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USA: contre les viols, les élus veulent réformer la justice militaire

04/06/2013 09:56 EDT | Actualisé 04/08/2013 05:12 EDT

Tous les grands responsables militaires américains étaient convoqués mardi au Sénat américain par des élus impatients de réformer la justice militaire, qui s'est révélée incapable jusqu'ici de freiner la recrudescence d'agressions sexuelles dans l'armée.

Les chefs de tous les grands corps de l'armée américaine et le chef d'état-major interarmées, le général Martin Dempsey, devraient subir pendant plusieurs heures un interrogatoire musclé de la part des sénateurs, consternés par les statistiques des viols, agressions et harcèlements sexuels dans l'armée.

Plusieurs affaires récentes ont porté le problème à la Une de l'actualité aux Etats-Unis.

Mais la hiérarchie militaire est sur la défensive et tente de convaincre le Congrès, qui prépare plusieurs lois, de préserver le pouvoir des commandants militaires sur la procédure de mise en accusation dans les cas d'agressions sexuelles.

Le général Dempsey, plus haut gradé des Etats-Unis, a mis en garde contre une réforme qui saperait l'autorité des responsables militaires sur leurs bases.

"L'ordre et la discipline sont essentiels à l'efficacité militaire", a-t-il écrit au président de la commission de la Défense du Sénat, Carl Levin.

"Retirer les commandants du processus judiciaire militaire envoie le message au sein de l'armée qu'il y a un manque de confiance dans le corps des officiers et dans les commandants", poursuit-il. "Envoyer le message qu'on ne peut pas faire confiance aux commandants ne fera qu'ébranler l'ordre et la discipline".

Le secrétaire à la Défense, Chuck Hagel, a dénoncé "le fléau" des agressions sexuelles et proposé d'amender le code militaire pour interdire aux commandants militaires de casser un jugement après un procès militaire.

Bien qu'il se soit initialement déclaré opposé à toute réforme plus radicale, il s'est depuis dit ouvert aux discussions.

"La hiérarchie militaire n'est pas formée et n'a pas la compréhension de ce qu'est un viol ou une agression sexuelle", avait déjà lancé la démocrate Kirstin Gillibrand lors d'une audition de responsables de l'armée de l'air.

Mme Gillibrand fait partie d'un groupe de sénatrices qui favorables à une refonte du système. Selon elle, des procureurs formés et spécialisés devraient traiter exclusivement les affaires, sans que les responsables militaires ne puissent intervenir avant ou après le procès, comme ils en ont la possibilité aujourd'hui.

"Je suis très inquiète que, si peu de victimes pensent qu'elles peuvent obtenir justice, peu porteront plainte", a-t-elle dit. "Si on retire (la procédure, ndlr) de la chaîne de commandement, peut-être que plus de gens porteront plainte".

Toute l'armée est minée par une accumulation d'affaires, un rapport du Pentagone montrant une augmentation de 6% en un an, leur nombre s'élevant à 3.374 cas en 2012.

Un général de l'armée de l'air a annulé au début de l'année un jugement contre un officier qui avait été condamné par la justice militaire d'agression sexuelle.

Le mois dernier, un officier de l'armée de l'air chargé de la prévention contre les violences sexuelles avait été interpellé en état d'ébriété après avoir agressé sexuellement une femme près du Pentagone.

Parmi les autres affaires ayant scandalisé récemment le pays figurent les accusations de viol contre trois joueurs de football américain de l'académie navale d'Annapolis. Une enquête a été ouverte.

ddl/ico/jca

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