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Syrie: combats à Qousseir, le Hezbollah inquiète Etats-Unis et UE

21/05/2013 12:40 EDT | Actualisé 21/07/2013 05:12 EDT

Le Hezbollah libanais a envoyé de nouvelles troupes d'élite pour s'emparer de la ville stratégique syrienne de Qousseir, son intervention dans le conflit suscitant l'inquiétude des Etats-Unis tandis que l'UE envisage de mettre sa branche armée sur la liste des organisations terroristes.

Ces développements interviennent à la veille d'une réunion à Amman du groupe des Amis de la Syrie --qui réunit des pays soutenant l'opposition au régime de Bachar al-Assad-- visant à préparer la conférence de paix internationale dite de "Genève 2", initiée par la Russie et les Etats-Unis.

Selon une source au sein des services de sécurité syriens, de violents accrochages se déroulaient dans le nord de Qousseir où s'est regroupée la plus grande partie des insurgés.

"Au moins 31 combattants du Hezbollah ont été tués depuis dimanche ainsi que 76 rebelles" dans cette ville de l'ouest du pays, a affirmé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Seulement "neuf soldats et trois miliciens pro-régime ont péri, ce qui prouve clairement que c'est le Hezbollah qui mène l'assaut", a affirmé le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane, en faisant également état de la mort de huit civils.

Une source proche du parti armé libanais a révélé à l'AFP que la majorité de ses victimes avaient été tuées par des engins piégés posés par les rebelles pour freiner l'avancée du Hezbollah.

"Le Hezbollah a acheminé de nouvelles troupes d'élite (à Qousseir). Il a fait de nombreux prisonniers parmi les rebelles, dont des non-Syriens", a ajouté cette source qui a requis l'anonymat.

Selon l'OSDH, les rebelles offrent "une résistance acharnée pour ne pas abandonner les 25.000 civils bloqués dans la ville, mais le Hezbollah et l'armée poursuivent un assaut de grande ampleur".

Le Fonds des Nations unies pour l'enfance (Unicef) a lancé un cri d'alarme appelant à la protection des milliers de civils, dont de nombreux enfants, pris au piège. La situation est désespérée" à Qousseir, a déclaré une porte-parole de l'Unicef.

Pour Waddah Charara, professeur de sociologie à l'Université libanaise, le Hezbollah chiite est impliqué dans "la bataille car cette ville est la porte par laquelle passent les hommes (les rebelles en majorité sunnites, ndlr) et l'armement vers le nord du Liban et du nord du Liban vers la Syrie".

Or, explique l'auteur de "L'Etat Hezbollah", "Tripoli est un bastion de l'opposition sunnite au Liban et en fermant cette porte il affaiblit ses principaux adversaires libanais, d'où l'importance de la prise de la ville".

Deux sunnites qui tentaient de rejoindre Qousseir pour y combattre ont été tués et enterrés mardi dans la région libanaise de Wadi Khaled, où des chutes d'obus ont par ailleurs fait 9 blessés, selon un responsable local.

Deux civils ont aussi été tués et 27 blessés à Tripoli dans des combats entre habitants de quartiers sunnite et alaouite --communauté à laquelle appartient M. Assad, selon une source de sécurité.

Alors que le président américain Barack Obama a exprimé auprès de son homologue libanais Michel Sleimane ses inquiétudes sur la présence du Hezbollah en Syrie, l'Union européenne envisage pour sa part de mettre la branche armée de mouvement sur la liste des organisations terroristes, à la demande du Royaume-Uni.

Pour Bassam Abou Abdallah, directeur du Centre de Damas pour les études stratégiques, l'opération militaire de Qousseir s'inscrit en vue de la conférence internationale prévue en juin à Genève.

"Elle vise à convaincre les autres parties (rebelles et opposition) que l'option militaire ne pourra pas réussir" contre le régime, a déclaré cet analyste syrien proche du pouvoir.

Dans la perspective de la conférence de Genève, qui vise à faire dialoguer à la même table des représentants de l'opposition et du régime, les Amis de la Syrie se réunissent mercredi à Amman, en présence de onze chefs de la diplomatie, dont le secrétaire d'Etat américain John Kerry.

Le vice-secrétaire général de l'ONU, Jan Eliasson, a estimé qu'une éventuelle réunion à Genève ne pouvait fonctionner que si le gouvernement et les rebelles envoyaient des équipes de négociation "crédibles".

Le régime syrien a établi début mars une liste de cinq ministres -- dont le Premier ministre Waël al-Halaqi -- dans la perspective d'éventuelles négociations, selon des sources diplomatiques européennes.

L'opposition, qui pose comme condition sine qua non le départ de M. Assad et de son régime, se réunit pour sa part jeudi à Istanbul pour élire ses nouvelles instances et décider de sa participation ou non à la conférence.

Par ailleurs, dans le sud de la Syrie, un incident a eu lieu dans la nuit de lundi à mardi avec Israël sur le plateau du Golan. L'armée syrienne a affirmé avoir détruit un véhicule israélien ayant dépassé la ligne de cessez-le-feu, ce qu'ont démenti les Israéliens. Ces derniers, qui ont riposté, ont fait état de tirs ayant légèrement endommagé un véhicule.

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