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Séparée de sa fille à la naissance, elle obtient gain de cause

15/05/2013 06:56 EDT | Actualisé 15/07/2013 05:12 EDT

C'est la fin d'un long combat pour Isabel Villeneuve, cette jeune mère qui s'était vu retirer sa fille à la naissance à l'hôpital Royal Victoria, en janvier dernier, à la suite de tests de dépistages de drogue.

Un texte d'Anne-Louise Despatie

Pendant cinq jours, la petite Kaia avait été envoyée dans une famille d'accueil.

Aujourd'hui, le Royal Victoria reconnaît qu'il doit changer ses façons de faire à la suite d'un rapport de la Commissaire aux plaintes de l'établissement. Cette dernière estime que le personnel n'a pas tenu compte du fait que les tests de dépistage utilisés peuvent être faussés, notamment à cause de médicaments contre la nausée.

La jeune femme affirmait pourtant qu'elle n'avait pris aucune drogue dure pendant sa grossesse. Elle avait toutefois expliqué avoir pris de la marijuana au tout début. Pour elle, il ne pouvait donc s'agir que d'une erreur du test. Son conjoint et son père se portaient par ailleurs garants de sa bonne conduite.

Isabel Villeneuve et son conjoint disent garder un terrible souvenir de leur expérience.

L'hôpital doit faire preuve de prudence

Danièle Thibodeau, la Commissaire aux plaintes, formule plusieurs recommandations dans son rapport :

  • Une meilleure formation pour tout le personnel sur les failles des tests de dépistage de drogue et comment ils peuvent être faussés par les médicaments, comme le Zantac (Ranitidine) qu'avait pris Isabel Villeneuve. Le CUSM a déjà prévu la tenue de séances de formation.
  • Prévoir un deuxième test plus précis en cas de résultat positif.
  • Établir une procédure claire et largement diffusée pour traiter les patientes soupçonnées d'avoir consommé des drogues pendant leur grossesse
  • Le personnel de l'Unité des naissances du CUSM devra être plus prudent, agir avec plus de discernement avant d'appeler la DPJ. Il faudra aussi que les infirmières, les travailleurs sociaux et les médecins s'assurent de mieux connaître l'historique de la patiente.

La DPJ montrée du doigt 

Daniel Villeneuve, qui a toujours soutenu sa fille dans cette épreuve, accueille avec satisfaction la réponse du Royal Victoria. Il reste toutefois stupéfait par la méconnaissance du personnel sur la fiabilité des tests de dépistage de drogue.

Celui qui est aujourd'hui grand-père croit aussi que la DPJ a agi de façon beaucoup trop précipitée et aurait dû enquêter auprès de la famille du jeune couple avant de séparer un nouveau-né de sa mère. « La roue des préjugés s'est emballée. Pas moyen de s'en sortir, ça a dérapé complètement », estime-t-il.

Leçon de vie pour une jeune maman

Pour dissiper les doutes et démontrer qu'elle n'avait pas consommé d'opiacée ou de méthamphétamines la veille de son accouchement, Isabel Villeneuve a fait faire une analyse plus poussée sur une mèche de cheveux. Après avoir déboursé 400 $, les résultats sont revenus négatifs de Toronto en avril.

Elle ne veut pas que d'autres subissent le même sort, la même humiliation. Elle estime avoir été traitée comme une toxicomane par l'hôpital et espère que cela n'aura pas d'impact sur sa prochaine grossesse. « Je ne suis peut-être pas la seule a qui c'est arrivé, mais je suis peut-être l'une des seules à avoir porté plainte », déplore la jeune mère.

Elle veut maintenant tourner la page et a tiré une leçon du début bouleversant de sa vie de famille. « C'est fini la consommation [de marijuana] et je crois que je suis devenue une meilleure personne. Ça vaut pas la peine de faire ça quand j'ai Kaia. »

Le rappel des faits dans ce reportage diffusé le 18 mars 2013

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