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Scandale des dépenses au Sénat: Harper dit que les règles seront resserrées

21/05/2013 10:23 EDT | Actualisé 21/07/2013 05:12 EDT
AP
Canadian Prime Minister Stephen Harper delivers a statement regarding the federal government review of the $15.1-billion takeover of Nexen Inc. by China's CNOOC Ltd. and the $6-billion takeover of Progress by Malaysia's Petronas, Friday Dec. 7, 2012. (AP Photo/The Canadian Press, Fred Chartrand)

OTTAWA - Sa réaction au scandale des dépenses au Sénat était fort attendue, mais Stephen Harper n'a fourni mardi aucune explication aux Canadiens sur ce qui s'est passé, notamment au sujet des actions de son ex-chef de cabinet qui a donné 90 000 $ à un sénateur pour le sortir du pétrin.

Et cette débâcle pourrait faire perdre à M. Harper un autre joueur: le sénateur québécois Jacques Demers s'est dit «en période de réflexion» sur son avenir, et pourrait quitter.

Le premier ministre s'est adressé à ses troupes lors du caucus hebdomadaire, et cela, juste avant de s'envoler pour l'Amérique du Sud.

Après le caucus, la quasi-totalité des conservateurs interrogés ont réitéré leur foi en leur chef, se disant satisfaits des explications reçues, et préférant passer à autre chose.

Pour M. Demers, tout devait dépendre de l'information donnée par M. Harper et des actions entreprises.

Après le caucus, le sénateur a déclaré que «M. Harper a été excellent» et que son éthique est au-delà de tout reproche. Mais il était toujours en période de réflexion, qui «pourrait m'amener à quitter le Sénat», a dit l'ancien coach du Canadien de Montréal nommé à la Chambre haute par M. Harper.

Il est d'ailleurs d'avis que si des sénateurs sont fautifs, ils ne devraient pas siéger comme indépendants, ils devraient carrément être mis à la porte du Sénat. Point final.

M. Demers a dit voir trop de Canadiens pauvres, qui ont de la difficulté à boucler les fins de mois, pour accepter que des sénateurs usent ainsi des fonds publics.

Les troupes conservatrices sont empêtrées depuis un bon moment avec deux de leurs sénateurs — Mike Duffy et Pamela Wallin— qui auraient réclamé, sans y avoir droit, des allocations de résidence et d'autres dépenses. Le sénateur indépendant Patrick Brazeau et le libéral Mac Harb ont aussi vu leurs dépenses scrutées et ont été sommés de les rembourser.

Le sénateur Duffy est aussi dans l'eau chaude car il aurait remboursé le Sénat à l'aide d'un chèque-cadeau de 90 000 $ du chef de cabinet de M. Harper, Nigel Wright, qui a démissionné dimanche dans la foulée du scandale.

En guise de réponse à toute cette affaire qui éclabousse les conservateurs, M. Harper a indiqué que les règles du Sénat sur les dépenses seraient resserrées.

Il a aussi eu cet avertissement.

«Quiconque veut utiliser une charge publique pour son propre bénéfice devrait changer de plan ou, encore mieux, quitter cette pièce», a-t-il dit.

M. Harper a mentionné du bout des lèvres la raison pour laquelle il a décidé de parler au caucus conservateur — devant les journalistes, pour une rare fois — en ce moment de crise. «En raison des événements survenus récemment», s'est-il contenté d'évoquer.

«Je ne suis pas content. Je suis très troublé», a dit M. Harper au sujet du comportement de certains parlementaires et de son propre bureau.

Mais pas un mot sur M. Wright. Ni sur l'implication de son bureau dans toute cette affaire.

La semaine dernière, le bureau du premier ministre avait indiqué que M. Harper n'était pas au courant du chèque que M. Wright avait fait à M. Duffy, avant que ce fait ne soit rapporté dans les médias. La version a été confirmée par M. Wright.

En privé, dans le cercle fermé du caucus, M. Harper n'aurait pas fourni plus d'explications sur les gestes de son ex-chef de cabinet, selon le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, et le sénateur Jean-Guy Dagenais.

«On n'a pas eu plus de détails. On a eu le même discours du premier ministre», a déclaré le ministre Moore.

«Non, on n'en a pas eu et moi personnellement, je ne tiens pas à en avoir», a rajouté M. Dagenais.

Le réseau CTV a de plus rapporté que l'ancien conseiller légal de M. Harper aurait rédigé les documents au soutien de ce «cadeau».

«Est-ce que le premier ministre va appeler la Gendarmerie royale du Canada (GRC) et dévoiler tous les documents reliés à cette entente négociée dans l'ombre?», a demandé le chef de l'opposition officielle, Thomas Mulcair, en Chambre.

«C'est notre compréhension qu'il n'y a pas de documents», a répliqué le ministre John Baird.

«Cette affaire a été référée à deux autorités indépendantes qui vont l'examiner. Nous avons hâte de voir leurs rapports au Parlement et aux Canadiens», a-t-il ajouté.

Il faisait ainsi référence à la commissaire fédérale à l'éthique qui doit étudier le cas de M. Wright, et au comité sénatorial constitué pour examiner les dépenses des sénateurs. Or, la première a été interpellée à la demande du Nouveau Parti démocratique (NPD) et le second, constitué de sénateurs en fonction, peut difficilement être qualifié d'indépendant.

La commissaire n'a d'ailleurs pas encore indiqué si elle allait ouvrir une enquête sur cette affaire, mais dit être en communication avec le bureau du premier ministre.

Et une telle démarche pourrait prendre des mois, voire plus d'un an, avant d'aboutir.

Dans son allocution, M. Harper s'est aussi servi de ce scandale pour justifier la réforme du Sénat qu'il essaie de faire adopter.

«C'est ce gouvernement qui a mis de l'avant un projet de loi, opposé tant par le NPD que les libéraux, afin de permettre des élections au Sénat et une limite sur la durée des mandats», a fait valoir le premier ministre.

«Le statu quo au Sénat n’est pas acceptable. Les Canadiens et les Canadiennes veulent que le Sénat change», a-t-il ajouté.

Le premier ministre a déclaré que si des «distractions» — comme il les a appelées — se présentaient, il allait s'en occuper mais que l'accent devait être mis sur l'emploi et l'économie.

M. Harper n'a pas répondu aux questions des journalistes.

Au terme de son discours, il a été chaudement applaudi par le caucus qui se débat avec ce scandale de dépenses.

«C'est tolérance zéro», ont répété fidèlement des députés conservateurs après leur rencontre.

Outré, le NPD tire dans toutes les directions.

En plus de la commissaire fédérale à l'éthique, il a demandé à la conseillère sénatoriale à l'éthique de se pencher sur le cas de M. Duffy. Aussi, il a contacté la (GRC) pour qu'elle examine si des actes criminels ont été posés. Aucune de ces instances n'a encore confirmé le déclenchement d'une enquête.

«On a demandé au premier ministre de nommer un enquêteur indépendant, il n'a rien fait, il n'a pas répondu, il appelle cela une distraction», s'est indigné le porte-parole du NPD en matière d'éthique, Charlie Angus.

«La marque éthique du premier ministre est sévèrement endommagée», a-t-il conclu.

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