BIEN-ÊTRE

Montréal: la Black Fashion Week est lancée

16/05/2013 10:03 EDT | Actualisé 17/05/2013 12:53 EDT
Omar Victor Diop

Les amoureux des beaux vêtements convergeront vers un nouveau point de rencontre, jeudi et vendredi, alors que se tiendra la toute première mouture montréalaise de la Black Fashion Week, une célébration de la mode afro-caribéenne. La styliste sénégalaise Adama Ndiaye, alias Adama Paris (le nom de sa compagnie), productrice et fondatrice de l’événement, nous a brièvement parlé de son festival, qui met en vedette les plus prestigieux ambassadeurs de la tendance black.

« On a créé le concept pour permettre aux designers africains de promouvoir leurs marques et de se vendre, a expliqué celle qui a récemment été nommée parmi les 15 femmes les plus puissantes d’Afrique par Le Figaro Madame. C’est une façon d’ouvrir et d’éduquer les regards sur ce qu’est la mode noire. Même si ce n’est pas une question de races, vu notre couleur de peau, il y a des choses qu’on peut porter plus facilement qu’une brune ou qu’une blonde, par exemple. »

« Aussi, notre grand objectif, c’est de valoriser les mannequins noirs. Une étude du Time Magazine a démontré que, depuis quelques années, le monde de la mode est à 97% caucasien. Dans ma vie professionnelle, ça me frustre de voir qu’il n’y a que très peu de filles noires et d’autres ethnies. En ce qui a trait aux designers, c’est un peu comme la musique qu’on dit “noire”. Elle n’est pas faite par des noirs, pour des noirs. Joe Cocker, Eminem… Tous ces artistes ne sont pas forcément noirs. Mais ils partagent cette culture et l’envie de la promouvoir. La Black Fashion Week, c’est dans le même esprit, mais pour la mode. »

Le rendez-vous a pris forme il y a 11 ans sous l’appellation Dakar Fashion Week. Puis, en 2010, Adama Paris a décidé d’exporter son projet au-delà des frontières africaines pour accroître le rayonnement des artisans, notamment en Occident et en Europe. Une édition s’est tenue à Prague en 2011, à Paris en 2012, et voilà que Montréal en sera l’hôtesse cette semaine pour une première fois, qui ne sera pas la dernière, a assuré Adama Paris. En juin, la dame et ses troupes retourneront à Dakar, puis poseront ensuite leurs valises au Brésil en novembre, avant de se rendre à Genève. L’événement itinérant se promène ainsi au gré de l’intérêt des villes.

Mode et musique

Les festivités ont donc été lancées mercredi soir, avec un cocktail privé réunissant des designers, des acheteurs et des représentants de la presse. Jeudi et vendredi, les défilés se succéderont à l’église Saint-Jean-Baptiste, sur le Plateau Mont-Royal. Des créateurs et des maisons de couture d’ici et d’ailleurs exhiberont alors leurs plus belles collections. Parmi ceux-ci, énumérons les noms d’Adama Paris, Au Noir, Claudette Floyd, Créations Youd, Diana Gadie, Elie Kuame, Emilia Torabi, Ericka Jean, Helmer Joseph, Luxyria, Samuel Dong et Yves Jean Lacasse. Un volet musical complétera l’offre, avec la chanteuse d’origine Rwandaise Nicole Musoni qui a ouvert la fête au son de ses airs R&B et soul, et la DJ Debby Rose qui accompagnera toutes les présentations.

En guise de mot de la fin, Adama Ndiaye a-t-elle l’impression de contribuer à une mission sociale en moussant sa Black Fashion Week aux quatre coins du globe?

« Je suis une militante, a-t-elle répondu sans hésitation. Une créatrice blanche n’aurait pas à faire le travail que je fais. C’est beaucoup de militantisme, dû à mon histoire en tant que designer, aux problèmes que j’ai rencontrés dans ma carrière, pour pouvoir présenter mes collections dans des semaines de mode officielles. C’est une réalité aberrante, complètement archaïque. À notre époque, on ne devrait pas avoir de problèmes à se faire voir parce qu’on est blanc, noir ou jaune. C’est quelque chose qui m’interpelle, et je le revendique effectivement. »

Pour se procurer des billets pour la Black Fashion Week, au coût de 25$, on consulte le www.admission.com.