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Peut-être une lumière au bout du tunnel pour les Yéménites de Guantanamo

24/05/2013 01:14 EDT | Actualisé 24/07/2013 05:12 EDT

Affaiblis par près de quatre mois de grève de la faim, les Yéménites, qui constituent la majorité des détenus de Guantanamo, entrevoient une lumière au bout de tunnel après plus de 11 ans dans la prison controversée, avec peut-être l'espoir d'un retour au pays.

Confronté à une grève de la faim sans précédent par sa durée et son ampleur, le président Barack Obama a annoncé jeudi la levée de son moratoire sur les transfèrements des Yéménites détenus sans raison à Guantanamo.

Au nombre de 84, les Yéménites représentent la majorité des 166 détenus encore incarcérés à Cuba, dans la prison américaine. Ils sont aussi les plus nombreux --56 sur 86-- parmi les prisonniers à avoir été désignés comme libérables par les administrations Bush et Obama en l'absence d'éléments à charge contre eux.

"Plus d'un tiers de toute la population de Guantanamo sont des Yéménites mis hors de cause, qui, selon le gouvernement lui-même, n'ont aucune raison d'être là", résume auprès de l'AFP l'avocat Omar Farah, du Centre de défense des droits constitutionnels (CCR).

Après l'attentat avorté de Noël 2009, fomenté au Yémen, Barack Obama avait décidé de suspendre tous les transfèrements de Yéménites pour éviter qu'ils ne soient tentés par des thèses radicales.

"La levée de ce moratoire est une étape importante mais seulement si des hommes comme Mohammed al-Hamiri, mon client yéménite déclaré libérable, finissent par retrouver leurs familles", estime Me Farah.

Andrea Prasow, spécialiste de Guantanamo à l'organisation Human Rights Watch (HRW), évoque elle aussi une "promesse importante". "Mais on demande encore à voir", tempère-t-elle auprès de l'AFP: "Il ne s'agit pas de dire dans 6 mois qu'on ne peut pas transférer au Yémen pour des raisons de sécurité".

"Mes clients ont de l'espoir dans une situation désespérée", déclare quant à lui à l'AFP David Remes, avocat de 15 Yéménites. Mais "c'est difficile de voir une lumière au bout du tunnel, car chaque fois qu'on croit qu'il y aura une lumière au bout du tunnel, ce sont les phares d'un train qui approche", renchérit Me Remes, qui parle d'une nouvelle "illusion" alors que "la situation est extrêmement sinistre" à Guantanamo.

Plusieurs de ses clients, en grève de la faim depuis le 6 février, ont évoqué avec lui des méthodes d'un autre temps dans la prison que Barack Obama a promis de fermer dès 2009.

Nourris de force "comme des animaux", fouillés jusque dans leurs parties intimes, privés de leurs effets personnels et de leurs corans que les soldats manipuleraient de manière blasphématoire, Uthman Uthman et Abdalmalik Wahab ont parlé du retour aux années Bush, qui ont suivi l'ouverture de la prison, en janvier 2002, en réaction aux attentats du 11-Septembre.

"Je ne sais pas pourquoi je suis puni, je n'ai même pas tué un poulet", a déclaré Uthman à son avocat, en rapportant des températures glaciales dans les cellules ou encore les techniques cruelles d'alimentation forcée par des sondes insérées par le nez jusque dans l'estomac.

"Je ne veux pas être nourri de force, mais si vous devez me nourrir de force, au moins faites-le humainement", a imploré un autre de ses clients yéménites, Yasin Ismail, selon les propos rapportés par Me Remes.

"Traitez-moi aussi bien que des iguanes, aussi bien que des insectes", a imploré aussi Hussain Almerfedi. Les iguanes sont des espèces protégées à Guantanamo et les chasser est passible d'une amende de 10.000 dollars.

Sur les 103 détenus en grève de la faim, 32 étaient alimentés de force vendredi, dont deux étaient hospitalisés, a déclaré Samuel House, porte-parole de la prison.

"C'est la grève de la faim des prisonniers qui a créé l'urgence du discours du président Obama, il doit être guidé par cette même urgence", a déclaré Omar Farah. "La grève de la faim ne prendra pas fin tant qu'il ne recommencera pas les transfèrements".

chv/mdm

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