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L'ONU adopte une résolution sur la décolonisation de la Polynésie française

17/05/2013 03:21 EDT | Actualisé 17/07/2013 05:12 EDT

L'Assemblée générale de l'ONU a adopté vendredi une résolution qui place la Polynésie française sur la liste des territoires à décoloniser, malgré la défaite des indépendantistes aux élections territoriales début mai et les pressions de Paris.

La résolution, présentée par plusieurs petits Etats du Pacifique (îles Salomon, Nauru, Tuvalu, Samoa) ainsi que par le Timor oriental, a été adoptée par consensus.

La France, qui s'oppose à cette démarche, n'a pas participé à la séance et a immédiatement dénoncé "une ingérence flagrante" et "une absence complète de respect pour les choix démocratiques des Polynésiens".

La résolution "affirme le droit inaliénable de la population de la Polynésie française à l'autodétermination et à l'indépendance", conformément à la Charte de l'ONU (article 73 sur les territoires non autonomes). Elle invite le gouvernement français à "faciliter et accélérer la mise en place d'un processus équitable et effectif d'autodétermination" en Polynésie.

Cette résolution a une portée largement symbolique. Elle ouvre en principe la voie à un référendum d'autodétermination par lequel la population polynésienne pourrait à terme se prononcer en faveur de l'indépendance, de la départementalisation ou d'un statut intermédiaire d'autodétermination. Mais en pratique, plusieurs des gouvernements qui ont des territoires sur la liste ne respectent pas ces règles.

A la suite du vote, plusieurs pays (dont Royaume-Uni, Allemagne, Pays-Bas, Etats-Unis) se sont "démarqués du consensus" pour marquer leur désapprobation, faisant valoir la défaite des indépendantistes aux élections territoriales.

Pour l'ambassadeur des Iles Salomon Collin Beck, en revanche, ces élections "ne peuvent pas être assimilées à un référendum" sur le sort du territoire.

La France avait décidé de boycotter l'examen de la résolution, affirmant que "le droit à l'autodétermination ne peut s'exercer contre la volonté des populations concernées".

Les élus autonomistes de l'Assemblée territoriale avaient formulé jeudi le "voeu" que la Polynésie ne soit pas inscrite sur la liste de l'ONU.

Pour l'instant, la Polynésie française est une collectivité dotée d'une très large autonomie, mais la France conserve ses compétences régaliennes, telles que la sécurité publique ou les relations internationales.

Le président polynésien sortant, l'indépendantiste Oscar Temaru, qui a perdu les élections au profit de son rival de toujours, l'autonomiste Gaston Flosse, se démenait depuis plusieurs mois pour que la collectivité d'outre-mer soit réinscrite sur la liste de l'ONU. M. Temaru était présent à New York pour le vote.

Ironie de l'Histoire, les Nations unies ont adopté cette résolution quelques heures seulement avant que M. Temaru ne perde son poste de président, au profit de M. Flosse qui devait être élu ce vendredi à Papeete.

Le gouvernement français avait réussi à retarder ce vote à l'ONU pendant près de deux mois, jusqu'aux élections du 5 mai, où le Tahoeraa Huiraatira de M. Flosse a largement devancé, avec 45% des suffrages, l'UPLD d'Oscar Temaru (29,26%).

Mais les promoteurs de la résolution ont refusé de retirer leur texte malgré les pressions de Paris et une ultime démarche de M. Flosse.

Celui-ci avait demandé mercredi au président de l'Assemblée générale Vuk Jeremic de repousser le vote, en s'appuyant sur le verdict des urnes. Il faisait valoir que trois électeurs polynésiens sur quatre avaient manifesté leur rejet de cette résolution.

La Nouvelle-Calédonie figurait déjà sur la liste de l'ONU. La France soumet régulièrement des rapports à l'ONU sur l'application des accords de Matignon et de Nouméa sur l'autonomie de ce territoire.

La liste de l'ONU comprend désormais 17 territoires, dépendant pour la plupart du Royaume-Uni (Gibraltar, Malouines, Iles Caïmans, Saint-Hélène) ou des Etats-Unis (Iles Vierges, Guam, Samoa américaines).

avz/ml/sam

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