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Saisie de relevés téléphoniques: «anticonstitutionnel», affirme le patron d'AP

19/05/2013 07:20 EDT | Actualisé 19/07/2013 05:12 EDT

WASHINGTON - Le président de l'Associated Press (AP) a qualifié d'«anticonstitutionnelle» la saisie secrète, par le gouvernement des États-Unis, de deux mois de relevés téléphoniques de journalistes, et a indiqué que l'agence de presse n'écartait pas la possibilité d'intenter une poursuite contre le département de la Justice.

Lors de sa première série d'entrevues télévisées depuis qu'il a été révélé que le département avait saisi des relevés téléphoniques de journalistes et d'éditeurs, Gary Pruitt a affirmé que l'initiative avait déjà eu un impact négatif sur le journalisme.

Selon lui, la saisie a incité les sources à moins se confier aux journalistes d'AP et, à long terme, pourrait limiter les informations offertes par les médias américains. De passage à l'émission «Face The Nation», au réseau CBS, M. Pruitt a par ailleurs déclaré que le gouvernement n'avait aucune raison de surveiller les activités de collecte de nouvelles d'Associated Press.

Aux yeux du sénateur républicain John Cornyn, un membre du comité sénatorial sur la justice, le gouvernement devrait se concentrer sur les gens qui coulent des informations sensibles en matière de sécurité, et non pas sur les journalistes qui en font état. Il a ajouté que son comité devrait tenir des audiences sur la façon dont le département a obtenu les relevés téléphoniques d'AP.

Selon M. Cornyn, les actions du département de la Justice s'inscrivent dans la foulée d'une démarche de l'administration du président Barack Obama consistant à faire taire ses détracteurs. Il a également renouvelé son appel à la démission du procureur général Eric Holder.

Dan Pfeiffer, conseiller en chef à la Maison-Blanche, a toutefois dit que M. Obama avait pleine confiance en M. Holder. Il a également insisté sur le fait que la Maison-Blanche n'avait pas été impliquée dans la décision de s'emparer des relevés téléphoniques d'Associated Press.

Bien que le département de la Justice n'a pas expliqué pourquoi il avait cherché à obtenir les relevés téléphoniques des reporters d'AP, M. Pruitt a fait référence à un article du 7 mai 2012 qui dévoilait des détails d'une opération de la CIA au Yémen pour faire dérailler un projet d'attentat aux environs du premier anniversaire de l'assassinat d'Oussama Ben Laden, survenu le 2 mai 2011.

L'Associated Press avait retardé la publication de cette nouvelle à la demande de responsables gouvernementaux qui jugeaient qu'elle menacerait la sécurité nationale.

«Nous avons respecté ça (la demande), nous avons agi de façon responsable, nous avons retenu la nouvelle», a confié M. Pruitt.

Selon ce dernier, Associated Press a finalement publié la nouvelle après que des responsables de deux branches du gouvernement eurent confirmé que la menace s'était estompée.

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