BIEN-ÊTRE

Direct from Croisette : Thiago Stivaletti, critique brésilien et juré de la Semaine

22/05/2013 04:45 EDT | Actualisé 22/07/2013 05:12 EDT

A 34 ans, le journaliste/critique brésilien Thiago Stivaletti vit un sixième Festival de Cannes un peu particulier en tant que membre du jury Révélation de la 52e Semaine de la Critique. Il livre son sentiment sur son expérience pour Relaxnews.

Relaxnews : A mi-parcours, quel est ton sentiment sur la Compétition ?
Thiago Stivaletti : C'est une première partie très faible et je pense que toute la presse est un peu d'accord avec ça. On attendait plus des concurrents. Des films que j'ai vu, celui qui a réussi à me surprendre, c'est celui de Jia Zhangke, "A Touch of Sin". C'est un film vraiment fort par rapport au registre habituel du réalisateur. C'est la première fois qu'il emploie autant de violence dans son œuvre. Et il le fait d'une façon très originale. [...] Après Jia Zhangke, l'autre film qui m'a marqué, c'est le Sorrentino. C'est un bon film assez osé dans ses propositions [...] mais il manque un peu aboutissement pour que ce soit complet. C'est un bon candidat. Ca ne m'étonnerait pas s'il gagnait un bon prix comme le Prix du Jury mais pas la Palme d'or.

R. : Et parmi ce qui arrive ?
T.S. : J'attends beaucoup du film de Kechiche parce que je pense que c'est un cinéaste au sommet de son art. Il vient encore avec un long film, près de 3h. Je pense qu'il peut être un fort prétendant. J'avoue que je n'attends pas beaucoup de Polanski et Jarmusch qui ne sont pas en forme actuellement. [...] Mais la plus grande surprise viendra de Spielberg et du jury dont les décisions sont toujours difficiles à saisir.

R : Racontez-nous votre expérience au sein du jury Révélation à la Semaine de la Critique
T.S. : Je suis très heureux d'être là avec trois autres camarades, de France, de Chine et de Turquie. On a de bonnes discussions. C'est la première fois que je suis spécifiquement la Semaine [de la Critique]. [En tant que critique], on donne généralement priorité à la Compétition. Je suis étonné de la qualité des films présentés. De très très bons premiers films. Des cinéastes qui feront j'espère d'autres choses. On se demande parfois pourquoi certains ne sont pas à la Sélection officielle. Mais c'est bien que les sections parallèles diffusent des films de ce calibre. Des films étonnants, à chaque fois originaux, aux spécificités liés à leurs pays d'origine respectifs.

R: Comment expliquez-vous le manque de représentation du cinéma brésilien à Cannes ?
T.S. : Je crois qu'il y a deux choses. Il y a des lacunes du côté du festival et du côté du Brésil. Le Brésil manque encore un peu de capital créatif, de gens vraiment formés pour le cinéma, surtout dans le domaine du scénario. On manque de bons scénaristes. On manque de bonnes histoires. Il y a encore là-bas la tradition de l'auteur qui fait tout, termine et montre son film, sans faire appel à des gens qui pourrait aider à améliorer des aspects scénaristiques.

Aussi, je pense qu'il y a une difficulté de la part des réalisateurs et producteurs brésiliens à se regarder dans le miroir. On en discute avec des collègues brésiliens et c'est quelque chose de profondément brésilien en fait. Le peuple brésilien a toujours des difficultés à regarder ses défauts, ses problèmes. On a vraiment tendance à ne montrer que notre bon profil. Il y a donc à la fois un problème d'écriture et de formations ainsi qu'un problème plus philosophique je dirais, qui regarde le Brésil en tant que pays qui veut se montrer un peu trop généreusement.

R: Et pour le festival ?
T.S. : Je ne pense pas qu'il y ait de la mauvaise volonté. Mais il faut parfois aller chercher un peu plus loin. Je sais qu'il y a au Brésil deux ou trois films par an qui mériterait d'être à Cannes. Ce sont des voix originales mais c'est toujours drôle pour nous, Brésiliens qui voyons bien sûr nos propres films d'une autre façon. Des films que l'on ne trouve pas si bien sont sélectionnés à Cannes. Je pense aussi qu'il faudrait un peu plus d'effort de la part du Festival de Cannes et des autres festivals pour rechercher ces autres films, parfois très petits, mais qui valent la peine et méritent d'être montrés.

R: Quel est votre meilleur souvenir du Festival de Cannes ? 
T.S. : En tant qu'enfant cinéphile, c'était très émouvant de pouvoir interviewer Jodie Foster. Elle était une de mes muses, avec Michelle Pfeiffer, pour son rôle dans "Les Accusés" (1988). Une autre chose drôle qui m'a rendu très célèbre au Brésil, du moins auprès de mes collègues (sourire). J'ai posé une question à Woody Allen en conférence de presse pour "Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu" (2010). Je me rappelle que j'étais hyper nerveux pour poser cette question. Et finalement elle est apparue dans le film "Woody Allen : A Documentary" sorti l'année dernière. Tous mes amis m'ont appelé en me disant "Mais qu'est-ce que tu fais dans le doc sur Woody Allen ?" (rires). 


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