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Les agences peinent à repérer les terroristes qui agissent seuls

31/05/2013 11:12 EDT | Actualisé 31/07/2013 05:12 EDT

PARIS - Les agences de renseignement de la planète qui ont su éventer plusieurs complots spectaculaires ourdis par al-Qaïda peinent à réagir à la nouvelle tactique du réseau terroriste, qui encourage ses fidèles à agir seuls en utilisant des armes facilement accessibles et en frappant dès que l'occasion se présente.

Au cours des dernières semaines — que ce soit dans les rues de Boston, de Londres ou de Paris — de jeunes hommes sont apparemment passés aux actes presque sans aide, avec rien de plus que des couteaux peu dispendieux ou des explosifs fabriqués à partir de produits facilement accessibles.

Lors de chacune des attaques, les suspects avaient précédemment été identifiés par les autorités mais jugés peu dangereux.

Des services de renseignement qui cherchaient précédemment à identifier les cellules d'al-Qaïda tentent maintenant de déterminer comment ils peuvent réagir à de telles informations tout en respectant les libertés civiles de la population.

Un rapport publié la semaine dernière par le gouvernement français recommandait l'adoption d'une nouvelle approche très stricte dans la foulée de l'attentat terroriste de 2012, pendant lequel un musulman radical d'origine française a attaqué des soldats français et une école juive de Toulouse, faisant sept morts.

Le document demande une refonte des services de renseignement du pays pour combattre la menace émergente des militants qui travaillent seuls, à l'extérieur des réseaux terroristes établis.

Un des auteurs du rapport, le chercheur Mathieu Guidère, affirme que l'attaque de la semaine dernière — lors de laquelle un soldat a été attaqué au couteau en plein centre commercial — démontre que les agences de renseignement n'ont toujours pas compris.

«Elles n'ont pas été conçues pour lutter contre ce genre de menace. Elles ont été conçues pour lutter contre des cellules, contre des groupes, contre des organisations, mais pas contre des individus, a-t-il dit. C'est une question d'adaptation. C'est pourquoi nous avons constaté les mêmes erreurs à Boston, Londres et (Paris). Il y a eu une identification — mais pas d'arrestation — avant que les suspects ne passent aux actes.»

Plus facile à dire qu'à faire, rétorque David Olmand, le premier coordonnateur de la sécurité et des renseignements du Royaume-Uni.

«Il n'y a aucun test psychologique fiable ou liste de contrôle qui permette de déterminer quand un individu comme ça bascule et passe à l'action, a-t-il indiqué à l'Associated Press par courriel. À moins de vouloir un État-policier comme l'Allemagne de l'Est, le nombre d'individus qui peuvent être surveillés pour détecter des préparatifs en vue d'un geste violent est faible comparativement au total — et en plus, évidemment, les individus peuvent frapper très rapidement même s'ils ont déjà été enquêtés.»

M. Guidère et d'autres experts estiment que les nouvelles technologies et un recrutement plus efficace d'agents de renseignement devraient permettre aux autorités d'identifier plus facilement les comportements dangereux. L'éditeur du magazine IHS Jane's Defence Weekly, Peter Felstead, abonde dans le même sens.

«C'est un domaine dans lequel la technologie moderne et les habiletés humaines traditionnelles doivent être fusionnées, pour que les comportements qui n'attirent pas immédiatement l'attention par eux-mêmes puissent être perçus dans un contexte plus vaste», a-t-il expliqué par courriel.

D'autant plus qu'al-Qaïda semble miser de plus en plus sur la stratégie du «loup solitaire». En 2010, son magazine Inspire conseillait aux recrues d'éviter de comploter avec d'autres, de frapper près de chez elles et d'utiliser toutes les armes à portée de main.

Les auteurs présumés des trois dernières attaques — à Boston, Londres et Paris — semblent avoir suivi ces conseils à la lettre.

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