POLITIQUE

Surfant sur le scandale des dépenses au Sénat, le NPD promet de l'abolir

22/05/2013 12:41 EDT | Actualisé 22/07/2013 05:12 EDT
CP

OTTAWA - Stephen Harper a affirmé mercredi qu'il n'était pas au courant du chèque de 90 000 $ fait par son chef de cabinet au sénateur Mike Duffy pour lui permettre de rembourser le Sénat, et que s'il l'avait su, il ne l'aurait jamais permis.

En visite officielle au Pérou, le premier ministre a finalement fait face à la musique: il a répondu pour la première fois à des questions des journalistes au sujet de l'implication de son bureau et de Nigel Wright, son chef de cabinet qui a depuis démissionné.

Ce faisant, il s'est aussi distancié du scandale qui secoue Ottawa et son parti.

Mardi, dans la salle du caucus conservateur à Ottawa, M. Harper avait abordé le scandale des dépenses du Sénat, mais n'avait pas mentionné M. Wright. Et il n'avait pas voulu répondre aux journalistes qui ont dû crier leurs questions, en vain.

Le premier ministre avait toutefois indiqué à cette occasion que les règles sur les dépenses des sénateurs seraient resserrées.

Ce «cadeau» de 90 000 $ de la part de M. Wright avait permis au sénateur Duffy de rembourser le Sénat pour les allocations de résidence secondaire et d'autres dépenses qu'il avait réclamées sans y avoir droit.

Jeudi dernier, M. Duffy a démissionné du caucus conservateur, imité le lendemain par la sénatrice Pamela Wallin pour les mêmes raisons. Et dimanche, c'était au tour de M. Wright de quitter son poste dans la foulée du scandale.

Loin du Parlement, dans la capitale péruvienne, M. Harper a finalement fourni certaines explications.

M. Harper a dit ne pas savoir. Mais il y a plus important, a-t-il souligné.

«On ne m'a pas demandé mon opinion, on ne m'a pas demandé mon appui et si on avait fait ça, ma position aurait été d'être contre ça», a-t-il fait savoir.

C'est pour cette raison qu'il a accepté la démission de M. Wright, affirme-t-il.

Se faisant dire qu'il contrôle son cabinet d'une main de fer et qu'il est alors difficile de croire qu'il ignorait toute l'affaire, M. Harper a tenté de faire valoir qu'il était raisonnable de croire M. Duffy.

«M. Wright l'a aidé parce qu'il voulait que les contribuables soient remboursés. C'est une bonne motivation, mais tout de même, ce n'était pas correct que cette décision soit prise et mise à exécution sans que je sois au courant et sans transparence auprès du public», a-t-il dit.

Le premier ministre dit avoir passé à travers toute une gamme d'émotions: il s'est excusé pour la situation, puis s'est dit tour à tour frustré et très en colère.

Quant à savoir si quelqu'un d'autre dans son bureau était au courant pour le chèque de 90 000 $, pas moyen d'y voir clair. Questionné à ce sujet, M. Harper a évité de répondre, disant que M. Wright est le seul responsable.

À Ottawa, l'opposition n'a pas lâché prise, même en l'absence du premier ministre.

«Soyez clair, soyez catégorique, arrêtez de vous cacher dans les Andes, revenez ici et dites aux gens ce qui s'est réellement passé», a lancé aux Communes le chef du Nouveau Parti démocratique (NPD), Thomas Mulcair.

«Il y a quelque chose qui ne marche pas dans toute cette histoire. Les Canadiens comprennent cela.»

Car beaucoup de questions demeurent sans réponse, avance le NPD.

Les conservateurs affirment notamment qu'il n'y a pas de documents qui établissent la teneur de l'entente entre MM. Wright et Duffy.

Alors qu'ils montrent le chèque, a répliqué le chef du Parti libéral, Justin Trudeau.

«Si on avait le chèque on saurait si c'est le bras droit de M. Harper qui l'a effectivement écrit, à qui il a été fait, et s'il était détenu en fidéicommis jusqu'à ce que M. Duffy ait livré sa part de l'entente», a insisté le chef libéral.

Le Bloc québécois ne croit pas non plus que M. Harper ignorait tout.

«Un premier ministre d’un pays n'apprend pas, avec tout le respect que je vous dois, ce qui se passe dans son bureau par les journaux», a lancé le chef bloquiste Daniel Paillé.

Mardi soir, un comité sénatorial a décidé d'examiner à nouveau les dépenses de M. Duffy.

Car il a aussi été allégué que le sénateur avait accepté de rembourser le Sénat sans trop discuter, en échange d'un rapport moins incriminant au sujet de ses dépenses. Ce serait alors aussi à ce moment que M. Duffy aurait cessé de collaborer avec l'audit.

La leader du gouvernement au Sénat, Marjory LeBreton, affirme n'avoir vu aucune preuve de cette allégation.

Dans un communiqué transmis mercredi, le sénateur Duffy a dit accueillir favorablement la décision du comité de se pencher à nouveau sur son cas.

«Les Canadiens méritent d'avoir tous les faits. J'ai confiance que lorsqu'ils les auront, ils vont conclure, comme Deloitte (la firme comptable engagée par le Sénat) l'a déjà conclu, que les gestes que j'ai posés en ce qui concerne mes dépenses ne méritent pas d'être critiqués», a-t-il indiqué.

Les libéraux insistent pour que les travaux du comité du Sénat soient publics, à défaut de voir la Gendarmerie royale du Canada (GRC) s'en occuper comme ils l'auraient préféré.

M. Duffy était présent au Sénat mercredi, assis un peu à l'écart des conservateurs, avec Mme Wallin. Il a quitté la Chambre haute en évitant les journalistes.

Surfant sur le scandale des dépenses au Sénat, M. Mulcair en a aussi profité pour mettre de l'avant son plan d'abolir la Chambre haute.

Le NPD a lancé mercredi une vaste consultation — site Web à l'appui — auprès des Canadiens sur le sort qui devrait être réservé au Sénat.

Pour le NPD, la réponse est simple: l'abolition pure et simple.

La Chambre haute a été remplie par des collecteurs de fonds du Parti conservateur et par des personnes qui ont été rejetées par les électeurs, a souligné M. Mulcair. Le Sénat, une institution «vétuste», n'a pas de raison d'être et ne doit surtout pas servir à modifier les décisions des élus, a martelé M. Mulcair en point de presse.

Le NPD insiste toujours pour avoir une enquête de la GRC, jugeant limité le mandat de la commissaire à l'éthique.

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