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Il y aura de la publicité sur la chaîne radio Espace musique de Radio-Canada

28/05/2013 11:26 EDT | Actualisé 28/07/2013 05:12 EDT

OTTAWA - Il y aura dorénavant des publicités sur les chaînes musicales radio Espace Musique de Radio-Canada et Radio 2 de CBC, a tranché le CRTC en renouvelant les licences du diffuseur public pour cinq ans.

Les premiers messages publicitaires devraient être en ondes à l'automne.

Leur présence sur les ondes radio sera toutefois limitée à une période de trois ans, a décidé le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) dans sa décision rendue mardi.

Et si le diffuseur public veut profiter de cette permission plus longtemps, il devra se présenter de nouveau devant le CRTC et démontrer que les auditeurs n'ont pas été indûment incommodés par les pauses publicitaires.

Pour minimiser l'impact sur les auditeurs, les deux chaînes de musique ne pourront d'ailleurs pas diffuser plus de quatre minutes de publicité par heure. Et dans un ou deux blocs par heure.

Mais comme Radio-Canada n'a obtenu que la moitié du temps publicitaire demandé, il n'y aura pas les rentrées de fonds espérées. Le diffuseur public devra donc trouver de l'argent ailleurs ou sabrer dans ses projets.

Pour l'instant, les paramètres autorisés par le CRTC permettront à Radio-Canada/CBC d'engranger de 6 à 9 millions $ dans la première année, a indiqué le président-directeur général de la société d'État, Hubert Lacroix, en conférence de presse téléphonique mardi.

«L'objectif n'a pas été atteint, a déclaré M. Lacroix au sujet des demandes publicitaires. Chaque dollar qu'on ne réussit pas à obtenir dans les hypothèses qui soutiennent le plan doivent ou être retranché quelque part ou être augmenté en revenus additionnels dans une autre dimension.»

Il a toutefois confirmé qu'il n'y aura pas d'annonces publicitaires sur la Première Chaîne.

De son côté, le président du CRTC, Jean-Pierre Blais, estime que les conditions imposées à Radio-Canada/CBC sont réalistes compte tenu des moyens financiers dont le diffuseur dispose.

En raison des compressions à son budget, la Société Radio-Canada (SRC) plaidait avoir besoin de nouvelles façons d'engranger des revenus afin de continuer à accomplir son mandat avec qualité.

Le budget fédéral de 2012 prévoyait des compressions à Radio-Canada de 115 millions $ sur trois ans.

Lors des audiences publiques l'automne dernier, le président de la SRC s'était dit confiant que les auditeurs étaient prêts à accepter la présence de publicités pour maintenir la qualité de ces chaînes musicales.

Et mardi, malgré la déception quant à la quantité permise de publicités, le président se disait globalement satisfait de la décision du CRTC.

«Un pas important a été franchi aujourd’hui dans l'évolution de CBC/Radio-Canada en un radiodiffuseur public moderne avec l'annonce par le CRTC qu'un nouveau cadre réglementaire plus souple sera appliqué au radiodiffuseur public», a fait savoir Hubert Lacroix.

Le porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) en matière de patrimoine et de culture, Pierre Nantel, croit que la publicité pourrait être un «irritant majeur» pour le public. Mais il constate que c'est là une conséquence du fait que le budget du diffuseur public «est atrophié par le gouvernement conservateur».

Il qualifie d'ailleurs la décision du CRTC de «juste et équilibrée», voire «pragmatique».

«Ce qui est important de voir c'est que le CRTC joue son rôle. Il octroie des licences en fonction du contexte et le contexte c'est que le gouvernement conservateur en veut à Radio-Canada», ajoute M. Nantel.

Quant au groupe les Amis de la radiodiffusion canadienne, il a avalé de travers la nouvelle sur la publicité.

«En mettant de côté l’avis de 93 pour cent des citoyens qui se sont donnés la peine de commenter la proposition de la SRC de placer des annonces publicitaires à ses services radiophoniques, cette décision met la radio de Radio-Canada sur une pente dangereuse. C’est le début de la fin du dernier service sans publicité offert par la SRC», peut-on lire dans leur communiqué.

Minorités linguistiques

En ce qui concerne les minorités linguistiques au pays, le CRTC assure dans son communiqué que Radio-Canada et CBC offriront des services aux communautés qui refléteront leurs situations et leurs besoins particuliers.

En entrevue, le président du CTRC a déclaré qu'il n'était pas entièrement satisfait de la programmation régionale.

«Il y avait eu beaucoup d'intervenants qui ne se sentaient pas représentés dans la programmation ou pas desservis», a dit Jean-Pierre Blais.

Pour régler cette situation, l'organisme régulateur dit avoir notamment exigé du diffuseur public qu'il ait recours à la production indépendante issue des communautés linguistiques en situation minoritaire et aussi qu'elles soient mieux représentées dans les bulletins de nouvelles.

Ainsi, les stations de télévision de langue française dans chaque marché doivent diffuser au moins cinq heures de programmation locale par semaine.

Quant à la station de radio CBEF Windsor — qui a été l'objet de litiges et de manifestations de la population pour la garder ouverte — le CRTC a exigé un minimum de 15 heures de programmation locale par semaine pour les communautés minoritaires de langue française du sud-ouest de l'Ontario.

«Il y a des exigences qui sont plus élevées, c'est une super bonne chose», estime M. Nantel.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) note que le CRTC a formulé une condition de licence qui oblige la télévision française de la SRC à s’assurer que ses émissions de nouvelles et d’information nationale reflètent les régions du Canada et les communautés de langue officielle en situation minoritaire. Pour la FCFA, d'avoir une exigence légale est mieux qu'une simple «attente» comme c'était le cas auparavant.

Les audiences publiques ont eu lieu l'automne dernier à Gatineau.

Le CRTC a reçu et examiné plus de 8000 interventions à l'égard de ces demandes de renouvellement de licence.

Cela faisait 12 ans que Radio-Canada et CBC ne s'étaient pas présentées devant le CRTC pour leurs licences de radio et de télévision.

Le CRTC est un tribunal administratif qui réglemente et surveille la radiodiffusion et les télécommunications au Canada.

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