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Spectaculaire suicide d'une figure de l'extrême droite dans la cathédrale Notre-Dame de Paris

21/05/2013 08:44 EDT | Actualisé 21/07/2013 05:12 EDT
AFP

PARIS - Une figure de l'extrême droite française, l'écrivain Dominique Venner, 78 ans, s'est suicidé mardi avec une arme à feu devant l'autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris, provoquant l'évacuation sans incident d'une foule de plus d'un millier de touristes.

Dominique Venner, historien, essayiste et militant de la mouvance d'extrême droite radicale depuis plus de 50 ans, s'est donné la mort peu après 16h00 (14h00 GMT) à l'aide d'un pistolet.

Dans un post publié mardi sur son blog, il renouvelait son opposition à la "loi infâme" autorisant le mariage et l'adoption aux couples homosexuels, promulguée samedi en France à l'issue d'un débat parlementaire agité et de manifestations de rue massives.

Mais il jugeait aussi que qu'il ne fallait pas "se limiter au refus du mariage gay", et que le vrai "péril" était "l'immigration afro-maghrébine", qu'il assimilait à un "grand remplacement de la population de la France et de l'Europe".

"Il faudra certainement des gestes nouveaux, spectaculaires et symboliques pour ébranler les somnolences, secouer les consciences anesthésiées et réveiller la mémoire de nos origines", écrivait-il.

Marine Le Pen, présidente du Front national (FN, extrême droite), a réagi sur son compte Twitter en exprimant son "respect" à Dominique Venner et en estimant que son geste "éminemment politique" était une tentative de "réveiller le peuple de France".

Bruno Gollnisch, une figure du FN, y a vu "une protestation contre la décadence de notre société".

Dominique Venner a lui-même expliqué son geste dans un message lu après sa mort sur Radio Courtoisie, une radio française de tendance conservatrice.

"Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable", déclare Dominique Venner dans ce message lu à l'antenne par l'un de ses amis.

"Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. Je m'insurge contre la fatalité", "contre les poisons de l'âme" et "les désirs individuels envahissants qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire", ajoute Dominique Venner.

"Alors que je défends l'identité de tous les peuples chez eux, je m'insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations", dit-il aussi dans son message, une référence explicite à l'immigration.

Mgr Patrick Jacquin, recteur de la cathédrale Notre-Dame de Paris, a précisé à l'AFP que Dominique Venner avait posé une lettre sur l'autel, dans le choeur, à l'attention des enquêteurs, avant son suicide. Une lettre qui, selon une source policière, est dans l'esprit de son ultime envoi sur son blog.

Un tel suicide dans ce haut lieu religieux et touristique est "sans précédent", selon l'évêché et le ministre de l'Intérieur Manuel Valls qui s'est rendu sur place.

Comme l'écrivain japonais Mishima

Présent dans la cathédrale au moment des faits, Greg, touriste américain venu de Phoenix dans l'Arizona, a expliqué à un journaliste de l'AFP qu'il n'y avait pas eu de mouvement de panique lors de l'évacuation par les gardes en civil.

Toutes les messes ont été annulées jusqu'à 20h00 (18h00 GMT), heure à laquelle était prévue une "veillée pour la vie". "On va prier pour cet homme comme pour tant d'autres qui sont à bout", a ajouté Mgr Jacquin. "C'est terrible, on pense à lui et à sa famille".

Dominique Venner n'était pas catholique et se revendiquait païen.

Une centaine de sympathisants d'extrême droite se sont rassemblés mardi soir sur le parvis de Notre-Dame pour lui rendre hommage, rappelant qu'il avait "toujours défendu la France, belle, forte et fière d'elle-même".

Pour son éditeur, Pierre-Guillaume de Roux, ce geste revêt "une puissance symbolique extrêmement forte qui le rapproche de (Yukio) Mishima", l'écrivain japonais qui s'était suicidé en s'ouvrant le ventre au sabre (seppuku) en 1970, après avoir échoué à soulever l'armée en faveur du Japon traditionnel et de l'empereur.

Engagé volontaire pendant la guerre d'Algérie, Dominique Venner a fait partie de l'Organisation armée secrète (OAS), structure clandestine qui visait à maintenir l'Algérie française.

Militant depuis le milieu des années 1950, puis théoricien, cette figure méconnue du grand public avait contribué à refonder l'extrême droite française, à travers plusieurs organisations. Avec ses écrits, il a aussi inspiré la Nouvelle droite, cette école de pensée née dans les années 1970 et qui voulait réarmer intellectuellement la droite et l'extrême droite.

"Son aura allait au-delà de l'extrême droite. Il était publié chez de grands éditeurs", relève un spécialiste de cette famille politique, Jean-Yves Camus.

Dominique Venner est l'auteur de nombreux ouvrages consacrés à l'histoire, politique et militaire, aux armes à feu et à la chasse. Son dernier ouvrage, "Un samouraï d'Occident, le bréviaire des Insoumis", doit paraître en juin.

Dans La Nouvelle Revue d'Histoire numéro 64 de janvier-février 2013, qu'il dirigeait, Dominique Venner écrivait que "sous sa forme volontaire illustrée par les samouraï et les +vieux Romains+", la mort "peut constituer la plus forte des protestations contre une indignité autant qu'une provocation à l'espérance".

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