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Pakistan: les drones ne dopent pas la rébellion, mais ne sont pas la solution (ICG)

21/05/2013 01:11 EDT | Actualisé 21/07/2013 05:12 EDT

Les très impopulaires tirs de drones américains au Pakistan ne dopent pas ou peu le recrutement des talibans et d'Al-Qaïda mais ne sont pas pour autant la solution pour mettre fin à leur rébellion, estime l'International Crisis Group (ICG) dans un rapport publié mardi.

Dans ce texte intitulé "Drones: mythe et réalité au Pakistan", l'ICG invite les Etats-Unis, qui ont bombardé, selon lui, au moins 350 fois les zones tribales du nord-ouest depuis 2004, à mettre fin à leur caractère unilatéral et clandestin.

Washington considère ces tirs comme un élément essentiel et efficace de la "guerre contre le terrorisme" qu'il livre à Al-Qaïda et à ses alliés, notamment les talibans afghans et pakistanais, dans cette région comme dans d'autres pays.

Mais ces bombardements sont dénoncés au Pakistan comme par les groupes internationaux de défense des droits de l'homme car ils tuent régulièrement des civils, en plus d'être des exécutions sommaires extra-judiciaires et de ne faire l'objet d'aucun accord international.

Selon l'institut britannique Bureau of Investigative Journalism, ces tirs ont tué jusqu'à 3.587 personnes, dont plus de 800 civils, depuis 2004 au Pakistan.

Les opposants à ces bombardements estiment de plus qu'ils jettent une partie de la population locale dans les bras des rebelles. Mais l'argument est minimisé par l'ICG, qui estime que "le bénéfice engrangé par les groupes extrémistes, y compris en terme de recrutement, semble minimal".

Pour l'ICG, basé à Bruxelles mais qui dispose d'un bureau permanent à Islamabad, les principales causes de la persistance des rébellions islamistes dans les sept zones tribales semi autonomes qui bordent l'Afghanistan -- des régions pauvres, enclavées et sous-développées -- sont avant toutes locales.

Il souligne ainsi "l'absence d'Etat et l'insécurité engendrée par le vide politique, économique et judiciaire" et "le fait que l'armée (pakistanaise) soutienne et fournisse des sanctuaires aux groupes rebelles, et passe des accords avec eux".

Pour y remédier, l'ICG appelle à normaliser ces zones en mettant fin à l'exception institutionnelle qui les régit, héritée de l'empire britannique.

Cela permettrait ainsi, selon lui, de pouvoir traduire en justice les extrémistes violents comme n'importe quel criminel dans le reste du pays, et de pouvoir ainsi réduire l'attrait des tirs de drones pour Washington.

Le rapport invite enfin les Etats-Unis à mettre fin au secret qui entoure ces tirs et à les conformer aux législations internationales en vigueur.

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