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Selon la Fédération de soccer du Québec, seule la FIFA peut permettre le turban

03/06/2013 04:03 EDT | Actualisé 03/08/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Un sikh peut bien jouer au soccer avec son turban au Québec, mais il devra se contenter de jouer dans sa cour car il ne sera pas accepté sur un terrain au sein d'une équipe membre de la Fédération de soccer du Québec tant que la Fédération Internationale de football association (FIFA) n'aura pas modifié ses règlements pour le permettre.

Il s'agit là, textuellement, de la déclaration faite par la directrice générale de la fédération québécoise, Brigitte Frot, lundi, lors d'un appel conférence expliquant la décision de son organisme.

Lorsqu'elle a été interrogée sur ce que les organisateurs devront dire à un enfant de 5 ans qui se présentera avec son turban au moment de l'inscription, elle a répondu: «ils peuvent jouer dans leur cour mais pas avec des arbitres officiels, pas avec les règlements officiels du soccer. Nous n'avons pas le choix.»

Mme Frot avertit de plus les éventuels mécontents de ne pas venir frapper à sa porte.

«Les intervenants qui souhaitent le port du turban devraient s'adresser à la FIFA et mettre leurs énergies pour faire en sorte que la FIFA puisse changer la décision. C'est la FIFA qui régit la réglementation au niveau mondial, qui a le pouvoir et la capacité de changer», a-t-elle dit.

La fédération québécoise est désormais la seule au Canada à appliquer de façon rigide le règlement de la FIFA.

L'Association canadienne de soccer avait pourtant envoyé une directive à l'ensemble des fédérations provinciales pour permettre le port de turbans, patkas et keskis. Seul le Québec a refusé de s'y plier, invoquant la loi 4 des règlements de la FIFA.

«Moi-même je suis étonnée qu'ils (l'Association canadienne) ne suivent pas les règles de la FIFA», a soutenu Brigitte Frot.

Ainsi au Québec, sous peine de sanction, les arbitres devront appliquer ce règlement qui interdit le port de turbans, patkas et keskis sur les terrains.

Mme Frot a reconnu qu'aucun accident impliquant le port du turban n'est venu à la connaissance du conseil d'administration, dont les 21 membres ont entériné cette position samedi à la majorité. Mais il ne s'agit pas là, selon elle, d'une raison pour prendre un risque avec la sécurité des enfants.

«Le conseil d'administration, en son âme et conscience, a tenu compte (de la décision de l'Association canadienne) et n'ayant pas d'assurance totale a préféré ne pas accepter le port des turbans, tout simplement, a raconté Mme Frot. On a eu dans le passé des incidents avec des buts qui devaient être solides qui sont tombés, qui ont blessé des joueurs. Il y a plein de choses malheureuses qui sont arrivées au soccer. Certains y voient de l'intolérance, moi j'y vois beaucoup de prudence.»

Elle a rappelé que des études avaient été réalisées avant que la FIFA ne permette le port du hijab pour les jeunes filles et que l'organisme a émis des directives strictes sur les matériaux et la fabrication du hijab afin que celui-ci puisse s'enlever sans danger en cas d'incident.

«Nous, bien évidemment, comme dans le cas du hijab — dès que nous avons reçu le mémo de la FIFA, immédiatement ç'a été appliqué au Québec — nous ferons la même chose avec l'autorisation du port du turban», a promis Mme Frot.

Dimanche, l'Organisation mondiale sikhe du Canada a fait part de sa vive déception face à cette décision, d'autant plus que le Québec est la seule province à aller de l'avant avec cette interdiction.

Soutenant que les enfants sikhs ne jouent plus depuis deux ans au soccer, l'Organisation a dit craindre des impacts négatifs sur la communauté, qui pourrait avoir plus du mal à s'intégrer.

Le groupe juif de défense des droits B'nai Brith Canada a pour sa part affirmé que la décision de la fédération québécoise de soccer est un «échec aux accommodements raisonnables».

«L'interdiction purement et simplement des turbans par la Fédération de soccer du Québec ne répond pas aux exigences de la charte des droits de l'homme de la province qui reconnaît et protège la liberté religieuse comme un droit humain fondamental, a déclaré par voie de communiqué Me Allan Adel, président national de B'nai Brith Canada.

«Cette décision de la Fédération de soccer du Québec va à l'encontre des autres provinces qui ont réussi à appliquer la directive de la Fédération internationale de football association (FIFA) d'une manière plus inclusive. La Fédération de soccer du Québec a l'obligation légale de faire un effort sincère pour accommoder raisonnablement tous les joueurs qui suivent des directives religieuses strictes», a-t-il ajouté.

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