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La gare de Mirabel est vue comme un test de protection des terres agricoles

30/05/2013 10:19 EDT | Actualisé 30/07/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Plusieurs organismes se sont rangés derrière l'Union des producteurs agricoles (UPA), jeudi, afin de demander au ministre des Transports et des Affaires municipales, Sylvain Gaudreault, d'intervenir dans le dossier de la future gare de Mirabel, qui doit être aménagée en plein territoire agricole, avant qu'il ne soit trop tard.

Ce dossier représente, selon eux, un véritable test de la volonté réelle du Québec de protéger le territoire agricole, de respecter la logique de sa récente politique de souveraineté alimentaire et de développer les transports de manière cohérente et intelligente.

«La terre agricole, moi j'appelle ça ma boîte à lunch, comme producteur», a indiqué Richard Maheu, président de l'UPA Outaouais-Laurentides.

«Mais il faut aller plus loin que ça: c'est aussi le garde-manger des générations futures. C'est pour ça qu'il faut la protéger, la terre agricole», a-t-il ajouté.

L'Agence métropolitaine de transport (AMT) souhaite bâtir une nouvelle gare pour desservir le train de banlieue et le territoire qui lui est offert par la Ville de Mirabel est en zone verte, c'est-à-dire réservée à l'agriculture.

«Ça prend un appel du ministre à l'AMT qui dit: 'ça suffit, trouve une autre place, assieds-toi avec le monde'», a déclaré Alexandre Turgeon, président de l'organisme Vivre en ville.

La demande de dézonage a déjà été refusée à deux reprises par la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ), mais la Ville de Mirabel a trouvé une échappatoire dans la Loi sur la protection des terres agricoles qui a permis à sa troisième demande de passer comme une lettre à la poste. L'AMT se prépare à y amorcer des travaux de construction, possiblement dès cet automne.

«De voir qu'on a un organisme qui structure le transport, qui est complice de ce manque de vision, c'est inacceptable. Il ne faut pas laisser faire ça», s'est indigné le président de l'Ordre des architectes du Québec, André Bourassa.

L'UPA et les autres organismes estiment que le choix de ce site n'a aucun sens puisque la gare ne serait accessible que par automobile. En outre, en plus de ruiner à jamais des terres agricoles, son érection se traduirait par le dézonage éventuel de tout le secteur environnant.

L'argument voulant que le projet serve à encourager le transport en commun ne tient tout simplement pas la route, a pour sa part fait valoir le directeur québécois de la Fondation David Suzuki, Karel Mayrand.

«C'est un peu comme si on faisait du «greenwashing». On met un vernis vert sur des pratiques qui ne sont pas vertes», a-t-il dit.

Or, un autre site tout juste à proximité, en zone blanche, qui ne nécessiterait donc aucun dézonage, est également disponible et se trouve, lui, à distance de marche ou de vélo d'un secteur résidentiel.

Les groupes estiment que la municipalité est d'abord motivée par la volonté d'étendre son développement et de gruger davantage dans le territoire agricole pour agrandir son assiette fiscale.

«Je suis convaincu qu'ils considèrent ces terres-là, en termes de qualité, excellentes pour faire pousser du bungalow», a ironisé Alexandre Turgeon.

L'Ordre des architectes signale qu'entre 2007 et 2009 seulement, sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal, la zone agricole a perdu 826 hectares, soit l'équivalent de 1530 terrains de football.

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