l'administrateur n'a rien à voir avec la décision de ne pas référer à la police un cas de collusion exposé dans un rapport interne du ministère des Transports, complété en 2004.

Selon le ministre, ce sont ses prédécesseurs libéraux aux Transports, Yvon Marcoux et Julie Boulet, qui sont responsables de cette négligence, qui avait suscité l'étonnement de l'ex-vérificateur général Renaud Lachance, en 2009, dans un rapport sur l'octroi de contrats par ce ministère.

Même s'il n'a pas discuté de cette situation avec M. Gagné, M. Gaudreault a déclaré lors d'une entrevue à La Presse Canadienne, mardi, que l'ancien sous-ministre aux Transports, de 2003 à 2006, était le bon choix pour assurer la tutelle de Laval.

M. Gaudreault, qui a expliqué ne pas avoir eu cet épisode à l'esprit au moment où il a été consulté sur la nomination de M. Gagné, a affirmé que normalement les ministres sont informés de ce type de rapports.

«Je n'ai pas de raisons de croire qu'il ne l'a pas fait, a-t-il dit. C'est Mme Boulet qui a laissé dormir le rapport sur son bureau.»

Plusieurs témoins entendus devant la Commission Charbonneau ont formulé des allégations de financement illégal et de collusion, à Laval, où l'ex-maire Gilles Vaillancourt a récemment été accusé de gangstérisme.

M. Gaudreault a refusé de dire si M. Gagné devrait faire la lumière sur sa gestion du rapport de 2004 afin de dissiper les questions qui avaient été soulevées, notamment il y a deux ans, par l'actuel ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron.

«Posez la question à M. Gagné», a-t-il dit.

Une porte-parole de la CMQ a indiqué mercredi que M. Gagné ne fera aucun commentaire à ce sujet.

En 2011, M. Bergeron, alors porte-parole de l'opposition officielle en matière de transports, avait exprimé son malaise face à la nomination de M. Gagné à la présidence du conseil d'administration de l'Agence du revenu.

«Je ne trouve pas ça très positif, avait-il dit lors d'une entrevue. J'ai un malaise.»

M. Bergeron avait directement fait référence aux conclusions du rapport de M. Lachance, maintenant commissaire à la Commission Charbonneau, selon qui le ministère des Transports aurait dû prendre l'initiative de contacter la Sûreté du Québec ou le Bureau de la concurrence.

«Une partie du passé révélé à travers ce rapport du vérificateur général, concernant ce monsieur, m'apparaît un peu inquiétant pour la suite des choses, avait dit M. Bergeron. Si devant des cas flagrants de collusion, il a préféré garder le silence et ne pas transmettre l'information à qui de droit, qu'est-ce qui nous assure qu'une fois à la tête de l'agence, il sera plus consciencieux?»

Mardi, M. Bergeron a évité de répéter ces propos et il a, lui aussi, pointé vers les libéraux pour expliquer la décision de ne pas transmettre à la police le rapport de 2004.

«Je pense qu'on peut dire que son passage à l'Agence du revenu s'est révélé irréprochable, on a pu le regarder à l'oeuvre et je pense que l'évaluation qui a été faite de ses compétences et de son expérience le rendaient manifestement tout à fait apte à occuper les fonctions qu'on lui a confiées dans le cadre de la tutelle de la Ville de Laval», a-t-il dit.

M. Bergeron n'a cependant pas été en mesure de préciser exactement à quoi il faisait référence pour certifier que le passage de M. Gagné était irréprochable.

«Ce n'est pas moi qui ai fait les vérifications, mais ce que je constate c'est qu'il semble qu'il se soit acquitté plus qu'honorablement des fonctions qui lui ont été confiées par la suite», a-t-il dit.

En novembre 2009, tout comme son collègue Yvon Marcoux, l'ex-ministre des Transports Julie Boulet avait plaidé l'ignorance concernant le rapport interne de 2004. Mme Boulet avait soutenu en Chambre que M. Gagné avait décidé de ne pas transmettre les documents à la police.

«M. Gagné a pris la décision, en 2004, de ne pas transférer les documents, et il n'a pas informé en aucun temps ni le cabinet, ni le ministre de l'époque», avait-elle dit.

Alors chef de l'opposition, la première ministre Pauline Marois avait quelques jours plus tard soutenu qu'il était incompréhensible, pour la population, que «dans une affaire de collusion en 2004, le ministère des Transports ait cherché à enterrer un rapport de vérification interne et que personne n'ait songé à appeler la police».

Mme Boulet avait indiqué en 2009 que le rapport serait finalement transmis mais, cette semaine, il a été impossible d'en savoir davantage auprès du cabinet de M. Gaudreault.

Pour le porte-parole libéral en matière de sécurité publique, Robert Poëti, les propos prononcés par M. Bergeron en 2011 sont de nature à miner la crédibilité de M. Gagné.

«Ce ministre-là, qui il y a deux jours était député, l'accusait, était mal à l'aise avec lui, aujourd'hui participe à sa nomination à Laval, c'est tout à fait incohérent», a-t-il dit.

M. Poëti croit cependant que la gestion du rapport de 2004 n'est pas un problème pour M. Gagné.

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