DIVERTISSEMENT

Entrevue avec Philippe Starck, de passage à C2-MTL

22/05/2013 10:23 EDT | Actualisé 22/05/2013 10:40 EDT

Philippe Starck, grand manitou du design, est doté d’une terrible intuition. Les objets n’ont vraiment aucun secret pour lui, il les conceptualise, les développe, les dessine. Ses réalisations n’ont pas de limite. Il peut passer d’une brosse à dents à un bateau de 120 mètres sans jamais dévier de sa course, celle d’un designer qui s’interroge sur notre société, ses faiblesses, ses limites et dont la création représente notre unique libération. Nous l’avons rencontré lors de son passage hier en ville pour la conférence C2-MTL.

L’homme de 64 ans vient de livrer une conférence en anglais avec un fort accent français devant un public en majorité francophone. Bizarre ! Le point de presse qui suit se veut plus intime. Philippe Starck nous invite avec une poignée de journalistes à le joindre dans sa loge privée située quelque part dans le gros édifice de l’Arsenal, haut lieu du C2-MTL pour trois jours. Il s’assoit près de nous avant de déclarer en riant: «Je suis le garçon le plus agréable à vivre au monde.»

On sait le designer parisien très occupé, car ses conseils et ses prédictions, on se les arrache partout. De Tokyo à Paris, en passant par Moscou, Los Angeles ou Johannesburg. Qu’est-ce qui l’amène donc à Montréal ? «J’ai accepté l’invitation de Guy Laliberté. Ensemble, on avait déjà beaucoup pensé un projet qui s’articulerait sur les moyens de mettre en scène les plus grands cerveaux du monde. On l’avait appelé "le Cirque de l’intelligence", puis on l’a mis un peu de côté, en attendant de le réaliser. Je vois que le C2-MTL s’inscrit dans cette démarche de mettre en valeur la créativité. Alors, je me suis dit qu’il fallait que je vienne, que c’était logique», a souligné Starck.

Faire plus de place à la science

Malgré tout, il avoue bien candidement n’avoir rien à nous dire. Puis, il critique les médias qui ne font pas assez de place aux scientifiques, trop occupés à courir après les vedettes. Finalement, il fait un plaidoyer en faveur de la science. «Je ne suis pas intelligent moi-même. J’ai d’autres qualités. Par exemple, je suis une bête d’intuition. Mais je porte une admiration profonde à l’intelligence humaine. Les scientifiques sont à la pointe de cette intelligence. Il existe une centaine de scientifiques aujourd’hui qui sont les vrais génies. Pourtant, on ne les interroge jamais», estime-t-il.

Pour donner la parole aux scientifiques, le designer a décidé de produire lui-même un film intitulé «Futur by Starck» en collaboration avec la chaîne franco-allemande Arte. «C’est un documentaire qui se veut une sorte de voyage dans le futur à la rencontre de visionnaires qui pensent et inventent le monde de demain».

philippe starck

Misère et grandeur du déclin de l’Occident

Montréal ou une autre ville, c’est du pareil au même pour Philippe Starck qui se considère faisant partie de ces gens pour lesquels les frontières n’existent déjà plus. «Nous sommes la future génération. Ce qui m’intéresse dans une ville, c’est l’addition des êtres qui y résident et surtout l’énergie créatrice qui y est produite. Si Montréal est, comme je la vois ici, un saut bouillonnant d’énergie, alors c’est formidable», dit-il.

La Commission Charbonneau, la morosité ambiante, les Montréalais qui dépriment, le designer inscrit ces événements dans une vision plus globale. «Ce que vous vivez à Montréal, c’est le déclin de l’Occident annoncé depuis 50 ans. C’est une inquiétude fondamentale et structurelle. Nous avons été les maîtres du monde depuis très longtemps. On en a usé et abusé, sauf qu’aujourd’hui, nous ne sommes plus les dominants. Au mieux, on sera bientôt serviteurs», assume-t-il.

Un déclin vu par Starck comme une opportunité de se réinventer. «L’unique solution, c’est la créativité. Dans l’immédiat, il va falloir réinventer notre nouvelle dignité de pauvre. Ce n’est pas affreux de perdre. Si on ne réagit pas à notre propre déclin, on disparaîtra, sauf si l’on comprend qu’il y a quelque chose d’extraordinaire devant nous. Il nous faut tout reconstruire afin de reprendre une nouvelle place et non notre ancienne place qui était assez ridicule», affirme-t-il avec un sourire bienveillant.

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