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Agent officiel du PRO:les conseillers ont servi de prête-noms et le maire savait

30/05/2013 10:09 EDT | Actualisé 30/07/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Jean Bertrand, avocat et ex-représentant officiel du parti PRO des Lavallois, a admis jeudi que la plupart des conseillers de ce parti ont déjà servi de prête-noms pour du financement politique et ont été remboursés avec de l'argent comptant pour leurs contributions. Et, selon lui, l'ex-maire Gilles Vaillancourt était au courant.

Devant la Commission Charbonneau, Me Bertrand a souligné que parmi ces dizaines de conseillers qui ont servi de prête-noms, sur plusieurs années, il y avait notamment l'actuel maire de Laval, Alexandre Duplessis.

Me Bertrand a expliqué qu'en novembre, il contactait les conseillers pour obtenir leurs chèques de contribution au parti, puis il les remboursait à coups de 2000 $ ou 3000 $ avec de l'argent comptant _ selon le nombre de chèques reçus.

Cet argent comptant provenait du notaire Jean Gauthier, qui avait recueilli des sommes auprès d'ingénieurs de Laval, a relaté Me Bertrand.

Les ingénieurs refusaient de servir eux-mêmes de prête-noms, alors ce sont les conseillers du PRO des Lavallois qui l'ont fait.

Mais les conseillers n'ont jamais demandé à connaître la provenance de cet argent comptant, a-t-il rapporté.

L'avocat s'était fait expliquer, lors d'une rencontre en 1995, que «les conseillers n'ont jamais payé de leur poche les contributions» au parti. Il a donc accepté de continuer avec une méthode qui avait été lancée avant lui, bien que cela lui déplaisait.

«Ils m'ont dit: tu vas continuer à le faire avec les conseillers, parce que les conseillers veulent continuer à faire ça _ on appelle ça du prête-nom aujourd'hui, mais à l'époque, ce n'était pas du prête-nom _ à se faire rembourser les montants qu'ils cotisaient au parti», a-t-il relaté.

Par exemple, il a avoué avoir reçu, en 2009 _ une année électorale _ quelque 150 000 $ en argent comptant de la part du notaire Gauthier, qui avait obtenu cet argent d'ingénieurs de Laval. Avec cet argent, il remboursait les conseillers pour leurs contributions au parti et, parfois, pour d'autres dépenses, comme l'usage de leur téléphone portable de la Ville à l'étranger.

Rarement les conseillers ont refusé d'être ainsi remboursés, bien que Me Bertrand les ait informés que cela était illégal.

Une année, certains sont même allés jusqu'à demander à Me Bertrand des reçus pour fins d'impôt, alors qu'ils n'avaient rien contribué.

Un d'entre eux, Robert Plante, a toujours refusé d'être remboursé pour ses contributions, mais il est fortuné, a souligné Me Bertrand.

Deux nouveaux conseillers en 2009 n'ont pas été remboursés et n'ont d'ailleurs même pas été sollicités pour financer le parti, a souligné Me Bertrand. Le représentant officiel voulait alors mettre fin à ce système et croyait même que le maire Vaillancourt ne solliciterait pas de nouveau mandat.

Mais le maire savait, selon Me Bertrand.

«Le maire, M. Vaillancourt, est-ce qu'il était au courant, selon vous, de ce stratagème-là de prête-noms?» lui a demandé le procureur de la commission, Me Simon Tremblay.

«Il n'y a pas grand-chose dont M. Vaillancourt n'est pas au courant. Il le savait. J'ai eu une discussion avec lui deux fois là-dessus», a rapporté Me Bertrand.

Une fois, il s'est plaint au maire Vaillancourt de devoir procéder ainsi. Il lui a fait valoir que cela serait mauvais pour la réputation des conseillers si cela finissait par se savoir. Le maire Vaillancourt, selon lui, a paru irrité de son commentaire et a simplement changé de sujet.

L'autre fois, alors que Me Bertrand s'était abstenu de solliciter les conseillers, estimant qu'il avait déjà suffisamment amassé de fonds pour le parti, le maire Vaillancourt l'a convoqué, ayant en main les états financiers du parti. Le doigt pointé vers Me Bertrand, le maire Vaillancourt l'a intimé de recommencer à solliciter les conseillers.

«Je lui ai dit: 'pourquoi recommencer? On n'a pas besoin de ça; on l'a l'argent. C'est pas juste à cause des amendes; c'est la réputation de tout le monde'. Il m'a dit: 'tu recommences à faire du prête-nom'», a relaté Me Bertrand.

Il a recommencé en 2006, mais avec moins d'ardeur. «Sinon, je m'en allais chez moi», a-t-il objecté.

La Ville de Laval a réagi au témoignage de Me Bertrand par la voie d'un bref communiqué, diffusé en fin d'après-midi.

«Suite à ces allégations, nous réitérons que nous collaborons depuis le tout début avec les enquêteurs de la commission. Plusieurs conseillers auront d'ailleurs l'occasion d'émettre leurs commentaires lors de prochaines audiences publiques», écrit l'administration municipale.

Trois sources de financement

Le PRO des Lavallois était un parti fort populaire, ayant 28 000 membres en 2009, soit 10 pour cent de l'électorat de Laval, a témoigné Me Bertrand.

Lors du cocktail annuel du maire _ la deuxième source de financement du PRO _, le parti pouvait recueillir 140 000 $, une fois ses dépenses payées.

La troisième source de financement du parti était une somme d'environ 500 000 $, qui a atteint 590 000 $, pour le remboursement des dépenses de recherche et secrétariat.

Pas proche de Vaillancourt

Me Bertrand, qui fait partie des 37 personnes arrêtées par l'Unité permanente anticorruption, le 9 mai dernier à Laval, a pris ses distances du maire Vaillancourt. Il affirme n'avoir pris le lunch avec lui que trois fois en 28 ans.

«Je n'ai jamais demandé d'argent comptant à M. Vaillancourt; je n'ai jamais donné d'argent comptant à M. Vaillancourt, non, non, non. Mais, comme je vous dis, mes contacts étaient rares avec le maire», a martelé le témoin.

Il s'est toutefois retrouvé en présence du maire au cours de plusieurs événements mondains et politiques, mais en compagnie de plusieurs autres personnes, a-t-il noté.

Ainsi, il a relaté un souper au cours duquel Bernard Landry, avec son épouse et une escorte policière, se sont joints, après coup, au groupe formé du maire Vaillancourt et de son épouse, de lui-même avec son épouse, de son fils et sa bru.

«À ce souper-là se sont joints, après, M. Bernard Landry et son épouse, qu'on a rencontrés au restaurant à Sainte-Anne-de-Bellevue et qui ont été sur le bateau de M. Vaillancourt, mais juste pour discuter, là. Ils n'ont pas fait de tour de bateau», a-t-il raconté.

«M. Vaillancourt, l'été, prenait son bateau et il invitait plusieurs personnes. Et c'est arrivé, comme ça, qu'il m'ait invité à aller souper», a relaté Me Bertrand. La rencontre avec Bernard Landry avait été fortuite, a-t-il souligné.

Il ignore d'ailleurs le moment précis de cette rencontre, «dans les années 2000», et croit qu'à l'époque, vers 2004-2005, M. Landry n'était pas premier ministre.

En fait, M. Landry a été premier ministre de mars 2001 à avril 2003. Mais il a été chef du Parti québécois de mars 2001 à juin 2005, avant de démissionner.

Me Bertrand a été représentant officiel du parti PRO de 1984 à janvier 2013.

Il a également souligné que bien que le parti ait été fondé en 1980, ce n'est qu'en 2010 qu'il a eu sa première inspection sérieuse de la part du Directeur général des élections. «Ils ont fait une seule vérification en 30 ans, mais une bonne», s'est-il exclamé.

Par ailleurs, Me Élyse Pinsonneault, qui représente Claude DeGuise, ancien directeur du service de l'ingénierie de Laval, a déposé et plaidé une requête pour faire annuler l'assignation à comparaître qu'a reçue son client. Les audiences reprendront le lundi 10 juin.

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