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L'affaire Duffy: un député conservateur dénonce l'excès du pouvoir du bureau de Harper

30/05/2013 02:17 EDT | Actualisé 30/07/2013 05:12 EDT

OTTAWA - Le Bureau du premier ministre «manque de respect» envers la séparation des pouvoirs: ce n'est pas l'opposition qui le dit, mais bien un député conservateur.

Brent Rathgeber, élu albertain du Parti conservateur du Canada (PCC), avoue candidement que la base conservatrice exprime actuellement à la députation «ses inquiétudes, son indignation et sa colère» sur la controverse entourant les dépenses du sénateur Mike Duffy.

«Je crois que c'est ce qui arrive quand il y a une séparation inappropriée entre les branches exécutive et législative du gouvernement et j'espère à l'avenir que l'exécutif du gouvernement pourrait en tirer des leçons», a confié M. Rathgeber jeudi à la sortie de la période de questions.

Sa sortie tranche radicalement avec les propos habituels de ses collègues conservateurs, qui évitent de croiser les journalistes ou esquivent leurs questions en se référant à leurs lignes destinées aux médias.

M. Rathgeber dit croire le premier ministre quand il affirme ne pas avoir su ce qui se tramait entre son ancien chef de cabinet, Nigel Wright, et M. Duffy.

M. Harper répète depuis plusieurs jours que c'est seulement le 15 mai — le lendemain d'un reportage du réseau CTV — qu'il a appris l'existence du chèque de 90 000 $ que M. Wright à signé au sénateur pour qu'il rembourse ses allocations de logement réclamées à tort. Le segment incluait pourtant une réponse émanant du bureau du premier ministre.

Selon le député d'Edmonton—St-Albert, l'ignorance de M. Harper sur cette affaire soulève des questions sur la façon dont les choses sont gérées au Bureau du premier ministre. «Ce bureau opère — de plusieurs façons — en étant redevable à personne sauf à lui même», a-t-il déploré.

«Je crois que le Bureau du premier ministre, depuis un certain temps, démontre un manque de respect lorsque vient le temps de distinguer les fonctions législative et exécutive du gouvernement.»

Peu de détails

Interrogé à nouveau sur le scandale entourant les dépenses des sénateurs jeudi, M. Harper n'a pas souhaité donner plus de détails. Lors d'un point de presse conjoint avec le président chilien Sebastián Piñera, le chef conservateur a répété que dès qu'il avait appris l'existence du chèque, il avait rendu l'information publique. S'il l'avait su plus tôt, il l'aurait dit plus tôt, a-t-il affirmé.

Et surtout, s'il avait eu vent que son chef de cabinet s'apprêtait à signer un chèque personnel pour que M. Duffy rembourse des allocations de logement qu'il a réclamées sans y avoir droit, il lui aurait dit de ne pas le faire, a-t-il tranché.

«Si j'avais su avant le 15 mai, j'aurais fait connaître l'information plus tôt. Si j'avais su avant que ça arrive, j'aurais dit non à cela.»

Il avait tenu un discours similaire en voyage en Amérique du Sud la semaine dernière.

Questionné à savoir quelles instructions il avait données à son personnel quand les premières irrégularités concernant les dépenses des sénateurs ont fait surface, M. Harper a tout simplement éludé la question, en répondant qu'il revenait au Sénat de faire enquête.

Les partis d'opposition demandent désormais que le chèque signé par M. Wright à M. Duffy soit annulé et que le sénateur rembourse — vraiment de sa poche, cette fois — les allocations de logements inappropriées.

Duffy, ministre?

Sur un autre front, la CBC a révélé une série de courriels jeudi qui laissent croire que M. Duffy, peu après avoir obtenu un siège au Sénat, a suggéré qu'on lui accorde un poste de ministre sans portefeuille.

Dans un courriel adressé à une personne semblant bien placée au parti, il relate une conversation avec le sénateur Irving Gerstein au cours de laquelle il a suggéré qu'on le nomme ministre sans portefeuille «pour avoir du personnel, une voiture et plus de ressources» pour faire face à la charge de travail qui entourait ses activités de relations publiques pour le parti.

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