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"Je ne suis pas un de ses adorateurs", dit un arrière-petit-fils de Wagner:

19/05/2013 06:19 EDT | Actualisé 19/07/2013 05:12 EDT

"Je n'essaie pas de culpabiliser qui que ce soit. Je ne veux pas que Richard Wagner soit banni. Mais je ne suis pas un de ses adorateurs, pas un de ceux qui lui brûlent des cierges".

Richard Wagner, dont on célèbre mercredi le bicentenaire, lui a transmis le nez et le front reconnaissable chez beaucoup de ses descendants, mais Gottfried Wagner ne tire aucune fierté de son illustre aïeul.

A la différence des autres membres de la vaste tribu Wagner, cet arrière-petit-fils du compositeur préféré d'Hitler refuse de passer sur les aspects sinistres d'un des musiciens les plus controversés au monde.

Ce musicologue de 66 ans, fils de feu Wolfgang Wagner --le patriarche qui a régné durant près de 60 ans sur le festival de Bayreuth dédié aux opéras du compositeur-- Gottfried a appris tôt ce qu'il en coûtait de se rebeller.

"J'ai été expédié en internat pour avoir badigeonné de peinture rouge" un célèbre buste de Wagner par Arno Breker, un autre favori d'Adolf Hitler, raconte-t-il dans un entretien avec l'AFP.

Ce buste trône toujours devant le Festspielhaus de Bayreuth, bâtiment dessiné par Richard Wagner dans cette bourgade du sud de l'Allemagne et où les wagnériens viennent en pèlerinage estival.

"J'étais considéré comme difficile. Mais aujourd'hui encore j'estime avoir eu raison", même s'il s'agissait plus d'une réaction viscérale que d'un acte réfléchi de protestation, explique-t-il. "Je le voyais comme une menace".

De fait, Gottfried est considéré le mouton noir du clan, une image que n'a pas amélioré la publication en 1977 de son autobiographie "Wer nicht mit dem Wolf heult" (littéralement "Celui qui ne hurle pas avec le loup", en référence à un surnom d'Hitler, mais publié en français sous le titre "L'Héritage Wagner", NDLRr)

Il y réclame la publication de la volumineuse correspondance échangée de 1923 à 1945 entre Hitler et la famille Wagner, et la levée du secret sur 27 bobines de film à caractère privé.

Dans une interview au quotidien berlinois Der Tagesspiegel dimanche, sa demi-soeur Katarina s'engage à nouveau à rendre publics les documents personnels de leur père Wolfgang, en les remettant aux archives de l'Etat de Bavière.

Mais Gottfried veut aussi la publication de la correspondance de Winifred Wagner, la belle-fille du compositeur, qui a régné sur Bayreuth de 1930 à la fin de la guerre. Cette Anglaise de naissance, épouse de Siegfried Wagner, était une fervente nazie et une amie d'Hitler.

Impossible, dit Katarina au Tagesspiegel, expliquant ne pas avoir les droits.

Dans son dernier livre, "Du sollst keine anderen Götter neben mir haben" ("Tu n'auras pas d'autres dieux que moi", le premier des dix commandements dans le judaïsme et la chrétienté, NDLR), Gottfried examine l'antisémitisme et la misogynie qui sont selon lui inhérents à l'oeuvre de Wagner.

"Il ne s'agit pas de gâcher le plaisir des gens", se défend-il. "Mais il n'y a rien à gagner le blanchir et à l'idéaliser. Même les personnalités aussi imposantes que Richard Wagner ne sont pas intouchables".

Wagner n'est pas seulement le compositeur de treize opéras, il était aussi un écrivain et un théoricien prolifique.

On lui doit notamment "Le judaïsme dans la musique", un pamphlet antisémiste publié sous un pseudonyme en 1850 mais revu, augmenté et signé lors de sa réédition en 1869.

L'oeuvre de Wagner "comporte toute une série d'écrits racistes et sexistes", assure Gottfried. "Il développe ses propres théories raciales. C'est du racisme obscène. (...) On ne peut pas simplement l'ignorer et dire +tout cela n'est que de la musique magnifique".

Après la mort de Wolfgang Wagner en 2010, les rênes du festival, un événement d'un mois avec une liste d'attente de 10 ans, sont revenues à la soeur de Gottfried, Eva Wagner-Pasquier, et à sa demi-soeur Katharina.

Mais Gottfried, dont la thèse de doctorat portait sur Kurt Weil, Bertold Brecht et autres artistes "dégénérés", selon le IIIe Reich, assure n'avoir jamais participé à la bataille très médiatisée autour de cet héritage.

"Pour moi il n'a jamais été question de succéder à mon père. Je veux conserver mon indépendance", lance-t-il. "C'est une question éthique. Je refuse de jouer dans un soap opera".

Selon lui, il est tout simplement incompréhensible de ne pas admettre le rôle de Wagner dans la montée du nazisme.

L'Allemand Christian Thielemann, chef d'orchestre officieux de Bayreuth, défend dans son récent livre "Mein Leben mit Wagner" (Ma vie avec Wagner) que la musique est par essence apolitique: "un accord de do majeur n'est qu'un accord de do majeur".

Pas du tout, rétorque Gottfried: "Wagner utilisait les tonalités dans un contexte très concret. Pas par hasard. Il y avait toujours un message".

Le lien est selon lui direct entre cette musique et la soif de pouvoir politique.

Hitler était un visiteur régulier du festival, et un ami personnel des Wagner. Et aujourd'hui les politiques jouent des coudes pour défiler sur le tapis rouge au soir de l'ouverture du festival, le 25 juillet.

"Tout cela revient à de l'auto-adulation", analyse Gottfried. "C'est ce qui conduit les gens à Bayreuth, et c'est exactement ce qu'apporte Wagner. Bayreuth sera toujours politique."Lorsque la chancelière (Angela) Merkel y va, vous ne pouvez pas dire qu'il ne s'agit que de belle musique!".

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