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L'histoire controversée d'un parc du Nouveau-Brunswick racontée sur un site Web

01/06/2013 04:04 EDT | Actualisé 01/08/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Un professeur d'histoire a décidé de redonner la parole aux habitants d'un ancien village du Nouveau-Brunswick dont l'expropriation a changé pour toujours la manière selon laquelle les parcs nationaux sont créés au Canada.

Ronald Rudin, qui enseigne l'histoire à l'Université Concordia à Montréal, a utilisé un mélange de médias traditionnels et nouveaux pour revisiter la controverse entourant la création du parc national Kouchibouguac en 1969, une histoire qui, selon lui, avait été largement oubliée.

Environ 250 familles, soit 1200 personnes, ont été expropriées pour faire place au parc parce que les autorités croyaient que les visiteurs ne pourraient pas apprécier la nature si des êtres humains vivaient dans la région. Les Acadiens, qui formaient la majorité de la population de la petite localité, ont qualifié cette expulsion de «deuxième déportation».

M. Rudin a raconté qu'il ne savait pas grand-chose de cet incident avant que des gens lui en parlent lors d'une tournée des sites historiques acadiens en 2005.

«Kouchibouguac, c'est l'histoire de personnes qui ont été traitées injustement et, si vous créez un parc pour encourager le tourisme, ce n'est pas vraiment la meilleure façon de faire la promotion d'un lieu qui est supposé être synonyme de bon temps en famille», a-t-il déclaré.

Les efforts du professeur ont récemment mené au lancement du site Web returningthevoices.ca, qui comprend des vidéos, des cartes et des illustrations reconstituant l'histoire des habitants déplacés. Le site sera éventuellement complété par un livre ayant une approche plus globale.

«Le site a été conçu pour, d'une certaine façon, permettre aux résidants de raconter eux-mêmes leur expérience mais il y a aussi un récit plus large au sujet de l'idée derrière le parc, du mouvement d'opposition contre le parc et le souvenir que ces événements ont laissé», a indiqué Ronald Rudin.

Selon lui, l'opposition au parc de 238 kilomètres carrés de superficie a montré au gouvernement que déménager des villages pour créer des sites semblables n'était dans l'intérêt de personne puisque Kouchibouguac a été fermé à plusieurs reprises en raison de manifestations.

«Il y a des gens qui sont encore en colère, il y a des gens qui pensent que le processus était injuste mais apprécient le fait d'avoir obtenu des emplois», a expliqué M. Rudin au sujet des expropriés qui ont fini par travailler pour le parc.

Dans une vidéo mise en ligne sur le site, Norma Doucet se rappelle comment son père s'est senti trahi d'être expulsé de chez lui après s'être battu durant la Deuxième Guerre mondiale.

«Il a fait la guerre pour sauver son pays, témoigne-t-elle. Lorsqu'il est revenu, il voulait élever sa famille et il a dit avoir été forcé de partir et d'aller vivre ailleurs.»

Pour Ronald Rudin, il est très important de documenter les histoires comme celle des habitants de Kouchibouguac parce que les témoins de l'époque vieillissent. «Une fois qu'ils ont disparu, l'histoire, du moins sur le plan des témoignages oraux, est en quelque sorte perdue», conclut-il.

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