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Dans le "couloir des tornades", peu de personnes équipées d'abris fortifiés

22/05/2013 06:01 EDT | Actualisé 22/07/2013 05:12 EDT

Près de 75% des tornades dans le monde se produisent aux Etats-Unis, notamment dans les grandes plaines du centre du pays, comme l'Oklahoma, mais peu de personnes vivant dans ce "couloir des tornades" choisissent de s'équiper d'un abri fortifié.

Mel Evridge, maçon à la retraite, est fier de dire qu'il fait partie de la minorité de gens ayant au contraire opté pour la sécurité avant tout.

A 69 ans, il a vécu à la fois la tornade fulgurante qui a fait au moins 24 morts lundi à Moore, dans la banlieue d'Oklahoma City, et celle encore plus meurtrière de mai 1999 dans la même ville qui avait tué plus de 40 personnes.

Chez lui, il a choisi non seulement d'installer un abri souterrain fortifié où se réfugier en cas de tornade, mais en plus d'armer la maison qu'il a construite pour sa famille dans les années 1970 de pierres de la région suffisamment solides pour résister aux pires conditions climatiques.

Mais même avec tout cet arsenal, Mel Evridge confie à l'AFP avoir été "tout aussi effrayé (lundi) que lors de la première fois". Le passage d'une tornade "c'est comme une sorte d'énorme rugissement", décrit-il.

A la différence du domicile de ce retraité, peu de maisons situées dans le couloir très vulnérable des tornades, qui traverse les grandes plaines américaines s'étendant du Texas jusqu'à la frontière canadienne, sont équipées d'abris anti-tornades.

Ainsi dans la région d'Oklahoma City touchée lundi, quelque 10 à 20% seulement des maisons disposaient d'une sorte d'abri primaire, précise John Snow, professeur de météorologie à l'Université d'Oklahoma.

Aucune loi locale ou au niveau de l'Etat --pourtant au coeur même du couloir des tornades-- ne rend obligatoire l'installation d'abris fortifiés chez soi. Et les propriétaires qui choisissent néanmoins d'opter pour de telles protections doivent faire face à des prix proches des 4.000 dollars pour l'abri le plus basique.

"Les abris anti-tempêtes sont une bonne idée. Mais les faire construire reste un énorme défi", commente John Snow.

Outre le coût de leur installation, le terrain plat et argileux des grandes plaines américaines ne facilite pas la tâche, rendant les sous-sols de protection vulnérables aux craquements et écroulements.

Il y a aussi le fait que des tornades aussi violentes que celle de lundi à Moore, avec des vents jusqu'à 320 kmh, sont au final des phénomènes rares qui ne se produisent pas aussi souvent que celles de faible intensité.

Pour ce genre de tornades peu puissantes, s'abriter dans une baignoire, sous un escalier, ou dans un placard reste suffisant, explique John Snow.

Les écoles comme celle de Plaza Towers Elementary à Moore, dans laquelle au moins sept enfants ont péri lundi, ne sont pas non plus obligées de construire des abris souterrains. A la place, les professeurs suivent une formation pour savoir comment regrouper leurs jeunes élèves dans les endroits situés loin des fenêtres.

Dans l'Oklahoma, une centaine d'écoles seulement sont équipées de pièces de protection construites avec des financements fédéraux qui ne sont aujourd'hui plus disponibles, note le Wall Street Journal.

Les bâtiments publics sont eux soumis à des règles de construction plus sévères que les habitations privées si bien qu'ils ont une plus grande chance de résister.

"Si vous regardez bien, toutes les toilettes (dans les centres commerciaux) ont des signes indiquant +Abri anti-tornades+", précise M. Snow.

Autre facteur, plus psychologique, expliquant peut-être cette résistance aux abris, la mentalité des habitants de l'Oklahoma, terre de cowboys, de travailleurs du pétrole, de ciel et de prairies à perte de vue qui incarnent l'idéal américain d'individualisme à toute épreuve.

Pour eux, "si vous n'êtes pas contents ici, vous partez", dit John Snow.

rom/sam/lb

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