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Le témoignage de Turbide est annulé : la commission doute de sa crédibilité

14/05/2013 01:21 EDT | Actualisé 13/07/2013 05:12 EDT

Coup de théâtre à la commission Charbonneau. Un de ses témoins clés, qui devait venir dévoiler les rouages du système de collusion et de corruption qui a régné à Laval pendant des décennies, a été écarté à la dernière minute par l'équipe des procureurs.

Un texte de François Messier et Bernard Leduc

La procureure en chef, Sonia Lebel, a annoncé ce matin à la commission que des informations obtenues in extremis remettent en question la crédibilité du témoin Gaétan Turbide, directeur général de la Ville de Laval. Ce dernier ne sera donc pas appelé à la barre dans l'immédiat. Son adjoint, Jean Roberge, prendra sa place à la barre, mais seulement cet après-midi.

« À 9 h 15 ce matin, les procureurs de la commission ont appris des informations qui leur font sérieusement mettre en doute la crédibilité du prochain témoin, Gaétan Turbide », a expliqué la procureure Lebel vers 10 h 30, soit une heure après l'heure normale pour le début des audiences. « En conséquence, nous reprendrons donc les auditions à 14 h, avec le prochain témoin [Jean] Roberge. »

Le porte-parole de la commission, Richard Bourdon, soutient que l'information reçue par la commission vient d'une « source en autorité », sans donner davantage de détails.

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Le témoignage de M. Roberge devrait se faire en audiences publiques, comme il avait été décidé pour M. Turbide.

« Une ordonnance de non-publication du même type que celle qui a été présentée dans le cas de M. Turbide devra être présentée. Il n'y aura pas de problème pour que ce point soit adressé dès 14 h, et fasse en sorte qu'on puisse continuer avec les auditions », a expliqué Me Lebel, en précisant qu'elle devait s'entretenir avec les procureurs du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP).

Lundi, la requête en ordonnance de non-publication préventive, déposée par le DPCP en prévision du témoignage de Gaétan Turbide, a été rejetée par la commission. Le DPCP voulait que le témoignage du directeur général de Laval soit frappé d'une ordonnance de non-publication d'un bout à l'autre, afin de protéger l'équité du procès des accusés de l'opération Honorer.

La commission a plutôt décidé que son témoignage sera frappé d'un interdit de publication, mais après le passage de M. Turbide devant la commission, soit lorsque l'on approchera de la date du procès des 37 personnes arrêtées dans la foulée de l'opération Honorer.

Gaétan Turbide et Jean Roberge ont été suspendus avec salaire par le conseil municipal de Laval le 6 mai dernier. Ils n'ont pas été arrêtés lors de l'opération de l'UPAC, la semaine dernière, et ne font donc face, pour l'instant, à aucun chef d'accusation.

Le mandat d'arrestation souligne cependant qu'ils ont conspiré avec les accusés pour commettre des actes de corruption et de fraude.

Le témoignage des deux hommes doit fournir un éclairage sur le fonctionnement et les acteurs du système de collusion et de corruption implanté depuis des décennies à Laval et démantelé jeudi dernier de façon spectaculaire par l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

Vague d'arrestations spectaculaires

L'UPAC a arrêté 37 personnes jeudi dernier au cours de l'opération Honorer, dont l'ancien maire Gilles Vaillancourt, deux anciens hauts fonctionnaires, Claude Deguise et Claude Asselin, des entrepreneurs connus, comme Tony Accurso, et d'anciens hauts dirigeants de firmes d'ingénieurs, comme Rosaire Sauriol de Dessau et François Perreault de Genivar.

Le système de collusion et de corruption mis en place par ces personnes a été sommairement décrit lors d'une conférence de presse de la police.

Ainsi, l'ex-maire de Laval Gilles Vaillancourt, l'ex-directeur du service de l'ingénierie Claude Deguise et l'ex-directeur général de la Ville Claude Asselin ont permis à la corruption et la collusion de s'installer au sein de l'administration, selon l'enquête policière. Les trois hommes sont d'ailleurs accusés de gangstérisme.

De l'autre côté, un groupe d'entrepreneurs et d'ingénieurs était disposé à verser des sommes pour corrompre les élus et s'assurer de mettre la main sur des contrats municipaux.

Entre les deux, des facilitateurs - avocats et notaire - faisaient le lien entre le monde municipal et ceux de la construction et du génie en s'assurant que le système fonctionne comme une machine bien huilée.

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