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Mali: des résidants de Gao accusent la France de favoriser les Touaregs

30/05/2013 06:05 EDT | Actualisé 30/07/2013 05:12 EDT

BAMAKO, Mali - Des jeunes de Gao, une ville du nord du Mali récemment libérée des islamistes, ont organisé un «sit-in» jeudi pour dénoncer ce qu'ils estiment être le soutien tacite de la France envers les Touaregs, premier signe que le sentiment général des Maliens envers les «forces libératrices» est en train de changer.

Gao est la première ville malienne d'où les extrémistes islamistes ont été chassés par les forces françaises, en janvier. C'est la première fois que la population de la ville proteste contre la France.

Les jeunes manifestants ont organisé leur «sit-in» sur une place centrale de la ville connue sous le nom de «place de la charia» durant l'occupation du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO), qui a duré dix mois.

Moussa Moureima Yoro, qui a participé à la manifestation, a déclaré que les jeunes de la ville étaient mécontents de ce qu'ils estiment être le «parti pris» de la France envers les Touaregs, notamment le Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), un groupe rebelle touareg qui contrôle présentement la ville de Kidal, à 350 kilomètres au nord de Gao.

«Nous voulons lancer un avertissement à la France et lui dire que nous ne comprenons pas la situation actuelle à Kidal», a déclaré le jeune homme. «Nous voulons que la France nous dise ce qu'elle compte faire, parce que nous sommes confus quand elle dit que Kidal fait partie du Mali, tout en agissant comme si Kidal n'appartenait pas au Mali.»

«C'est vrai que la France nous a libérés, mais en même temps, nous ne voulons pas qu'elle tire avantage de la situation», a-t-il ajouté.

Les organisateurs de la manifestation affirment que plus de 1000 personnes y ont participé, mais des responsables ont indiqué que la participation avait été beaucoup plus faible.

Les manifestants accusent la France d'accorder un traitement préférentiel aux Touaregs, un groupe ethnique minoritaire vivant dans le nord du Mali, une région qu'ils appellent l'Azawad. L'an dernier, le MNLA, composé de Touaregs laïques réclamant l'indépendance, ont pris le contrôle de certaines villes du nord et ont brièvement annoncé la naissance d'un pays touareg. Ils ont été rapidement délogés par des extrémistes islamistes, qui ont fait la loi durant de longs mois dans tout le nord du Mali.

Les forces françaises ont été accueillies sous les acclamations lorsqu'elles ont libéré Gao des islamistes, le 26 janvier. Les scènes d'exubérance se sont répétées dans toutes les villes libérées du nord du Mali, sauf une exception: Kidal.

La capitale provinciale est depuis longtemps un bastion des Touaregs, et quand les forces françaises sont arrivées dans la ville, elles n'étaient pas accompagnées par l'armée malienne. Près de cinq mois plus tard, les soldats maliens n'ont toujours pas mis le pied à Kidal.

Les jihadistes ont été chassés de Kidal et les Touaregs sont revenus. Les manifestants de jeudi ont accusé les forces françaises, dont une unité est stationnée à l'aéroport de Kidal, de regarder ailleurs pendant que les rebelles touaregs reviennent en force.

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