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Un entrepreneur se fait dire de ne pas venir à Laval et doit payer un col bleu

29/05/2013 11:02 EDT | Actualisé 29/07/2013 05:12 EDT

MONTRÉAL - Pierre Allard, des Excavations S. Allard de Mascouche, a raconté à la Commission Charbonneau, mercredi, comment il a été victime de pressions de la part d'un autre entrepreneur dans le cadre d'un contrat à Laval en 2006. Et il a dû donner de l'argent à deux cols bleus pour qu'ils fassent leur travail.

Avant l'ouverture des soumissions, M. Allard s'était fait dire par un dénommé Patrick Lavallée qu'il n'avait pas d'affaires à Laval, que le contrat devait appartenir à J. Dufresne Asphalte. Il s'était fait offrir de se retirer ou de déposer une soumission de complaisance — ce qu'il a refusé de faire.

«Ici, c'est chacun notre tour. Et pour ce projet-là, c'est rendu à moi, c'est moi qui dois avoir ce contrat-là. T'as pas vraiment d'affaires dans le portrait. Ce que je comprenais, c'est que moi, j'étais le grain de sable dans l'engrenage. Il m'a dit: 'dans le fond, ce que je voudrais savoir de toi, on voudrait soit que tu te retires, soit que tu présentes une soumission au montant qu'on va te dire de rentrer. On te demande de rentrer dans ce système-là. Ce qui est clair, c'est que tu n'es pas chez vous; tu es un gars de Mascouche. T'as pas d'affaires à venir travailler à Laval'», a relaté M. Allard.

Après avoir obtenu le contrat pour 420 000 $, à la suite de l'appel d'offres, M. Allard s'était aussi fait dire par un ingénieur qu'il devrait prendre les tuyaux de béton L'Écuyer, à Laval, et non ceux de Casaubon comme il le désirait. Pourtant, les deux produits sont approuvés et, dans sa soumission, il était écrit qu'il était autorisé à prendre un produit équivalent.

Après discussion, il a obtenu le droit de prendre les tuyaux Casaubon dans la partie privée du projet, mais il a dû utiliser ceux de L'Écuyer, qui lui ont coûté 3000 $ de plus, pour la partie publique du projet.

De plus, au moment où deux cols bleus devaient venir faire un raccordement de ses tuyaux, l'un d'entre eux a refusé de descendre dans le trou d'excavation. «Toi, descendrais-tu dans un trou comme ça?» lui a lancé l'un d'eux.

M. Allard a compris qu'il devait leur donner de l'argent pour qu'ils fassent leur travail.

Après avoir donné 50 $, il s'est fait dire qu'en donnant une autre somme équivalente, ça irait. Il a donné 60 $ supplémentaires et les cols bleus ont accompli leur tâche prestement.

Plus tard, M. Allard s'en est plaint à un contremaître, lui disant que deux «clowns» de la Ville de Laval lui avaient demandé de l'argent pour faire leur travail. Le contremaître n'était «pas surpris», mais lui a semblé désolé de la situation. Il lui a dit que ce n'était pas lui qui décidait d'affecter le personnel à tel chantier, mais qu'il tenterait de veiller à ce que ces deux hommes ne soient plus affectés à ses chantiers.

M. Allard a affirmé ne plus avoir eu à faire face à une telle situation.

La juge France Charbonneau a remercié le témoin, lui disant que son propos avait été «rafraîchissant et réconfortant» à entendre. «Vous avez fait preuve de courage; vous vous êtes tenu debout», lui a-t-elle lancé en souriant.

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