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Le président du Parlement libyen démissionne et dénonce les milices

28/05/2013 03:14 EDT | Actualisé 28/07/2013 05:12 EDT

TRIPOLI, Libye - Le président du Parlement libyen, qui a servi sous Mouammar Kadhafi avant de devenir un leader de l'opposition en exil, a démissionné mardi, quelques semaines après que les députés eurent adopté une loi interdisant aux responsables de l'ancien régime d'occuper de hautes fonctions gouvernementales.

La loi, qui a pour effet d'exclure le président du Parlement, Mohammed al-Megarif, et plusieurs autres politiciens expérimentés, a été adoptée le 5 mai, dans le chaos et sous la pression des milices.

Cette démission est le plus récent obstacle sur la difficile route vers la démocratie en Libye. Le nouveau gouvernement libyen fait face à une multitude de défis, notamment celui de prendre le contrôle des nombreux groupes armés qui ont gagné de l'importance au cours des deux dernières années. Le gouvernement continue de s'appuyer sur certaines milices pour assurer la sécurité en l'absence d'une armée ou d'une police fortes, mais il peine à affirmer son autorité sur les miliciens.

La décision de M. Al-Megarif survient après que les Frères musulmans libyens eurent fait pression en faveur de l'adoption de la «loi sur l'isolement politique», face à l'opposition des députés libéraux.

En annonçant sa démission devant le Congrès général national à Tripoli, M. Al-Megarif a laissé entendre que les députés avaient adopté la nouvelle loi sous la menace des milices. Il a dénoncé la montée en puissance de certains députés appuyés par des groupes armés.

Mais il a aussi affirmé qu'il quittait son poste par respect pour la démocratie. Tous les citoyens doivent respecter la loi, a-t-il expliqué.

«Je mets ma démission entre vos mains et je veux que vous soyez témoins de mon départ la tête haute», a-t-il déclaré en ravalant ses larmes.

Sous le régime Kadhafi, Mohammed al-Megarif a été ambassadeur de Libye en Inde dans les années 1980, avant de se joindre à l'opposition libyenne en exil.

Après le renversement de l'ancien dictateur au terme d'une guerre civile de huit mois, en 2011, M. Al-Megarif est rentré en Libye. Il a été élu au Parlement lors des premières élections libyennes libres, l'an dernier.

Dans son discours de démission, M. al-Megarif s'en est pris aux tactiques des milices.

«Le recours à la force, la menace d'avoir recours à la force, (...) ne sont pas compatibles avec la transition vers la démocratie que nous cherchons tous», a-t-il déclaré.

«Il y a des dizaines de milliers d'armes entre les mains de ceux qui prétendent être des révolutionnaires», a-t-il ajouté. Il a insisté sur la nécessité d'éliminer les affiliations tribales et idéologiques héritées de l'ère Kadhafi, ainsi que «la revanche, les antogonismes et la haine».

Pour Fathi Bin Essa, analyste politique et auteur, la démission de Mohammed al-Megarif montre que «ceux qui détiennent des armes sont ceux qui dirigent la Libye aujourd'hui».

La nouvelle loi entre en vigueur le 5 juin, mais un comité étudiera le cas de chaque responsable avant de décider de l'exclure ou non de la vie politique.

Mohammed al-Megarif sera remplacé par le vice-président du Parlement, Juma Attiga, jusqu'à ce qu'un nouveau président soit élu par les députés.

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