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Dépenses du Sénat: un adjoint de Harper a payé la dette de Mike Duffy

15/05/2013 03:48 EDT | Actualisé 15/07/2013 05:12 EDT

OTTAWA - Moins d'une semaine après que les conservateurs eurent salué le «leadership» du sénateur Mike Duffy pour avoir remboursé les 90 000 $ réclamés injustement en allocations de logement, il appert que la dette en question a été payée par une autre personne.

Le chef de cabinet du premier ministre Stephen Harper, Nigel Wright, a délié les cordons de sa bourse pour effacer l'ardoise du sénateur, a annoncé mercredi le bureau de M. Harper, une transaction décrite par une source comme un cadeau entre amis qui a eu lieu sans que le premier ministre en ait connaissance.

Cette surprenante transaction soulève cependant des questions concernant l'implication du cabinet du premier ministre dans l'audit indépendant des dépenses de M. Duffy et la manière dont il a présenté cet exercice publiquement par la suite.

Le code sénatorial sur les conflits d'intérêts interdit spécifiquement aux membres de la chambre haute d'accepter tout cadeau qui «pourrait raisonnablement être considéré comme étant lié à la position du sénateur». Le responsable de l'éthique au Sénat a refusé de commenter l'affaire mercredi, même si les présents reçus par les sénateurs doivent, en principe, être divulgués sur la place publique.

Une source au sein du gouvernement a expliqué que la somme versée par M. Wright était un cadeau offert à un ami se trouvant dans une situation financière problématique et que Stephen Harper n'avait pas été mis au courant de la transaction.

Mais selon un reportage diffusé mercredi soir par CTV, M. Duffy aurait déclaré dans un courriel adressé à la chaîne qu'il avait contracté un prêt pour régler sa dette.

«La Banque royale m'a aidé», aurait écrit le sénateur. «J'ai fait affaire directement avec ma banque. Nigel n'a joué aucun rôle dans cette histoire.»

L'idée d'un cadeau de 90 000 $ ne tient cependant pas la route, a affirmé le porte-parole néo-démocrate en matière d'éthique, Charlie Angus, qui réclame une enquête complète.

«Nous ne pouvons pas faire confiance au Sénat. Il est évident que la chambre haute n'a aucune crédibilité ici. Nous ne pouvons pas croire le premier ministre sur parole», a-t-il dit.

«Nous ne pouvons pas non plus permettre que cette question soit balayée sous le tapis, puisque cela ressemble à un paiement comptant fait par le cabinet du premier ministre. Je ne peux imaginer dossier plus grave.»

Les demandes de remboursement de Mike Duffy et de deux autres sénateurs, l'ancien conservateur Patrick Brazeau et l'ex-libéral Mac Harb, désormais tous deux indépendants, ont été examinées par la firme comptable Deloitte après que les trois hommes eurent été accusés d'avoir erronément réclamé des allocations de logement destinées aux sénateurs devant conserver une résidence secondaire dans la région d'Ottawa.

Deloitte a conclu que les trois sénateurs vivaient majoritairement dans la région de la capitale nationale, tout en reconnaissant que les règles concernant les résidences principales et secondaires devaient être clarifiées.

Le remboursement par Mike Duffy de ses allocations de logement, facilité par M. Wright, a eu un impact direct sur l'audit réclamé par le Sénat et le volume d'informations ultimement rendu public.

La firme Deloitte a d'ailleurs noté dans son rapport que M. Duffy avait cessé de collaborer avec les vérificateurs après avoir remboursé ce qu'il devait en mars.

La leader du gouvernement au Sénat, Marjory LeBreton, avait déclaré le dossier de Mike Duffy clos la semaine dernière, faisant valoir qu'il avait payé sa dette et que les conclusions de l'audit indiquaient que les règles pour les résidences principales et secondaires n'étaient pas parfaitement claires.

M. Duffy n'a toutefois pas fourni de renseignements financiers pour certaines périodes de temps et n'a pas rencontré les vérificateurs.

Le gouvernement refuse désormais de donner des détails sur les dépenses remboursées par le sénateur conservateur, restant muet sur les circonstances entourant ses demandes de remboursement.

MM. Brazeau et Harb, qui ont rencontré les vérificateurs, contestent l'ordre qu'ils ont reçu de rembourser leurs allocations de logement.

Mercredi, le gouvernement a malgré tout continué d'exiger qu'ils remettent les sommes, évoquant le rapport de la firme Deloitte et rappelant que Mike Duffy avait déjà remboursé les contribuables.

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