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Héros ou traître, le clash des personnalités dès le début du procès Manning

03/06/2013 02:06 EDT | Actualisé 03/08/2013 05:12 EDT

Entre un traître conscient de ses actes et un héros idéaliste et naïf: dès l'ouverture du procès du soldat Bradley Manning lundi à Fort Meade (Maryland), le gouvernement américain et la défense ont brossé des portraits de l'accusé aux antipodes l'un de l'autre.

Corps frêle et visage d'adolescent, le jeune homme de 25 ans, vêtu de son uniforme bleu marine, a écouté en silence tour à tour le procureur militaire Joe Morrow et son défenseur David Coombs, peu après l'ouverture de son procès en cour martiale.

Accusé de "collusion avec l'ennemi", Manning encourt la prison à vie. L'accusation porte sur quelque 700.000 documents classifiés.

"C'est le dossier d'un soldat qui a téléchargé des documents par dizaines de milliers sur des bases de données confidentielles et les a mises entre les mains" du site WikiLeaks, en sachant qu'ils seraient accessibles à l'ennemi, a fustigé pendant près d'une heure le procureur militaire.

"Les preuves montreront qu'il connaissait les conséquences de ses actes" lorsqu'il a transmis ces informations "de manière répétée", de novembre 2009 "moins de deux semaines après le début de son travail" d'analyste du renseignement en Irak" à son arrestation en mai 2010, a-t-il martelé.

S'appuyant sur un diaporama de conversations et de recherches saisies sur l'ordinateur personnel de Bradley Manning, le procureur a inlassablement répété que "les preuves montreraient" que "l'accusé a, en toute connaissance de cause, donné des renseignements à l'ennemi", sachant que l'organisation Al-Qaïda "utilisait WikiLeaks".

Il a précisé qu'un membre du commando ayant participé au raid dans le bunker d'Oussama ben Laden en mai 2011, montrerait que le leader d'Al-Qaïda "avait demandé et reçu les rapports sur l'Afghanistan" livrés par Manning.

Le nom du grand absent, Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, que le gouvernement cherche à confondre pour complicité, a été cité plusieurs fois par le gouvernement.

L'enquête a montré que Bradley Manning avait les contacts personnels d'Assange et se conformait aux "informations les plus recherchées par WikiLeaks" pour ses fuites. Il avait en particulier livré les adresses électroniques de plus de 74.000 militaires déployés en Iraq avec leurs "noms, leurs rangs, leurs positions", comme l'avait requis WikiLeaks dans un tweet.

Empruntant immédiatement un registre émotionnel, l'avocat David Coombs a de son côté brossé le portrait d'un "humaniste" âgé de 22 ans, tout fraîchement arrivé "enthousiaste en Irak" lorsqu'il s'est retrouvé soudainement "bouleversé" en voyant une voiture de civils exploser sous ses yeux par un engin sur le bord de la route, le 24 décembre 2009.

"Il a commencé à batailler intérieurement, il voulait faire quelque chose de différent dans ce monde", a plaidé l'avocat civil, d'une voix douce, parfois presque inaudible. Il a mentionné aussi le "combat intérieur et privé" de Manning sur son identité sexuelle.

C'est dans ce contexte que le jeune soldat est tombé sur la vidéo d'une bavure d'un hélicoptère de combat américain sur des civils en Irak en juillet 2007, puis sur la vidéo du carnage de quelque 150 civils, dont femmes et enfants, dans le village en Afghanistan

"Jeune, naïf et bien intentionné", a ajouté le défenseur, pour qualifier son client qui "croyait nécessaire que ces informations soient rendues publiques", en sachant que "ces informations ne pouvaient pas être utilisées contre les Etats-Unis, qu'elles ne pouvaient pas être utilisées par des Etats étrangers".

"Il a divulgué ces documents parce qu'il pensait qu'ils pouvaient être utilisés pour faire de ce monde un monde meilleur (...) il les a sélectionnés car il pensait qu'ils pouvaient faire la différence".

Le procès, qui devrait durer jusqu'au 23 août, devait se poursuivre lundi après-midi avec les premiers témoins.

chv/jca

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