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Une opération contre l'obésité avantagerait les enfants nés par la suite

27/05/2013 03:53 EDT | Actualisé 27/07/2013 05:12 EDT

WASHINGTON - Les mères obèses tendent à accoucher d'enfants qui deviennent eux aussi obèses plus tard. Une nouvelle étude suggère maintenant que des chirurgies visant à perdre du poids pourraient aider à rompre ce cycle de façon inattendue: en modifiant la façon dont se comportent les gènes des enfants.

Dans le cadre d'une étude novatrice, des chercheurs canadiens ont examiné des enfants nés de mères obèses, ainsi que leurs frères et soeurs venus au monde après que la mère eut subi une intervention chirurgicale pour maigrir. Les enfants nés après que la mère eut perdu beaucoup de poids étaient plus minces que les autres. Ils étaient également moins à la merci de facteurs de risque pour le développement du diabète ou de problèmes cardiaques à un âge plus avancé.

Conclusion encore plus intrigante: les chercheurs ont constaté que plusieurs gènes liés aux problèmes de santé découlant de l'obésité fonctionnaient différemment chez les enfants plus jeunes que pour les frères et soeurs plus âgés.

Bien entendu, une alimentation saine et l'exercice jouent un rôle très important dans la santé des jeunes enfants, et l'échantillon de l'étude est limité. Les découvertes portent cependant à croire que les enfants nés après l'opération chirurgicale de la mère pourraient disposer d'un avantage.

Pourquoi y aurait-il une différence? La mère n'a pas transmis des gènes différents, mais ces gènes agissent d'une autre façon chez les enfants. L'hypothèse serait donc que des facteurs donnés, lors de la grossesse, semblent affecter la capacité de développement des gènes du foetus, provoquant des modifications chimiques qui agissent sur l'expression des gènes. Celle-ci, à son tour, aurait une influence importante sur la santé.

Les travaux ont été en partie dirigés par la chercheuse Marie-Claude Volh, de l'Université Laval.

Au dire d'une autre scientifique, la Dre Susan Murphy, de l'Université Duke, il est logique, dans une perspective biologique, que le premier environnement nutritionnel puisse affecter un métabolisme en développement, bien qu'elle souligne que des habitudes familiales plus saines après la chirurgie de la mère puissent aussi avoir un impact.

Il s'agit de la plus récente preuve que l'environnement — dans ce cas-ci: le ventre de la mère — peut modifier l'expression des gènes.

La recherche a par ailleurs des implications bien au-delà des quelques femmes qui prennent la décision draconienne de subir une intervention chirurgicale avant d'avoir un enfant. Les scientifiques sont de plus en plus à la recherche de nouvelles méthodes de lutte contre l'obésité avant ou pendant la grossesse, dans l'espoir d'obtenir des avantages à long terme pour la mère et l'enfant.

Il est donc clair que l'obésité «n'a pas seulement un impact sur votre vie: cela a également un effet sur votre enfant», dit Mme Murphy.

Plus de la moitié des femmes enceintes sont en surpoids ou souffrent d'obésité, selon le Collège américain des obstétriciens et gynécologues. Il ne s'agit pas cependant uniquement du poids des mères lorsqu'elles deviennent enceintes: les médecins tentent également d'en finir avec l'idée de manger pour deux. Prendre trop de poids pendant la grossesse augmente par ailleurs les risques, pour l'enfant, de devenir éventuellement obèse ou de souffrir du diabète.

Le poids de la mère pourrait avoir un impact plus important, sur le foetus à naître, que simplement augmenter son poids éventuel. Les scientifiques savent que certaines molécules gèrent l'activité des gènes, s'y attachant comme des étiquettes chimiques. Voilà ce que cherchait le Dr Frédéric Guénard, de l'Université Laval, lorsqu'il effectuait des tests sanguins. Il a recueilli des échantillons d'enfants nés de 20 femmes avant et après avoir subi d'importantes opérations visant à les faire maigrir en absorbant moins de gras et de calories. En moyenne, ces mères ont perdu une cinquantaine de kilos.

M. Guénard a comparé les différences dans ces étiquettes chimiques dans plus de 5600 gènes entre les enfants plus jeunes et plus âgés, et a découvert d'importantes disparités dans l'activité de certain gènes connus pour affecter le métabolisme du sucre dans le sang et les risques de maladies cardiaques.

Seul le temps permettra de déterminer si ces enfants nés après l'opération chirurgicale de la mère en tireront des avantages à long terme, et ce peu importe la raison. Entre temps, les spécialistes pressent les femmes envisageant de tomber enceintes de discuter de leurs poids avec leur médecin.

En plus d'avoir des conséquences potentielles à long terme, les kilos en trop peuvent provoquer une série de complications immédiates, tel un risque accru de naissance prématurée et d'accouchements par césarienne.

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