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Une oeuvre spoliée remise à ses héritiers par le MBAM est mise à l'encan

31/05/2013 12:30 EDT | Actualisé 31/07/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) se réjouit de voir un tableau spolié qu'il avait restitué aux héritiers de ses propriétaires légitimes «aller vers d'autres destinées».

Le tableau «Le duo», qui avait été saisi par les nazis pendant la Deuxième Guerre mondiale avant d'être racheté par le MBAM, sera mis aux enchères mercredi prochain à New York, a confirmé vendredi la maison d'encan Christie's.

«Je crois que le musée a très bien agi; d'ailleurs les représentants de la famille l'ont souligné. Maintenant, le tableau va aller vers d'autres destinées; c'est bien que ça se passe comme ça», a exposé vendredi la directrice et conservatrice du MBAM, Nathalie Bondil.

L'oeuvre signée par un peintre hollandais du 17e siècle, Gerrit van Honthorst, appartenait à Bruno et Ellen Spiro, qui l'avaient achetée en 1931. Elle était auparavant une propriété du conseiller artistique de Catherine de Russie et a déjà été accrochée aux murs du musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, en Russie.

«Le duo» a ensuite été racheté par le Musée des beaux-arts de Montréal, où il a été exposé pendant 40 ans avant d'être remis, il y a quelques semaines à peine, aux héritiers du couple Spiro.

«C'est une histoire très émouvante qui, par des circonstances assez extraordinaires, un petit peu inattendues, se finit quand même plutôt bien», a ajouté Mme Bondil.

La boucle est d'ailleurs bouclée dans cette épopée artistique, puisque l'institution muséale a récemment fait l'acquisition d'un tableau signé par le même peintre hollandais, partiellement grâce au dédommagement reçu grâce à la restitution.

«Il fallait trouver un tableau qui puisse vraiment correspondre à cette case, à ce 'trou' dans la collection», se souvient-elle.

«Et là, on a commencé à regarder dans différentes foires, chez différents marchands, et en mars dernier, à Maastricht, on est tombés sur un tableau qui était absolument parfait, qui était fait par le même artiste, à la même date», lance-t-elle en faisant référence au tableau «Femme au Luth».

Une restitution «normale»

La conservatrice du musée dit considérer «normal», voire banal, la restitution de tableaux. Mais le comportement de l'institution muséale qu'elle dirige n'est pas passé inaperçu de l'autre côté de l'Atlantique.

Le travail du MBAM en matière de restitution d'oeuvres spoliées a en effet été louangé dans le quotidien français Libération, qui comparait l'«exemplarité» de l'approche montréalaise à la mollesse de la politique préconisée par le gouvernement français.

«Le musée de Montréal a ainsi clos une procédure exemplaire», peut-on lire dans l'article paru le 3 mai.

«Nathalie Bondil a rappelé que toutes ses oeuvres dont l'historique apparaît insuffisamment précis de 1933 à 1945 ont été inventoriées et mises en ligne, conformément aux recommandations de l'association des musées américains. C'est ainsi que la famille Spiro a pu repérer son bien», ajoute le quotidien Libération.

La conservatrice a cependant tenu à nuancer cette comparaison, faisant valoir qu'en France, les oeuvres sont des biens publics qui relèvent directement de l'État, ce qui n'est pas le cas au Québec.

Le processus de restitution entraîne donc «un affrontement avec le droit public», et il est ainsi «beaucoup plus lourd, beaucoup plus compliqué», soutient Mme Bondil.

Reste que le musée jouit d'une bonne réputation en ce qui a trait à sa façon de traiter les demandes de restitution.

«On n'est pas le plus exemplaire, vous savez, je n'aime pas dire cela, mais c'est vrai que le musée été félicité et complimenté pour ce qu'il faisait», reconnaît Nathalie Bondil.

Et il est désormais temps de permettre au tableau de poursuivre son odyssée. «Les oeuvres ne nous appartiennent pas. Les oeuvres ont de multiples histoires, elles ont de multiples propriétaires. Nous ne sommes que les dépositaires d'un héritage, et c'est ça qui est extraordinaire», conclut Nathalie Bondil.

La maison d'encan Christie's estime que «Le duo» pourrait rapporter entre 2 et 3 millions $ lors de la vente aux enchères.

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